Getty Images

Angleterre : c’est bien calme ici…

C’est bien calme chez les Three Lions…

Le 17/06/2018 à 22:36Mis à jour Le 19/06/2018 à 10:02

COUPE DU MONDE - La sélection des Trois Lions, trop souvent parasitée par l’extra-sportif lors des grands tournois, jouit cette fois d’une ambiance sereine et studieuse avant son entrée dans la compétition, ce lundi face à la Tunisie. Loin d’un passé parfois sulfureux et toxique.

De notre correspondant au Royaume-Uni,

Ecoutez ce silence… La Coupe du monde a débuté depuis maintenant quatre jours et toujours pas le moindre scandale autour de l’équipe d’Angleterre, pas le moindre gros titre à la Une des tabloïds britanniques, pas une seule photo de l’arrivée des WAGs – Wives And Girlfriends, les femmes et les petites amies des joueurs - en Russie. Mêmes les supporters, certes avertis par les instances anglaises, semblent pour l’instant – on croise les doigts – se tenir à carreaux sur le sol russe.

On regretterait presque le temps où Paul Gascoigne finissait complètement bourré dans la piscine de l’hôtel d’Alberobello durant le Mondial 90 ou débarquait à l’aéroport de Luton avec des faux seins et son surnom (Gazza) inscrit sur le ventre, héros d’un tournoi qui avait vu les Anglais atteindre les demi-finales. Mais ce n’est pas Gareth Southgate, le sélectionneur des Trois Lions, qui s’en plaindra.

Paul Gascoigne

Partie des fléchettes avec les journalistes

So far so good. Pour l’instant, tout va bien. L’arrogance et le show permanent qui accompagnaient autrefois la galaxie Beckham ont laissé place à l’humilité et la jeunesse studieuse de la bande à Harry Kane. Les WAGs, bien moins célèbres que les Victoria (Beckham) et autres Cheryl (Cole), restent bien sagement à St Petersbourg, à 40 minutes du camp de base anglais. Southgate est même parvenu à retisser le lien entre les joueurs et les médias anglais. Durant les jours qui ont précédé l’entrée en lice des Trois Lions face à la Tunisie ce lundi, on a même vu Gary Cahill, Phil Jones et Jordan Pickford défier les journalistes aux fléchettes – l’un des sports roi outre-Manche – dans une ambiance conviviale ou Jesse Lingard donner une leçon de bowling dans le media center du camp de base anglais.

A l’opposé du refus de Joe Hart, deux ans plus tôt durant l’Euro 2016, de dévoiler aux médias les détails sur le concours de fléchettes qui animait le vestiaire au point d’étendre le sentiment de paranoïa entourant le groupe de Roy Hodgson. Aujourd’hui, toute cette quiétude est presque trop belle pour être vraie et sincère. Mais c’est le souhait de Gareth Southgate, son sélectionneur, qui cherche à tout prix à rompre avec le passé et l’atmosphère parfois sulfureuse voire toxique qui régnait autour d’Angleterre. Un tintamarre qui a trop longtemps parasité les performances de l’équipe durant les grands tournois.

Loin du cirque médiatique de Baden-Baden en 2006

Certains n’étaient peut-être pas nés ou pas en âge de se souvenir mais, depuis 1998 et l’expulsion de David Beckham à Saint-Etienne face à l’Argentine qui le projeta comme traître de la nation à son retour sur le sol anglais pour avoir précipité la chute de son équipe, l’équipe d’Angleterre a rarement bénéficié d’un tel calme autour de son camp de base. Prenez la Coupe du monde 2002 en Corée du Sud et au Japon, pays où David Beckham provoquait l’hystérie partout où il se rendait et dont la présence dans un Hard Rock Cafe de Kobe durant une journée de repos du Mondial avait forcé les autorités à fermer toutes les rues du quartier.

Quatre ans plus tard, en Allemagne, la décision de son sélectionneur, Sven Goran Eriksson, - un choix grandement influencé par Beckham, son capitaine - de permettre aux WAGs de rester dans le même village que l’équipe d’Angleterre avait transformé Baden-Baden en véritable cirque médiatique. "Il y avait un grand show autour de l’équipe. Le football était devenu un élément secondaire, admit plus tard Rio Ferdinand. Il y avait des paparazzis partout. Les gens étaient plus intéressés parce que les uns et les autres portaient et où ils allaient." Le staff de l’hôtel avait même dû dresser un mur de panneaux en plastique pour protéger les jardins de l’hôtel des photographes qui grimpaient dans les arbres. Cette année-là, l’Angleterre fut éliminée en quarts de finale par le Portugal – revanche de la demi-finale de l’Euro 2004 - après que Wayne Rooney fut expulsé par l’arbitre encouragé par l’un des coéquipiers du Mancunien en club… Cristiano Ronaldo.

Ronaldo-Rooney

Ronaldo-RooneyEurosport

En 2010, en Afrique du Sud, sans doute mis en garde sur les conséquences d’une telle ouverture, Fabio Capello mit fin au privilège des proches des joueurs en leur accordant une visite de quelques heures seulement après les rencontres. Mais le technicien italien fut confronter à un cirque d’un tout autre genre avec le feuilleton, durant les mois qui précédèrent sa liste, de la volonté affirmée de David Beckham de disputer coûte que coûte sa quatrième Coupe du monde malgré les signes extérieurs évidents de son déclin face à l’émergence de talents, plus vifs et plus jeunes, comme Rooney, Lennon et Walcott.

Sa rupture du tendon d’Achille avec Milan quelques mois avant le Mondial finit d’achever son rêve. Et personne ne saura jamais si sa présence aurait pu dissiper les tensions au sein du groupe révélées par Gerrard, Lampard et Ferdinand en novembre dernier sur la chaine BT Sport, racontant que les joueurs de Manchester United, Liverpool et Chelsea, grands rivaux, ne se parlaient pas et ne voulaient même pas s’asseoir à la même table. Pour la cohésion d’une équipe, on repassera ! Les joueurs d’aujourd’hui, plus jeunes, ont évolué pour la plupart ensemble en sélection de jeunes et s’apprécient.

En 2012, le clash Terry-Ferdinand

Durant l’année précédant l’Euro 2012, c’est une autre polémique qui pollua la préparation de l’Angleterre : le clash opposant John Terry à Rio Ferdinand, le premier étant accusé d’avoir proféré des insultes racistes à l’encontre du frère du second (Anton) lors d’un match de championnat. La décision de Roy Hodgson de retenir le capitaine de Chelsea et pas l’ancien Mancunien fit couler beaucoup d’encre. "Il aurait dû prendre Rio à l’Euro, regrettait Paul Scholes en 2014. Il faisait partie des meilleurs défenseurs anglais. Les deux joueurs se seraient mis au service de l’équipe." Les Trois Lions furent éliminés en quarts par l’Italie. Cette année, le retrait du brassard de capitaine à Jordan Henderson pour le confier à Harry Kane, véritable leader de cette équipe, n’a pas soulevé le moindre débat.

Néanmoins, le calme, comme ce fut le cas ou presque durant la préparation du Mondial 2014, n’est pas en soi une garantie de succès en 2018. Les médias se font d’ailleurs peu d’illusions sur les chances de cette jeune équipe, la deuxième plus jeune du tournoi. Mais la cohérence du travail de Southgate, la clarté et la franchise de sa communication – comme celle d’annoncer son onze bien à l’avance à ses joueurs – semblent entrainer l’adhésion du groupe et, chose rare, celle des médias. Reste désormais à confirmer cette sérénité générale sur le terrain face à la Tunisie lors de son premier match de Coupe du monde, une rencontre que l’Angleterre n’a plus remportée depuis le Mondial 2006.

Bruno Constant fut le correspondant de L’Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd’hui avec RTL et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté. Pour approfondir le sujet, retrouvez mon Podcast 100% foot anglais sur l’actualité de la Premier League et du football britannique.

Pariez sur le Football avec Winamax
1
N
2
Jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance. Pour être aidé, appelez le 0974751313
0
0