Avant France - Maroc, interview d'Abdeslam Ouaddou : "Ce Maroc est la première équipe africaine capable de gagner la Coupe du monde"

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Ancien capitaine du Maroc, Abdeslam Ouaddou, 58 sélections au compteur, porte un regard très ambitieux sur les prochains adversaires des Bleus en quart de finale de la Coupe du monde. Le coach des Orlando Pirates estime que les Lions de l’Atlas, portés par une philosophie ambitieuse et un formidable talent individuel, peuvent renverser les Bleus et même aller au bout de la compétition. Entretien.

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Que vous inspire le nouveau Maroc depuis le départ de Walid Regragui ?
A.O. : Il ne faut pas occulter les fondations que Walid a posées dans cette équipe, à savoir une équipe qui sait bien défendre, on l'a bien vu au Qatar, avec un bloc très compact, jouant en transition. Il y a des acquis notables notamment quand on voit le dernier but contre le Canada, où en 5 secondes, une transition fulgurante assassine le Canada. Désormais, il y a plus de qualité, un peu plus d'expérience aussi et puis les nouveaux joueurs comme Bouaddi, Diaz, Saibari, apportent une touche technique qui permet à cette équipe du Maroc de se montrer plus ambitieuse.
En quelques années, les standards de cette équipe ont complètement changé.
A.O. : Le Maroc était une équipe qui était contente de se qualifier. Aujourd’hui, on n'est plus là juste pour participer, on est là pour aller au bout et gagner des compétitions. Et on le voit, il y a un peu d'arrogance dans le jeu marocain. Ils s'en foutent : ils jouent contre le Brésil, ils jouent contre l'Espagne, ils jouent contre le Canada, peu importe l'adversaire, eux ils sont focus sur leur qualité, ils ont confiance et l’équipe est agréable à regarder.
Considérez-vous que le Maroc, demi-finaliste de Coupe du monde avant de jouer la finale de la dernière CAN, est aujourd’hui jugé à sa juste valeur ?
A.O. : Il y a toujours dans la pensée du football occidental, ce côté un peu arrogant par rapport au football africain. Quand on en parle, même si c'est dit entre les lignes par certains entraîneurs, on évoque la maladresse tactique des équipes africaines, leur manque de concentration. Aujourd'hui, ces équipes ont fait beaucoup d'efforts sur le plan tactique. La qualité physique est là, la qualité technique est là. Aujourd'hui, le Maroc est une équipe qui démonte les clichés. Le Maroc a fait beaucoup de progrès dans tous ces domaines-là et elle est la première équipe africaine capable de gagner la Coupe du monde.
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Azzedine Ounahi.

Crédit: Getty Images

Dès cette année et avant de l’accueillir dans 4 ans ?
A.O. : Là, on est bien parti. On a quand même des datas extraordinaires quand on étudie un peu de plus près les statistiques de cette équipe sur ce Mondial. En termes de pourcentage de percées dans le dernier tiers de l'adversaire, d'occasions de buts et surtout en termes d'imperméabilité de la défense, on est meilleur qu’au Qatar.
Bouaddi change quand même pas mal de choses dans ce milieu de terrain.
A.O. : Lui, Saibari, Diaz, Diop, qui apporte vraiment de la robustesse, de la sérénité physiquement... Ces éléments-là apportent une assise défensive et un allant offensif, une touche technique. Il ne faut pas oublier Ounahi qui a bonifié son jeu, qui joue un peu plus vers l'avant maintenant, et ça donne vraiment quelque chose d'intéressant à voir.
On a l’impression qu’Ounahi se réveille tous les 4 ans avec le Maroc.
A.O. : C'est un joueur atypique en voie de disparition, très fin techniquement. C’est un pur joueur de ballon, pas très physique. Ces joueurs-là, il leur faut un peu plus de temps que les autres pour trouver leur vitesse de croisière, trouver leur place dans le onze, et surtout leur confort. Ce sont des joueurs qui se retrouvent dans des zones où il y a de la densité. Il faut avoir une vitesse de décision très rapide. Quand ils se trouvent dans un bon collectif, avec des bonnes connexions, ça marche bien.
Cette équipe du Maroc est vraiment romantique, elle joue avec tout un tas de numéros 10…
A.O. : C'est vraiment une équipe audacieuse. Elle a une maîtrise du ballon impressionnante qui donne plusieurs options à l'entraîneur et une identité à l'équipe. Même contre les plus grandes équipes, ils sont à l'aise au pied. Quand vous avez ce profil de joueur, on peut vraiment être ambitieux. Face au Canada, ils ont fait le dos rond et puis, ils sont sortis et ils les ont fracassés.
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Samir El Mourabet, Achraf Hakimi, Brahim Diaz and Neil El Aynaoui celebrate victory after the World Cup match between Canada v Morocco at the Houston Stadium on July 4, 2026 in Houston United States

Crédit: Getty Images

Est-ce que la blessure de Saibari est un énorme coup dur en vue du match face aux Bleus ?
A.O. : C'est sûr. Maintenant, la différence avec le Qatar, c'est qu’aujourd’hui, ils ont un banc intéressant. Et les mecs, quand ils rentrent, ils sont vraiment connectés. D'ailleurs, je n'ai pas l'impression que ce soit des remplaçants.
Rahimi n’a pas tout à fait le même niveau.
A.O. : Rahimi peut prendre la profondeur, mais c'est vrai que Saibari a plus de gabarit et plus d'expérience du haut niveau en Europe. Mais Rahimi reste quand même un joueur très fin techniquement qui peut aussi jouer dans ce rôle de faux neuf.
Est-ce que les absences d'Aguerd et de Saiss n’ont pas fragilisé la défense ?
A.O. : Pour l'instant, ils ont prouvé sur plusieurs matchs qu’ils étaient solides. Franchement, j'avais un peu peur avec le départ de Saiss et encore plus avec le forfait d’Aguerd mais je trouve les deux centraux complémentaires. Vraiment, ce sont de belles trouvailles.
Face à la France, à quel genre de match vous attendez-vous ?
A.O. : Le Maroc va peut-être essayer de laisser le ballon. En tout cas, durant la première période, il va adopter un bloc médian très compact. La stratégie sera de priver Mbappé et Dembélé d’espaces et de les obliger à sortir. Par contre, avez-vous vu les transitions fulgurantes que le Maroc est capable de faire avec Hakimi ? Je pense que ça va être ça la stratégie. C'est de les faire sortir, de créer les espaces dans le dos, de récupérer le ballon et de partir en transition. Il ne faut pas avoir peur de dire que la France sera favorite. Mais c'est ce que le Maroc veut.
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