Coupe du monde 2026 - Au-delà du cas James, la Colombie est le dernier refuge du n°10

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En Colombie, le statut de James Rodriguez en sélection alimente de vifs débats, alors que ses performances en club deviennent de plus en plus fantomatiques. Mais quoi qu’il arrive, la Colombie ressemble surtout à la dernière sélection pour qui jouer sans n°10 semble inconcevable.

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  • Par Thomas Goubin
Le temps passe…. Malgré son visage toujours juvénile, James Rodriguez fêtera ses 35 ans pendant la Coupe du monde (le 12 juillet). Le meilleur buteur de l’édition 2014 (6 buts) est aujourd’hui un joueur sans club, après avoir résilié, début mai, son contrat avec Minnesota United, signé seulement trois mois auparavant. Nouvel échec d’une carrière comme un déclin en pente douce depuis son départ du Real Madrid, en 2021.
Le numéro 10 a depuis enchaîné les saisons inabouties à Al-Rayann, à l’Olympiakos, Sao Paulo, au Rayo Vallecano, au Club León (Mexique), avant un passage express en MLS. En sélection, son statut n’a pourtant jamais été vraiment remis en cause par ses entraîneurs. Les supporters, eux, sont plus partagés sur son cas. Quoi qu’il en soit, James Rodriguez, qui revient de blessure, était titulaire pour le premier match de la Colombie face à l’Ouzbékistan, au stade Azteca (3-1).
La permanence du n°10 provient du style de jeu de notre championnat
Ce statut, James le doit à son talent, à sa propension à sublimer en sélection, à y faire valoir son expérience, mais aussi à un profond attachement colombien au numéro 10. Au pays de Carlos Valderrama, le temps du "dernier 10", surnom de l’Argentin Juan Roman Riquelme, n’est ainsi jamais venu. Si James n’est pas aligné, Jorge Carrascal (Flamengo) peut prendre sa place, et même la vieille connaissance du championnat de France, Juan Fernando Quintero, passé par le Stade Rennais (2015-2016) et aujourd’hui, à River Plate, à 33 ans.
Avant eux, il y a eu Macnelly Torres et Edwin Cardona, ce dernier toujours en exercice et rarement à son poids de forme. Dans le championnat colombien, la règle est encore de jouer avec un milieu organisateur axial, plus que l’exception. "Le facteur principal de la permanence du n°10 provient du style de jeu de notre championnat, analyse Diego Rueda Medina, journaliste de Radio Caracol, le jeu peut être direct, mais le pressing n’est pas intense au milieu de terrain, ce qui permet au 10 de conserver sa place. Mais les derniers champions, Atlético Junior et Santa Fe, jouaient sans 10", ajoute-t-il, comme pour annoncer une mutation en cours.
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Le 10 est en train de disparaître
Dans le 4-4-2 longtemps hégémonique au sein du football colombien, le 10 jouait décroché derrière ses deux attaquants. A leur service, et largement déchargé des tâches défensives. James Rodriguez appartient, peu ou prou, à cette catégorie, mais dans une position plus proche de ses attaquants, où il peut notamment mettre en valeur sa superbe frappe de balle (31 buts en sélections). Il se déporte aussi légèrement sur un côté, mais surtout pour rentrer dans l’axe. "Pour moi, James n’est pas un vrai n°10, considère d’ailleurs José Luis García, jeune entraîneur colombien de première division (Club Llaneros), et en sélection il est accompagné de joueurs qui pallient ses carences". "Le 10 est en train de disparaître, ajoute d’ailleurs le technicien de 38 ans, moi j’exige de mes milieux qu’ils participent au pressing, à la récupération".

Ce discours pourrait heurter la légende Carlos Valderrama, longtemps meilleur passeur de l’histoire de la sélection (40 derniers services), avant que James de ne lui passe devant (43). "El Pibe" a toujours soutenu que la qualité technique devait s’imposer devant les considérations physiques. Comme si la Colombie ne pouvait pas se passer d’un 10 de tradition. Valderrama est d’ailleurs un soutien sans faille de James. "Le crack est de retour, il est prêt ! Il est reposé, il vaut mieux qu’il ne joue pas (en club) !", a ainsi posté sur compte Instagram la légende cafetera, après la victoire de la Colombie contre la Jordanie, le 6 juin (2-0). Les supporters veulent aussi y croire. "La grande majorité compte encore sur lui, abonde Diego Rueda Medina. Et s’il ne joue pas, ils veulent Quintero ou Carrascal."
Aujourd’hui, la Colombie mise sur un 4-3-3, où l’activité de James Rodriguez se concentre entre l’axe et le côté droit, d’où il initie nombre de ses actions. Mais le n°10 se révèle surtout libre de ses mouvements et se projette régulièrement dans la surface adverse. Un rôle taillé sur mesure pour son talent et pour que ses carences ne pénalisent pas l’équipe. Quoi qu’il en soit, cette Coupe du monde devrait être sa dernière, et c’est également le cas pour Juan Fernando Quintero.
Alors, une page va-t-elle définitivement se tourner ? Le numéro 10 va-t-il aussi s’éteindre en Colombie ? Selon la définition du poste, les réponses pourraient varier. "Ce 10 qui n’était que talent et ne courrait pas, on n’en reverra plus", estime ainsi José Luis García. En Colombie, un héritier a toutefois d’ores et déjà été désigné. Il s’appelle Juan Manuel Rengifo, a 21 ans, évolue à l’Atlético Nacional. Pas forcément un 10 à l’ancienne, mais le dernier élu d’une longue lignée.
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