Coupe du monde 2026 - Avant France - Maroc - Brahim Diaz, Ayyoub Bouaddi, Achraf Hakimi : pourquoi ont-ils tous choisi le Maroc ?
Eurosport sur GoogleLongtemps, les joueurs binationaux voyaient le Maroc comme un second choix. C'est désormais l'inverse : les Lions de l'Atlas attirent des talents formés dans les meilleurs centres européens grâce à un projet crédible, des résultats et des ambitions mondiales. Enquête sur les raisons d'une révolution qui bouleverse l'équilibre du football international.
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Plus d’un quart de l’équipe marocaine qui affrontera la France jeudi en quart de finale de la Coupe du monde a été formée… en France : Issa Diop (à Toulouse), Neil El Aynaoui (à Nancy) et Ayyoub Bouaddi (à Lille). Dans le onze type de 2026, seuls deux joueurs (Yassine Bounou et Azzedine Ounahi) sortent des centres de formation du pays.
Depuis plusieurs années désormais, le Maroc est devenu une référence dans le recrutement des joueurs binationaux qu’il n’a plus de mal à convaincre de rejoindre ses rangs. En mars, la fédération recrutait sept nouveaux joueurs en 15 jours dont Issa Diop qui sera défenseur central face aux Bleus.
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"C’est une mission qui est inscrite dans la stratégie globale de la fédération", nous renseigne Nasser Larguet, ancien DTN du Maroc qui fut en charge de son développement. La réussite actuelle s’explique par l’engagement massif du Roi qui a débloqué des moyens colossaux dans le développement du football à travers le pays en créant une formation locale de haut niveau et des infrastructures dignes des plus grands pays du monde.
Le recrutement de joueurs binationaux vient compléter le tableau. Cinq scouts ont en charge la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie pour dénicher les talents de la deuxième ou troisième génération.
Hakimi à 16 ans au beau milieu des Côtes-d'Armor
Le but est de prendre contact avec eux le plus tôt possible : "J'ai demandé à ce qu'on me donne des tops joueurs à partir de 13, 14 et 15 ans, continue Larguet. Parce que, dans cette catégorie-là, on ne rentrait pas en concurrence avec les pays européens dont les fédérations se concentraient sur les sélections des U 16, U17. On a créé notre première équipe de moins de 15 ans dont j'étais le coach pour fidéliser ses jeunes." Les premiers stages sont organisés en Europe pour ne pas dépayser les jeunes adolescents puis les plus performants au Maroc.
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Achraf Hakimi lors de son débuts de carrière dans la réserve du Real Madrid et en équipe du Maroc
Crédit: Getty Images
C’est ainsi qu’Achraf Hakimi, repéré par le scout en charge de l’Espagne, débarque à 16 ans en Bretagne, à Ploufragan, au beau milieu des Côtes-d'Armor. Dans la campagne bretonne, 24 joueurs de moins de 17 ans issus du Maroc et 14 venus d'Europe sont réunis. Ils jouent face aux jeunes de Caen, Lorient ou Rennes.
30 minutes pour choisir sa sélection
Hakimi écrase le tournoi, hérite très vite du brassard. Né à Getafe, dans la banlieue de Madrid, de parents marocains, le Parisien hésite un temps entre la Roja et les Lions de l’Atlas. "Je l'ai rencontré en Espagne avec ses agents et son papa, nous renseigne l’ancien DTN. Je lui ai donné une demi-heure pour choisir en lui parlant simplement du sportif. En Espagne, il était barré par Carvajal et Nacho. Au Maroc, on n'avait que deux arrières latéraux : Dirar et Michaël Chrétien. Au bout de 30 minutes, il avait choisi le Maroc."
Les Lions de l’Atlas viennent de recruter le plus grand joueur de leur histoire. Pour Brahim Diaz, ce sont Fouzi Lekjaa, le président de la Fédération, et surtout Walid Regragui, qui ont mouillé la chemise. De longues discussions, des voyages à Milan et Madrid, mais Diaz connaît peu le Maroc. Il va visiter les installations, voyage à Casablanca, Rabat et Tanger. Il choisit finalement le projet alors même qu’il figure dans les pré-listes de l’Espagne. "J’avoue, j’ai eu peur, concèdera Regragui. C’est la décision la plus difficile pour un joueur. Le peuple marocain lui en sera toujours reconnaissant." La pièce finit toujours par tomber du bon côté.
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Samir El Mourabet, Achraf Hakimi, Brahim Diaz and Neil El Aynaoui celebrate victory after the World Cup match between Canada v Morocco at the Houston Stadium on July 4, 2026 in Houston United States
Crédit: Getty Images
Pourquoi ? Parce que le Maroc est devenu une des meilleures équipes du monde. La quatrième place historique à la Coupe du monde 2022, le titre africain des moins de 23 ans, la médaille de bronze olympique en 2024, le sacre mondial des moins de 20 ans en 2025 ou le dernier parcours à la CAN ont crédibilisé l’aura de la sélection chez les jeunes générations. "C’est vrai que quand j’ai vu le Maroc à la Coupe du monde au Qatar (ndlr : demi-finaliste), ça m’a fait réfléchir. Je me suis dit : ‘Pourquoi pas moi avec l’Algérie ?’" confiait récemment Amine Gouiri à l’Équipe.
Un éducateur avait dit à Fellaini qu’il valait mieux qu'il joue au basket
Le projet sportif est solide, les infrastructures au niveau et l’ambition assumée. Ce ne fut pas toujours le cas. "Fellaini était venu au Maroc. Malheureusement, à l'époque, on ne l’a pas mis dans de bonnes conditions, se souvient Larguet. Il était obligé de payer son billet d'avion. Quand il est arrivé, il y a un éducateur qui lui a dit qu’il valait mieux qu'il joue au basket qu’au football. Ça l’avait vexé et il était parti. J’avais appelé la soeur d'Adil Rami qui a été très honnête avec nous en nous disant qu’il attendait le projet de la France. Même chose pour Amine Harit ou Sofiane Boufal." Aujourd’hui, Ayyoub Bouaddi, 18 ans et sélectionné des U16 aux Espoirs français, a choisi le Maroc alors même qu’il aurait pu prétendre à une place dans les 26 de Deschamps.
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Ayyoub Bouaddi avec l'équipe de France Espoirs
Crédit: Getty Images
"C'est une perte importante pour notre fédération", a reconnu le directeur technique national Hubert Fournier dans les colonnes de The Athletic. La FFF aurait-elle dû se montrer plus agressive en sélectionnant plus tôt Bouaddi pour le sécuriser ? "Didier (ndlr : Deschamps) ne veut pas bloquer un joueur, le prendre pour jouer une minute et qu’ils ne puissent pas changer de sélection, a confié Guy Stephan. Ayyoub est un pur produit de la formation française. Quand un joueur comme Bouaddi part au Maroc, joue des très bons matches en Coupe du monde, on peut se poser la question. Mais il a fait un choix." Un exemple qui prouve que le rapport de force s’est équilibré entre le Maroc et les meilleures nations du monde.
Bouaddi, une perte pour la France
Il s’est même parfois inversé. La Belgique, de Chadli et Fellaini, ne cesse aujourd’hui de voir ses talents fuir sa sélection pour rejoindre les rangs marocains. Rayane Bounida, Bilal El Khannouss, Anass Zaroury, Chemsdine Talbi : la liste est interminable. "La FIFA doit changer les règles pour les binationaux. Mais tant que je suis là, on ne paiera pas pour convaincre des joueurs", avait lâché Vincent Mannaert, le directeur sportif de la Belgique, en décembre dernier. Le Maroc non plus n’a jamais payé ni offert des maisons ou des voitures à ses binationaux. C’est en tout cas ce que nous assure Nasser Larguet.
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"Le plus grand en Ligue des champions mais absent du top 20 en Coupe du monde" : le paradoxe Ronaldo
Video credit: Eurosport
Jamais je ne leur ai proposé quoi que ce soit
"Jamais je ne leur ai proposé quoi que ce soit, prévient l’ancien DTN. Si ce n'est les mettre en garde en leur disant qu'on veut des gens investis à 100%, et c'est qu'à travers le sportif qu’on les a convaincus. Walid Regragui me disait que des excellents joueurs en Europe l’appelaient pour lui dire : ‘Coach, on a très envie de jouer pour le Maroc même si c’est pour aller en tribunes.’ On est très fier de ça." Ce n'est plus le Maroc qui court après ses binationaux. Ce sont les binationaux qui courent après le Maroc.
Même Issa Diop a fini par revoir son jugement. En 2019, sur Canal+, il était très clair dans ses intentions : "Je suis Français. Je suis né en France. La France m'a tout donné. Aller dans une autre sélection parce que je ne suis pas allé en équipe de France, ce serait un peu hypocrite de ma part. Ce serait un peu un choix par défaut." C’est grâce à son but face aux Pays-Bas que le Maroc est toujours là.
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Yassine Bounou et Issa Diop
Crédit: Getty Images
"J'aimerais bien qu’on puisse aussi être classe et avoir la décence de remercier les éducateurs qui sont dans les clubs étrangers, en particulier français, qui font du super boulot et souvent qui nous permettent à nous, l'équipe nationale du Maroc, de récupérer le bébé", nous confie Abdeslam Ouaddou, l’ancien capitaine des Lions de l’Atlas, formé… à Nancy. Jeudi, plusieurs joueurs formés en France tenteront d'éliminer le pays qui les a vus grandir.
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