Coupe du monde 2026 | Haïti | Sébastien Migné : "Les joueurs ont une incroyable force mentale"
Mis à jour 19/06/2026 à 10:33 GMT+2
Cinquante-deux ans après sa première apparition en phase finale, Haïti dispute à nouveau le Mondial. Placés dans un groupe relevé (Brésil, Maroc, Haïti), les Grenadiers, battus par l’Ecosse (0-1) le 13 juin à Foxborough affrontent le Brésil, vendredi à Philadelphie. Sébastien Migné, le sélectionneur français des haïtiens, revient sur cette qualification obtenue dans des conditions particulières.
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Video credit: Eurosport
Un but de Mc Ginn a offert à l'Ecosse une importante victoire à l'Ecosse face à Haïti (1-0), alors que le Brésil et le Maroc venaient de se neutraliser (1-1) à East Rutherford. Après cette défaite, Sébastien Migné s'est dit "déçu" par le résultat. "Mais on est là. On est conditionnés depuis le départ à se dire que ce ne sera pas facile. On a été très intéressants dans l'élaboration du jeu jusqu'à 25 mètres du but adverse, où ensuite on a manqué un peu de spontanéité. Également dans nos prises de décisions. L'axe de travail est tout trouvé." Désormais tourné vers le match face au Brésil vendredi, le technicien français sait que la mission de son équipe s'annonce difficile. "C'est une montagne qui se présente face à nous, on va atteindre des sommets. Mais je dirais que nos adversaires ont beaucoup plus à perdre que nous."
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Avant d'affronter l'Ecosse, l'effectif haïtien et le staff technique étaient-ils animés par une grande impatience ?
Sébastien Migné : On se disait qu'on avait hâte d'y être. Les joueurs, le staff, les supporters. Cela fait cinquante-deux ans qu'Haïti n'a pas disputé une Coupe du monde (en 1974 en RFA, les Grenadiers avaient perdu leurs trois matches face à l'Italie 1-3, l'Argentine 1-4 et la Pologne 0-7, ndlr). Beaucoup d'haïtiens n'ont pas connu cette époque ou étaient trop jeunes pour s'en souvenir. La qualification obtenue en novembre dernier après le succès face au Nicaragua (2-0) fût un immense moment de joie, de fierté.
Car avait été acquise non seulement face à des adversaires comme le Honduras et le Costa Rica, mais aussi sur terrain neutre, à Curaçao…
S. M. : Oui. Terminer en tête de ce groupe, en ayant disputé tous nos matches de qualification loin de Port-au-Prince, puisque nous ne pouvons pas y jouer depuis des années à cause des problèmes d'insécurité, c'est une vraie performance. Depuis que j'ai été nommé sélectionneur d'Haïti, je n'avais jamais pu m'y rendre. Il était prévu d'effectuer un aller-retour entre la Floride, où nous étions en stage, et Cap-Haïtien où la situation est plus calme, pour y recevoir le drapeau national et voir nos supporters, le 28 mai, mais cela n'a pas été possible, pour des raisons d'organisation ? C'est dommage. On aurait aimé jouer nos matches de qualification à domicile. Mais ce que les joueurs ont fait, loin d'Haïti, prouve leur incroyable force mentale, leur motivation, le rapport qu'ils ont à Haïti.
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Sébastien Migne lors du match amical Haïti - Perou, le 5 juin 2026 à Miami
Crédit: Getty Images
Est-ce que cela vous a bluffé ?
S. M. : Absolument. J'ai travaillé pour plusieurs sélections, en tant qu'adjoint (Oman, RD Congo, Cameroun, Togo, Congo) ou de numéro 1 (Guinée Equatoriale, Congo, Kenyan). J'ai toujours ressenti chez les joueurs un attachement très fort à leur pays, même pour les binationaux. Pour les Haïtiens, c'est la même chose. Peut-être encore plus, car le pays vit des moments très difficiles depuis des décennies. Quand on parle d'Haïti, c'est souvent pour des raisons dramatiques : la violence, les gangs, la pauvreté, les cyclones, les tremblements de terre, les coups d'Etat. Et là, même s'il y a toujours beaucoup de problèmes sur l'île, on évoque Haïti pour autre chose, avec cette Coupe du monde. Je ne sais pas comment l'expliquer, mais le lien entre eux et le pays est très fort. J'ai pas mal de joueurs qui sont nés et ont grandi en Haïti : Carlens Arcus, Leverton Pierre, Frantdtzy Pierrot, Hannes Delcroix… J'ai même un local, Woodensky Pierre (Violette AC) qui est dans la liste pour le Mondial.
Dans votre effectif, il y a un certain nombre de binationaux, dont plusieurs sont nés en France. Cela a-t-il été facile de les convaincre de jouer pour Haïti ?
S. M. : Globalement, oui. Il y avait bien sûr quelques interrogations, concernant l'intendance, les conditions de voyage, l'organisation de la sélection, le staff technique et le staff médical. C'est normal que des joueurs évoluant en Europe, où les conditions de travail sont en général de très bon niveau, se posent la question. Mais entre les joueurs, le bouche à oreille fonctionne très bien. Les anciens ont donné des informations sur la façon dont fonctionne la sélection. La fédération a mis des moyens et aujourd'hui, les conditions de travail sont de qualité. On a fait des matches au Canada au mois de mars contre l'Islande (1-1) et la Tunisie (0-1), un stage à Ford Lauderdale (Floride) avec des amicaux contre la Nouvelle-Zélande (4-0) et le Pérou (1-2) avant de rejoindre notre camp de base à Atlantic City… On fait le maximum pour mettre les joueurs dans les meilleures conditions.
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Wilson Isidor lors de Haïti - Ecosse en Coupe du monde, le 13 juin 2026 à Boston
Crédit: Getty Images
Quand on épluche votre liste des vingt-six, il n'y a pas vraiment de surprises…
S. M. : Non. Cela fait déjà un certain temps qu'on travaille avec un effectif relativement stable. Pour le Mondial, j'ai juste appelé deux nouveaux, Dominique Simon (Tatran Presov, Slovaquie) et Lenny Joseph (Ferencvaros, Hongrie), nés en France, et que je suivais depuis un certain temps. J'ai un effectif avec des gars expérimentés, tels Nazon, Placide, Pierrot, Arcus, Adé, Pierre, Etienne Jr, d'autres qui ont rejoint la sélection récemment, comme Josué Casimir, Wilson Isidor, Yassin Fortuné. Et vraiment, tout cela fonctionne bien.
Passer le premier tour, on a le droit de l'envisager
Franchir le premier tour, malgré la défaite contre l'Ecosse, reste envisageable…
S. M. : Je ne vais rien vous apprendre en vous disant que c'est un groupe très compliqué. On va jouer face au Brésil fait partie des favoris, et au Maroc, qui est une des meilleures sélections africaines et a beaucoup d'ambition, Mais est-ce une raison pour ne pas avoir l'objectif de franchir le premier tour ? Non. On veut prendre les premiers points d'Haïti en phase finale, montrer que nous sommes là parce que nous le méritons, et que nous pouvons sur un match poser des problèmes à n'importe quel adversaire. Et nous ne sommes pas ici que pour participer. Passer le premier tour, on a le droit de l'envisager. Quand on vient disputer une Coupe du monde, ce n'est pas pour faire de la figuration. Vous pensez que nous n'avons pas beaucoup de pression, que ce serait logique que nous soyons éliminés au premier tour, mais nos nombreux supporters ne pensent pas la même chose. Et nous non plus.
Votre ami Sébastien Desabre entraîne la RD Congo. Et le hasard veut que comme Haïti, les Congolais vont retrouver la Coupe du monde cinquante-deux ans après. Comment pourriez-vous définir votre relation ?
S. M. : Et en 2019, en Egypte, nous avions disputé notre première CAN en tant que numéro 1, lui avec l'Ouganda, moi avec le Kenya. On se connaît de 1993, lorsque nous étions au club de Mougins. D'abord en tant que coéquipiers, puis j'ai été son entraîneur. C'est une vraie amitié. On se voit souvent, on s'appelle très régulièrement, nous partons en vacances ensemble. Nos épouses sont très liées, nos enfants également.
Est-ce que vos échanges tournent essentiellement autour du football ?
S. M. : On évoque beaucoup le sujet, bien sûr. Sans être toujours d'accord sur tout. Même si notre métier prend beaucoup de place dans nos vies, qu'on en parle beaucoup, nous échangeons sur beaucoup d'autres sujets. Parfois aussi parce que nos épouses nous font comprendre qu''elles aimeraient bien qu'on parle d'autre chose (rires). Nos voyages, notamment en Afrique. Sébastien est un passionné d'aviation, moi je m'intéresse beaucoup à la gastronomie, au vin. C'est une vraie relation d'amitié. Et je vais suivre de près le parcours des Léopards en phase finale…
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