Coupe du monde 2026 I Moins de vice, plus de rythme... l'arbitrage du Mondial est-il vraiment une réussite ?

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À l'heure où la phase de groupes du Mondial 2026 s'apprête à rendre son verdict, un premier constat s'impose : l'arbitrage figure parmi les réussites de ce début de tournoi. Entre nouvelles directives, lutte accrue contre les pertes de temps et volonté affichée de favoriser la fluidité du jeu, les arbitres ont jusqu'ici accompagné le spectacle bien plus qu'ils ne l'ont entravé. Décryptage.

France, Argentine, Espagne : et maintenant, qui est le favori ?

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On présente souvent cette Coupe du monde 2026 comme celle des 48 équipes. Pourtant, une 49e participe aussi au tournoi : celle des arbitres. Elle aussi sélectionne ses meilleurs éléments, au terme d'un "processus de sélection rigoureux étalé sur plus de trois ans", comme le mentionnait la FIFA sur son site en avril dernier, rebaptisant son équipe la "Team One".
"Au total, 52 arbitres centraux, 88 arbitres assistants et 30 arbitres vidéo issus des six confédérations et de 50 associations membres officieront lors du Mondial (...) Les candidats ont été sélectionnés pour la qualité, mais aussi la régularité de leur prestation ces dernières années, que ce soit dans des compétitions de la FIFA ou à l’échelle nationale ou internationale", indiquait encore le communiqué de l'instance, bien consciente qu'une Coupe du monde ne peut être grande que si ses arbitres le sont aussi.
Dans cette vaste sélection de 170 officiels, soit 41 de plus que lors de la précédente édition du Mondial au Qatar en 2022, la pression est donc considérable. Tous sont préparés et accompagnés au mieux afin de supporter les exigences d’une compétition suivie aux quatre coins du monde. Tous ont également le même objectif : être au rendez-vous de la finale le 19 juillet prochain.
Discrets lorsqu’ils réussissent, omniprésents lorsqu’ils se trompent, les hommes en noir sont toujours scrutés de près. Et ils le savent bien. Tant par les supporters, évidemment, qui n’hésitent pas à les pourrir lorsqu’ils estiment que leur sélection a été lésée par l’une de leurs décisions, que par leurs responsables, chargés de réduire le contingent d’arbitres au fil de la compétition en fonction de leurs performances. Au-dessus de la mêlée, un ancien des leurs : Pierluigi Collina, responsable de l’arbitrage et président de la Commission des Arbitres de la FIFA.

Des nouvelles règles qui fonctionnent

Une dizaine de jours avant le début de la Coupe du monde, les arbitres sélectionnés se sont retrouvés à Miami pour un stage d'entraînement. Au programme, une préparation physique plutôt intense et, surtout, un repassage des nouvelles règles à appliquer durant la compétition, notamment pour les 52 arbitres centraux (un nombre ramené à 51 après le refus des États-Unis d'accueillir le Somalien Omar Artan, ndlr). Pêle-mêle : un joueur remplacé dispose de 10 secondes maximum pour quitter le terrain, une touche ou un dégagement aux six mètres doivent être effectués sous cinq secondes, révision possible d'un corner accordé à tort, intervention possible en cas de deuxième carton jaune entraînant une expulsion, interdiction de cacher sa bouche lors d'une altercation... Le tout sous peine de sanctions.
Derrière ces nouvelles directives, la FIFA a notamment souhaité accélérer sur la lutte contre les discriminations et en finir avec des gains de temps qui plombent souvent la fluidité d'un match. Et bingo : ça fonctionne. Collina avait confié ne pas s'attendre "à inverser beaucoup de touches ou à donner des corners", mais "espérer que les joueurs respectent ces limites qui leur sont données" ? Face au bras tendu de l'arbitre effectuant ce compte à rebours virtuel de dix ou cinq secondes, presque personne ne joue avec le feu. Bien que le vice d'en gratter deux ou trois ne soit jamais bien loin... Le périmètre d'action élargi du VAR évite également les frustrations majeures et contestations excessives.
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"Aujourd'hui, il est quasiment irréprochable"

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"D'abord, je trouve que les arbitres sifflent peu, constate l'ancien arbitre international Bruno Derrien. Les petits accrochages ne sont pas sifflés, le football reste un sport d'engagement et de contact. On ferait ça dans certains championnats en Europe, l'engagement pourrait monter, les esprits pourraient vite devenir plus belliqueux mais là, pas du tout. Chacun accepte cet engagement. Tout le monde a l'air de trouver ça bien et d'accepter, dont les joueurs. Je trouve qu'il y a plus de temps de jeu. C'est aussi dû aux nouvelles mesures qui ont été prises et qui visent à mettre un terme aux manœuvres dilatoires qu'on voit dans le football depuis trop d'années. Gagner du temps sur un remplacement, faire le tour du terrain, tout juste si ce n'est pas embrasser tous les joueurs, les gardiens qui prennent le temps pour dégager, les blessés qui restent sur le terrain, qui ressortent et qui reviennent en courant comme des lapins. On a vu ça aussi. Ça énerve tout le monde."
Toutes nouvelles règles vont dans le bon sens, c'est certain
"J'avais annoncé que cette Coupe du monde serait bien arbitrée, explique de son côté Gilles Veissière. Parce que j'avais ressenti l'agacement de Collina sur sa volonté d'obtenir pas mal de choses auprès du "board", et il a quand même obtenu toutes ces modifications réglementaires, notamment pour les pertes de temps qui permettent aux arbitres d'avoir une certaine pression sur les joueurs qui trichent, et donc les obliger à jouer. Donc ça, c'était une première victoire qu'a obtenue par Collina (...) Et dans mon livre ("Monsieur l'arbitre") que j'ai écrit avant cette Coupe du monde, il y a beaucoup de choses sur lesquelles j'avais le même ressenti que Collina sans en avoir discuté avec lui, et que je dénonçais, les pertes de temps, les touches où on gagne 20-30 mètres, les joueurs qui sont blessés, les gardiens qui se couchent et qui permettent la remise en place, tout ce qui a été changé, j'en parle dans mon livre, et je suis content de voir que c'est passé à l'action."
Ces nouvelles mesures ont bel et bien réduit certaines pertes de temps, avec notamment une augmentation du temps effectif durant un match (59,38% contre 56,86% en 2022 et 56,25% en 2018). Selon Opta, les rencontres de ce Mondial durent en moyenne 96 minutes et 8 secondes (pour 57 minutes et 22 secondes de temps effectif), sans compter l’instauration tant décriée d'une pause fraîcheur de trois minutes par mi-temps. Au Qatar, un match durait 101 minutes et 22 secondes en moyenne (pour 58 minutes et 3 secondes de temps effectif). En Russie, une rencontre durait en moyenne 97 minutes et 4 secondes (pour 54 minutes et 52 secondes de temps effectif).
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Faut-il laisser Olise au frigo face à la Norvège ?

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"Toutes ces nouvelles règles vont dans le bon sens, c'est certain. Elles permettent d'avoir un temps de jeu effectif plus important", abonde Derrien. Si l'on omet ces pauses fraîcheur, évidemment. "Les nouvelles règles de Collina ont tout accéléré, les équipes veulent jouer de manière plus verticale", s'enthousiasmait l'ancien sélectionneur de l'Italie Cesare Prandelli mercredi dans les colonnes de La Gazzetta dello Sport, heureux de voir plus de transitions et attaques directes grâce à ce jeu moins haché. Concernant l'élargissement du champ d'action de l'assistance vidéo, notamment sur la correction de corners accordés à tort, Derrien estime que son application doit demeurer "rapide", justement pour ne pas "casser le rythme" d'un match. "Ce sont vraiment des petits ajustements", tempère Veissière, qui aimerait encore plus de rigueur concernant ces nouvelles règles.
"Sortons du cadre. On a dit 5 secondes, ça joue au bout de 9. On a dit 8 secondes, ça joue au bout de 11. Et moi, ça, je n'aime pas. J'aime pas. Parce qu'ils auraient dû, depuis le début, sanctionner une demi-douzaine de joueurs (...) Je voudrais plus de rigueur sur les nouvelles règles, afin de donner de la force aux arbitres amateurs qui, dès le mois de septembre, vont devoir arbitrer dans cet esprit-là. Or, sur la quarantaine de matchs jusqu'ici, il y a eu trois coups de sifflet."

Des joueurs qui s'adaptent

Face à ces nouvelles directives, tout le monde semble quand même se conformer. "C'est vrai que les joueurs s'adaptent à ça, ils sont en connaissance de cause, indique Derrien. Je pense que Collina a expliqué très clairement les choses. Chaque pays a dû être informé précisément des mesures qui ont été prises. À partir du moment où ils ont été informés, ils ne sont pas pris en traîtres. Chacun s'adapte et l'accepte. Je trouve ça très bien. Ils savent aussi que, à la Coupe du monde, les arbitres sont assez intransigeants là-dessus. Ils sont là pour appliquer des consignes parce qu'ils disputent leur propre compétition, et qu'ils veulent tous aller le plus loin possible et faire un maximum de matchs. Donc forcément, ils ont aussi intérêt à appliquer, pas à la lettre, mais avec intelligence, les consignes qui sont données."
Le Paraguayen Miguel Almiron le sait bien. Lors du match face à la Turquie, ce dernier avait été exclu pour avoir placé sa main devant la bouche au moment d'une altercation avec l'un de ses adversaires. Résultat, application de la nouvelle règle et carton rouge immédiat.
Autre facteur important, qui lui n'est pas inscrit noir sur blanc : les arbitres de ce Mondial 2026 ont plus tendance à laisser jouer. Les petites fautes ne sont plus sifflées, les contacts légers non plus. À en oublier parfois de sanctionner les plus gros... "Les arbitres sifflent moins. Ils laissent davantage jouer parce que l'esprit le permet aussi, analyse Derrien. Chacun se comporte à peu près bien sur les pelouses." Et si certaines vieilles habitudes de club ressurgissent parfois, les hommes au sifflet ont tendance à se montrer très autoritaires.
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Miguel Almiron est devenu le premier joueur à être exclu pour avoir parlé avec sa main devant sa bouche

Crédit: Getty Images


"C'est marrant, parce que vous avez les mêmes joueurs qui ont un comportement avec les équipes nationales qui n'est pas le même quand ils jouent en club. Et ça, c'est toujours constaté. Ils véhiculent l'image de leur pays, ils font peut-être plus attention. La lutte contre les contestations, c'est un combat qui est mené à tous les niveaux. C'est un fléau, ça pourrait pourrir un match. Parce que vous voyez, quand vous êtes entouré de joueurs, c'est relativement difficile de prendre une décision. Vous n'aimez pas ça. Ils ont été sensibilisés dessus, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, on ne peut pas entourer un arbitre pour lui mettre la pression. Ce n'est plus possible."
C'est très risqué ce qu'ils font
Qu'on se le dise, tout n'est pas tout rose non plus dans ce Mondial 2026 pour les hommes en noir. Puisque telle est leur destinée, les polémiques couvent toujours, preuve dernièrement avec un match Angleterre-Ghana qui a déclenché la colère des "Black Stars" pour plusieurs épisodes controversés. "Est-ce que le VAR fonctionne ?", s'est même interrogé le sélectionneur Carlos Queiroz. "La vidéo a été muselée parce que je pense, connaissant Collina pour avoir fait de très nombreuses grandes compétitions avec lui, qu'il n'aime pas ce produit-là. Il veut vraiment l'utiliser comme un SOS et non plus comme déstabilisateur d'arbitre. Vous le voyez, il y a très peu d'interventions de la vidéo", souligne Gilles Veissière. Et la tension, elle, va monter d'un cran au fil de la compétition, avec des matches couperets sous haute surveillance.
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Gilles Veissière a arbitré lors de la Coupe du monde 2002, ici le match entre le Japon et la Tunisie.

Crédit: Getty Images

"On va vraiment passer sur une autre phase, prévient l'ex-arbitre international. On ne pourra pas arbitrer pareil. Est-ce qu'ils peuvent changer leur arbitrage en ayant montré qu'on pouvait tout faire sur un terrain ? Ce sont des matchs de poules, il y a un déséquilibre footballistique qui s'instaure inexorablement, parce qu'il y a 48 équipes, parce qu'il y a des équipes plus faibles, parce que vous n'avez qu'à regarder le tableau... Donc il y a un vrai déséquilibre footballistiquement parlant, et si vous ne vous adaptez pas à cette différence-là, ça part complètement en vrille, l'arbitre ne fait que de siffler, et vous gâchez un spectacle qui a été vendu très cher. Donc il y a une volonté de laisser jouer (...) On a pris le pli de beaucoup jouer. Mais quand les matches à élimination directe vont arriver... C'est très risqué ce qu'ils font. Là, on est en version championnat. À partir de la semaine prochaine, on passe en version coupe. À la fin du match, les mecs, ils prennent leurs valises, ils rentrent à la maison. Ça ne va pas être les mêmes matches. Si vous les arbitrez de la même façon, ça va vous péter à la gueule."
Alors comment faire pour s'adapter à la prochaine phase, celle qui va vraiment compter ? "La vitesse où ils roulent là, c'est bien. Mais s'ils accélèrent, il y a accident. Et s'ils ralentissent trop, il y a accident. Donc, je ne sais pas comment ils vont gérer la suite sur les matches de championnat qui basculent en coupe (...) J'espère que tout ira bien, surtout pour mes collègues arbitres. Mais je le répète : on va vraiment basculer sur une autre compétition, et elle ne s'arbitre pas pareil que celle que l'on voit actuellement...", conclut-il. Dans ce sens, Pierluigi Collina pourrait faire un nouveau point avec ses troupes une fois cette phase de groupes terminée.
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