Coupe du monde 2026 | La folle épopée de "coach Mo" Ouahbi, le prof de sport devenu sélectionneur d'un Maroc qui rêve de remporter le Mondial
Eurosport sur GoogleIntronisé à la tête du Maroc trois mois avant le Mondial, Mohamed Ouahbi a rebâti une équipe qui rêve de titre. Professeur de sport à l'origine, le Belgo-Marocain n'avait jamais été entraîneur principal avant son poste actuel. Juste récompense pour un homme qui, à 49 ans, a réalisé l'impossible : passer d'entraîner des enfants, dans le monde amateur, à diriger un cador de Coupe du monde.
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Le choix du calme. D'une méthode, et d'une forme de pragmatisme. Elle n'est pas partie chercher bien loin, la Fédération marocaine de football, lorsqu'elle a vu son sélectionneur Walid Regragui s'en aller au mois de mars, à trois mois du Mondial 2026. L'équipe, selon les dires du partant lui-même, avait besoin d'un "nouveau souffle et d'une nouvelle vision". Après le douloureux échec en finale de la CAN-maison, compensé par la réattribution du titre au Maroc par la CAF (Confédération africaine de football). Retrouver un allant nouveau. Un visage rafraîchi. On a cherché, pas bien longtemps, et on a trouvé Mohamed Ouahbi. Dans le bureau d'à côté.
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Quand on a toqué, peut-être que "coach Mo", l'entraîneur des Espoirs, regardait du foot. Ou peut-être pas. "Le moment que je kiffe le plus devant ma télévision, ce sont les Jeux Olympiques, décrivait l'intéressé à la chaîne YouTube Kelma Podcast en mai. Le football, j'aime bien. On est passionnés quand on regarde le Maroc, ou la Belgique (son pays natal), les équipes que je supporte. Mais depuis quelques années, il y a beaucoup plus d'analyse que de passion." Plus Remco que Barco', Mo ? "Je regarde aussi des courses cyclistes. Surtout les classiques : La Flèche Wallonne… Il y a un grand coureur, Remco Evenepoel, qui est maintenant l'un des meilleurs au monde, qu'on a eu au foot, à Anderlecht, jusqu'aux U19."
Quand je vois certaines mimiques, certains sourires ou certaines réponses qu'il a en conférence de presse, je vois toujours le gars du quartier
Mohamed Ouahbi, 49 ans, n'a jamais été joueur de football professionnel. Ni même l'entraîneur principal d'une équipe d'adultes avant son poste actuel. D'ailleurs, lorsqu'il se présente, Ouahbi se décrit d'abord comme "professeur d'éducation physique, à la base. J'ai travaillé une quinzaine d'années dans l'enseignement primaire, avec des gamins de 6 à 12 ans". Sa vie d'avant la tête de la sélection marocaine, qu'on lui a confiée cette année. Vingt-neuf ans après sa première expérience sur un banc. Celui des jeunes du (très) modeste Maccabi Bruxelles, au niveau amateur. "Quand je vois certaines mimiques, certains sourires ou certaines réponses qu'il a en conférence de presse, je vois toujours le gars du quartier, sourit Yannick Ferrera. Je ne pense pas que ce job-là l'ait changé."
Ferrera, entraîneur passé notamment à la tête du Standard de Liège, se remémore son ascension vers le monde pro, parallèle à celle de "Mo" Ouahbi. "On s'est connus parce qu'on fréquentait la même université. On est tous les deux diplômés en éducation physique. (...) J'ai commencé à entraîner les jeunes en 2002 au Maccabi Bruxelles. On a entraîné des jeunes pendant deux ans là-bas (avec Ouahbi) à un niveau très bas, amateur. Ensuite, on est partis en même temps au centre de formation du RSC Anderlecht (en 2003). Lui y a passé 17 ans au total. Moi seulement six. C'est là qu'on a vraiment bossé pour la première fois ensemble."
La jeunesse a pris les clés du camion
Là, aussi, où Mohamed Ouahbi est devenu un peu plus qu'un prof de sport. Débusqué pour entraîner les U9 (moins de 9 ans), le Belgo-Marocain a gravi année après année les échelons du centre de formation, jusqu'à plusieurs passages sur le banc de l'équipe première en tant qu'adjoint, en 2015-2016, puis de 2018 à 2021. Avant de s'envoler pour épauler Yannick Ferrera à Al-Fateh (D1 saoudienne) – "j'étais assez 'peps', détaille Ferrera, et le club voulait que je prenne un adjoint supplémentaire, plus âgé, pour m'apporter du calme". Puis de prendre la tête de la sélection U20 du Maroc, qu'il a menée au titre mondial à l'automne 2025 au détriment des Bleuets, battus en demi-finales (1-1, 5-4 t.a.b) de la Coupe du monde U20, tiens, tiens.
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Mohamed Ouahbi et Carlo Ancelotti lors de Maroc - Brésil (1-1).
Crédit: Getty Images
Mine de rien, sans jamais avoir été entraîneur principal, "coach Mo" a croisé quelques têtes bien connues. Dodi Lukébakio, Jérémy Doku ou autres Leander Dendoncker et Alexis Saelemaekers, pour ne citer qu'eux. Samy Bourard était aussi de ceux-là, qui ont grandi avec Mohamed Ouahbi. "En jeunes, 'coach Momo' avait deux chouchous, Youri Tielemans et moi", raconte le milieu offensif passé par la D1 néerlandaise, aujourd'hui au FC Manama (Bahreïn).
Bourard a connu Mohamed Ouahbi des U17 à la réserve, à Anderlecht. Dix ans plus tard, il parle encore de son ancien formateur comme d'un "ami". Un coach "très serein", "gentil", "patient", "humble" et "travailleur", qui exigeait beaucoup de personnalité de ses jeunes. "Il veut des joueurs créatifs avec une certaine sérénité, un sang-froid sur le terrain, se souvient Bourard. Qui, à la fois, savent faire des différences et se sentir leaders. (...) Je ne me verrais pas jouer dans le Maroc précédent, avec l'ancien coach Walid (Regragui). C'était souvent : on en met un, puis on bloque un peu. Coach Momo ne se contente pas de gagner 1-0."
Tu ne peux pas arriver et imposer des choses à des gars qui jouent à un niveau dont tu n'as même jamais pu rêver
En à peine quatre mois sur le banc marocain, Ouahbi a imposé sa patte sur un Maroc décrié lors de la CAN pour son minimalisme. "Déjà, son milieu de terrain est beaucoup plus dynamique, analyse Bourard. Il y a plus de volonté de course, ce que l'arrivée de (Ayyoub) Bouaddi a facilité. Le milieu Bouaddi-El Aynaoui, c'est vraiment le style de milieu qu'il veut. Des joueurs qui courent partout, qui ne lâchent pas, qui ont beaucoup de confiance en eux, et savent prendre le jeu à leur compte avec leurs responsabilités."
Trois mois pour bâtir l'effectif qui a malmené le Brésil (1-1) et battu sans trembler l'Écosse (1-0) puis Haïti (4-2), c'est court. Et franchement fort. "Je me demande comment il a pu, en quelques semaines ou quelques mois, arriver à ce que sa sérénité soit aussi contagieuse, questionne Yannick Ferrera. Quand je vois cette équipe, je vois sa personnalité. J'ai l'impression que les joueurs l'apprécient, qu'ils le respectent. Et je pense que c'est une question d'humilité. Il n'est pas du genre à arriver et à lancer : 'Maintenant, moi, je vais vous dire, on va jouer comme ci, comme ça'."
Ce qui aurait pu être sacrément contre-productif. "Tu ne peux pas arriver et imposer des choses à des gars qui jouent à un niveau dont tu n'as même jamais pu rêver, détaille Ferrera. Tu parles à un mec (Achraf Hakimi) qui est entraîné par Luis Enrique, quand même."
Le quatrième effectif le plus jeune du Mondial
On a appelé Mohamed Ouahbi pour redynamiser. "Coach Mo" a dynamité. Parmi les vingt-six joueurs appelés pour disputer le Mondial-2026, seulement neuf étaient du voyage, quatre ans plus tôt, pour aller décrocher une demi-finale historique au Qatar. Exit, Youssef En-Nesyri (Al-Ittihad) ou Hakim Ziyech (Wydad Athletic), non sélectionnés. Les Lionceaux de l'Atlas ont pris le pouvoir : le Maroc a le 4ᵉ plus jeune effectif des 48 du Mondial (26,7 ans de moyenne d'âge), avec treize joueurs de 25 ans ou moins. Et de grosses ambitions.
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Mohamed Ouahbi au milieu de ses joueurs face à Haïti.
Crédit: Getty Images
Sorti deuxième du groupe C, avec sept points, ce Maroc new-gen ne peut plus se cacher. Il n'en a d'ailleurs pas l'intention, à l'heure d'aller se frotter aux Pays-Bas en seizièmes de finale (mardi, 3 h). "On a tous les ingrédients pour être une grande nation, attestait Ouahbi après la victoire des siens face à Haïti, mercredi (4-2). On commence à rentrer dans une dimension où on doit y croire. On doit viser le titre." Comme il l'a toujours fait.
Jean Kindermans, directeur du centre de formation d'Anderlecht de 2005 à 2023, avait cerné le meneur d'hommes qu'Ouahbi pouvait être. "Je me souviens que la génération 1997 jouait une finale dans un tournoi U15 important à Austin, avec comme capitaine Youri Tielemans. Je me sentais responsable d'aller dire un petit mot aux joueurs avant le match. Je rentre dans le vestiaire, je laisse naturellement le coach (Ouahbi) terminer son speech, et au fur et à mesure qu'il parlait, je me suis dit 'Jean, il ne faut rien ajouter'. Il avait tout dit, les gars étaient tellement gonflés… Je me suis abstenu, et ils ont gagné la finale."
Mo Ouahbi est un exemple pour le jeune entraîneur
Quelques années plus tard, c'est devant les médias du monde entier qu'Ouahbi doit galvaniser son équipe, amenée à jouer les premiers rôles lors d'un Mondial. Finalité tardive d'une ascension patiente et méthodique. Façon Football Manager. Sauf que Football Manager ne permet pas d'entraîner des enfants.
"Mo Ouahbi est un exemple pour le jeune entraîneur, poursuit Kindermans. Quand je vois qu'il a commencé en 2004-2005 comme entraîneur U9 au Royal Sporting Club d'Anderlecht, certes un centre de formation renommé, et que 20 ans après, il est coach lors d'un Mondial, je me dis que ça doit être l'ambition de chaque entraîneur de jeunes. Mais le fait qu'il ait mis autant de temps prouve aussi que ce métier, ce n'est pas quelque chose qu'on obtient avec un claquement de doigts. C'est quelque chose qu'on construit. Et je suis très heureux qu'il y soit parvenu. Il a parfois trébuché, il s'est relevé, et il est maintenant, pour moi, un grand entraîneur en devenir."
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"Aujourd'hui, il est quasiment irréprochable"
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Maroc gagne aux tirs au but 2-3
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