Coupe du monde 2026 | Le Canada et Montréal, l'expérience douloureuse de Thierry Henry

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La lumière va être mise sur le Canada, co-organisateur, de cette Coupe du Monde. Nul doute que des souvenirs ressurgiront chez Thierry Henry, entraîneur de Montréal pendant un peu plus d'un an entre 2019 et 2021. Les témoins de l'époque reviennent sur une époque frustrante pour coach Henry, mais surtout très prenante psychologiquement.

"Mettre Dembélé en pointe à la place de Mbappé, ce serait suicidaire"

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Par Timothé Crépin
Nous sommes en 2019, peu après l'été. En MLS, l'Impact Montréal (aujourd'hui CF Montréal) a limogé Rémi Garde, l'ancien entraîneur de l'Olympique Lyonnais. Pour nommer le Colombien Wilmer Cabrera à sa place. Et ce, alors qu'il reste à peine quatre mois dans cette saison nord-américaine. En coulisses, on s'active. Cabrera ne fait pas l'unanimité et la quête d'un remplaçant est déjà lancée. "J'étais en poste avec Rémi Garde et Joël Bats, replace Rémy Vercoutre, alors entraîneur des gardiens de la franchise canadienne. Ils sont démis de leurs fonctions, et moi, je reste et je prolonge mon contrat. Mais je dis au directeur sportif que ce serait bien de savoir avec qui je vais travailler. Il me dit : 'Tu sauras.' Je sens qu'il y a quelque chose de louche..." Jusqu'à qu'il apprenne l'identité du nouvel entraîneur de Montréal, révélée le 14 novembre 2019 : Thierry Henry.
Nous sommes dix mois après l'expérience ratée du champion du monde 1998 sur le banc de l'AS Monaco. Souvenez-vous quand, en octobre 2018, Henry est nommé sur le Rocher, en remplacement de Leonardo Jardim. Mais il prend la porte trois mois après avec un bilan de 5 victoires, 4 nuls et 11 défaites. Et une carrière d'entraîneur qui pose toujours plus questions. Retraité des terrains en 2014, Henry avait débuté le coaching avec les jeunes d'Arsenal, avant de faire partie du staff de Roberto Martinez avec la Belgique.
Monaco devait le lancer en tant que numéro 1. Pour un sacré crash, au final. "À ce moment, son état d'esprit, c'est qu'il est relativement apaisé, conscient de ce qu'on a pu lui reprocher ou non, note Vercoutre. Même s'il ne faut jamais oublier que lorsqu'il arrive à Monaco, il a quinze ou vingt joueurs blessés ! Personne ne dit qu'il a hérité d'un groupe complètement bancal. Et alors qu'il était dans une urgence totale de points. On oublie de dire également qu'il a lancé pléthore de jeunes."
Le covid a tout fait dérailler"
Reste que, après l'annonce de la future arrivée de Thierry Henry à Montréal, Rémy Vercoutre souhaite le rencontrer, voir s'il estime que cela peut matcher entre eux au sein du staff canadien. Direction Londres. "Il me reçoit chez lui. Je savais très bien que, en termes de foot, c'était une bible. On discute de 11 heures du matin jusqu'à 19 heures. On a dû s'arrêter trois minutes pour avaler notre plat du midi. On a parlé foot, de sa vision, de comment il voyait les choses. Je suis reparti de là-bas en me disant : 'Je veux bosser avec lui.'" Dans le staff, Thierry Henry s'appuie sur des joueurs qui connaissent très bien Montréal, à l'image de Patrice Bernier, qu'il avait affronté étant joueur lorsque Henry était aux Red Bulls de New York.
"On était resté en contact, même si on sait que c'est quelqu'un qui change de numéro très régulièrement, sourit Bernier. Thierry aimait Montréal. J'ai eu le privilège qu'il m'appelle pour m'avertir qu'il allait être l'entraîneur de l'Impact." Henry démarre son aventure et impose tout de suite son style : "Thierry a une droiture, des convictions fortes, pose Bernier. Il est arrivé en disant : 'Voici comment on va avancer. Si tu n'adhères pas, tu ne suivras pas.' Au départ, ça a bousculé les joueurs. Mais ils ont fini par comprendre." "Il a l'envie de reproduire un peu le schéma (de Monaco), enchaîne Vercoutre. Notamment vis-à-vis des joueurs, avec une grosse confiance en la jeunesse et le fait de pouvoir développer des jeunes talents."
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"Quand Mbappé décroche, qu'est-ce qui empêche Dembélé de prendre la profondeur ?"

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Avec son effectif qui compte, par exemple, Rod Fanni (ex-OM) et Bojan Krkic (son ancien coéquipier au FC Barcelone), Henry démarre par une qualification pour les quarts de finale de la Concacaf Champions Cup face aux Costariciens de Saprissa. Puis une victoire pour l'ouverture de la saison de MLS, un nul à Dallas, et un revers en quart de finale aller devant le CD Olimpia (Honduras). Des débuts très encourageants, avec une détermination de tous les instants pour coach Henry : "Il s'était vraiment mis en top forme. Il était plus svelte que lorsqu'il était joueur, sourit Patrice Bernier. Quand il arrivait aux entraînements, tu aurais cru qu'il pouvait jouer, et il aurait pu facilement mettre quinze buts dans cette équipe. La qualité, ça ne se perd pas."
Sauf que tout va basculer : "Les choses étaient prometteuses, note Bernier. Ses idées footballistiques, son éthique de travail, être quelqu'un de très pointilleux... Tout cela avait gagné le groupe. Mais le covid a tout fait dérailler." La pandémie mondiale éclate. "Ce n'était plus le même travail", regrette Bernier. Franchise canadienne, Montréal doit déménager aux Etats-Unis pour jouer. Direction la Floride et New York. La Floride et Orlando, pour le tournoi de reprise du championnat, après le confinement, dans une bulle stricte pendant un mois. "On était dans nos chambres, sans lien social, observe Vercoutre. Puis, ensuite, New York, où on est restés enfermés presque quatre mois dans un hôtel, le long de l'Hudson. On était testés presque tous les jours. On jouait nos matchs à New York, on vivait sans nos familles. C'était très, très dur."
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Thierry Henry lors de sa présentation à son arrivée à l'Impact Montréal

Crédit: Getty Images

La souffrance de l'éloignement de ses proches

Rémy Vercoutre en apprend alors encore plus Thierry Henry : "On était une des franchises les plus impactées par cette crise. C'est là où j'ai découvert Thierry. On vivait de 6h30 à minuit l'un avec l'autre, à parler foot, foot, foot." Mais l'éloignement des familles est évidemment terrible à supporter. "Quand il part en MLS, continue Vercoutre, il laisse toute sa famille à Londres. Ça le faisait énormément souffrir. Je crois qu'il n'a pas vu sa femme et ses enfants pendant onze mois ! Son unique sas de décompression, si on peut dire, c'était le terrain et le foot. Même si les résultats étaient annexes." "Il y a des jours où ça allait et des jours où il était un peu contrarié, se souvient Rudy Camacho, joueur de Montréal à l'époque. Pas dans un bon mood. Mais pas que lui. Cette période était dure."
Néanmoins, Thierry Henry tente de maintenir le cap et de rester le capitaine du navire avec ses troupes. "Il a créé quelques moments de décompression pour l'équipe et le staff, énumère Rémy Vercoutre. Il était sponsorisé par Puma à l'époque. Un jour, il a fait venir un bus, il a mis tout le staff dedans. Il a fait fermer le Puma store sur la cinquième avenue pour que l'ensemble du staff prenne des articles, aux frais de Thierry. Une autre fois, il a loué un bateau sur l'Hudson pour que tout le monde puisse dîner, au coucher de soleil, en allant voir la statue de la liberté en dînant. Ca, c'était Thierry. On a vécu des trucs de ouf grâce à lui."
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"Je ne comprends pas cette cabale anti-Mbappé"

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J'ai trouvé que c'était un peu dur pour lui de transmettre le message"
La saison se passe, malgré tout. Avec l'impatience de voir la suivante démarrer pour véritablement voir les capacités de Thierry Henry et de son effectif. Mais Titi ne rempile pas et annonce son départ quelques semaines avant le début de la saison 2021. "C’est avec le cœur lourd que j’ai décidé de prendre cette décision, expliquait-il. La dernière année a été extrêmement difficile pour moi personnellement. En raison de la pandémie mondiale, je n’ai pas pu voir mes enfants. Malheureusement, en raison des restrictions en place et le fait que nous devrons à nouveau nous relocaliser aux États-Unis pour quelques mois, la situation ne sera pas différente. La séparation est trop douloureuse pour moi et mes enfants. Je dois donc prendre la décision de retourner à Londres et quitter le CF Montréal."
Rudy Camacho n'a pas forcément conservé de souvenirs joyeux de cette année avec Thierry Henry, "mais je ne pense pas qu'il en ait de très bons non plus", remarque-t-il. Tout en argumentant : "C'est un grand passionné, avec de bonnes idées. Mais c'était un peu plus compliqué de les faire passer au groupe, de les mettre en place. Il a eu de grands coachs dans sa carrière, il sait de quoi il parle, mais j'ai trouvé que c'était un peu dur pour lui de transmettre le message. Avec aussi un peu un manque de patience de sa part. Parfois, c'est arrivé : le jeudi, on s'entraînait, il n'était pas content de la séance, il changeait la formation, le dispositif, un peu tout..."
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Thierry Henry avec l'Impact Montréal

Crédit: Getty Images

Un entraîneur un peu trop joueur ?

Avec un constat : "J'ai trouvé qu'il était encore joueur dans sa tête. J'ai senti qu'il n'était pas encore passé de l'autre côté. Il s'entraînait encore avec nous, et c'était peut-être le meilleur... C'était spécial." Ce qui fait d'ailleurs dire à Patrice Bernier, son ancien adjoint à Montréal : "Parfois, on avait des problèmes pour marquer sur cette saison-là. Il aurait fallu avoir Thierry Henry, coach et joueur, et on aurait probablement eu de meilleurs résultats. À l'entraînement, quand il s'y mettait, c'était le meilleur joueur sur le terrain."
Et c'était peut-être bien ça le problème dans la relation coach Henry avec ses hommes : "Pour les joueurs, autant c'est bien d'être coaché par Thierry Henry, autant ça peut être difficile, car tu ne veux pas déplaire à un mythe du football, qui a des attentes. Les joueurs, au départ, peuvent être obnubilés par le fait d'être coaché par lui. Et quand ils se rendent compte de ne pas atteindre ses exigences, ça peut finir par être lourd. Il y a en a qui ont le caractère, d'autres non."
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Thierry Henry lorqu'il était entraîneur de l'Impact Montreal

Crédit: Getty Images

Rémy Vercoutre a gardé en tête un Thierry Henry "ultra-exigeant, pointilleux sur la préparation, sur les analyses". Avec un accent également sur le développement des attaquants : "Pour lui, c'était super important que les mecs aient la capacité à développer leur personnalité dans le dribble, la prise de risque... On prenait beaucoup de plaisir à faire ce qu'il voulait mettre en place. Et on a tous été tristes de son départ." Avec des regrets pour ses anciens camarades du staff.
Pour Patrice Bernier, cet acte II aurait dû être celui du véritable envol : "La deuxième année aurait été intéressante, estime-t-il. J'aurais voulu la voir. Le groupe avait vraiment bien compris la façon de jouer, Thierry avait posé les bases, avec une influence de son époque barcelonaise. Et la fin d'année avait permis d'identifier clairement ce qu'il fallait faire mieux et quel type de joueurs devait arriver. Ils sont arrivés, mais Thierry Henry n'était plus là."
"Je regrette qu'il n'y ait pas eu un groupe avec un meilleur niveau, conclut Rémy Vercoutre. S'il avait fait ça avec des joueurs d'un plus grand standing, ça aurait été super. Thierry, il a la vraie connexion avec les joueurs, quelque chose se passe à chaque fois." Un passage canadien finalement à l'image, jusqu'ici, de sa carrière d'entraîneur : bien particulier.
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