Coupe du monde 2026 | Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Neymar : la nostalgie et ses pièges
Par Maxime Dupuis
Mis à jour 19/06/2026 à 17:24 GMT+2
A l’issue de la première semaine de la Coupe du monde, Lionel Messi, Cristiano Ronaldo et Neymar ont connu des fortunes très diverses. L’Argentin a brillé, le Portugais a déçu et le Brésilien n’a pas encore joué. Les trois stars ont néanmoins un point commun : s’ils sont au Mondial, c’est pour ce qu’ils sont autant que pour ce qu’ils ont été. En 2026, le poids du passé pèse très lourd. Trop.
"Le Portugal est prisonnier de Ronaldo et de Martinez"
Video credit: Eurosport
Messi. Ronaldo. Neymar. Ne vous pincez pas, nous ne sommes plus en 2015. Mais bel et bien en 2026, et les trois intéressés sont toujours là, aux quatre coins des États-Unis. De Boston à Kansas City, en passant par Miami, les trois finalistes des Ballon d’Or 2015 et 2017 ont toujours voix au chapitre. Si on vous avait dit ça il y a dix ans, vous n’y auriez sans doute pas cru. Nous non plus. Et pourtant…
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Samedi dernier à East Rutherford, Neymar, casquette à l’envers sur le crâne, s’est activé sur son banc de touche alors que ses copains piétinaient sérieusement pour leur entrée en lice face au Maroc (1-1). Blessé, il n’a évidemment pas joué. Il ne jouera pas plus contre Haïti, samedi.
Cristiano Ronaldo, lui, a évité le banc de touche. Mais il aurait sans doute gagné à y poser son séant, mercredi face à la République démocratique du Congo (1-1). La légende lusitanienne a traîné le poids de ses 41 ans et n’a pas été en mesure d’ajouter un 9e but à sa collection mondiale, laissant Lionel Messi irrémédiablement s’envoler.
Un triplé dans un fauteuil face à l’Algérie (3-0) et La Pulga a laissé entrevoir l’inimaginable à ses fans - et aux autres : son immortalité. À 38 ans, l’octuple Ballon d’Or a ressemblé au joueur qu’il était au Qatar quand il avait décroché la palme planétaire, après quatre tentatives infructueuses.
S’ils ont été…
Si les fortunes des trois stars ayant régné sur les années 2010 sont jusqu’ici pour le moins diverses, la raison de leur présence aux États-Unis tient du même ressort : l’Argentine, le Portugal et le Brésil ne veulent - et ne peuvent - pas couper le cordon. Pour des raisons qui leur sont propres, mais qui découlent d’une même intention et d’un sentiment commun : si ces joueurs ont été, ils peuvent être, encore. Les principaux concernés en sont persuadés et cesseront de croire en eux le jour où ils auront rangé leurs crampons. Pas avant.
L’environnement médiatique et les réseaux sociaux, dont la puissance est aussi diffuse qu'elle est oppressante, interdisent également toute autre issue. Ce qui en revient à se demander si Lionel Scaloni, Carlo Ancelotti et Roberto Martínez, respectivement sélectionneurs de l’Argentine, du Brésil et du Portugal, avaient le choix ? Pouvaient-ils laisser l’une de ces trois légendes sur le bord de la route ? Vous rétorquerez, à juste titre, que Scaloni n’avait aucune raison de se priver de Messi. Évidemment que non. Mais arrivera le jour où il le faudra.
Le Portugal aurait-il pu se priver de Ronaldo ? Martínez aurait-il dû le faire ? Embarquer Neymar, blessé, était-ce une bonne idée ? Ancelotti a-t-il voulu s’acheter une forme de paix sociale avec la presse, avec le public, avec ses joueurs qui réclamaient le "Ney" à corps et à cri ?
Pression populaire sans tamis médiatique
On n’est pas loin de penser que les deux sélectionneurs ont choisi la moins mauvaise des solutions. Placer le quintuple Ballon d’Or ou le meilleur buteur de l’histoire de la Seleção au cœur du réacteur était moins risqué que de les laisser sur le pas de la porte, avec la nuisance médiatique possiblement engendrée par une mise à l’écart que beaucoup auraient jugée injuste, eu égard à leurs états de service et à ce qu’ils savent (savaient) faire.
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"Rabiot est un capitaine qui ne dit pas son nom"
Video credit: Eurosport
À la décharge de nos amis patrons de sélections, ils n’ont pas un métier facile. Ce sont eux qui essuient les plâtres d’une époque où les superstars du jeu sont devenues bien plus puissantes que les institutions dans lesquelles elles évoluent. Ce qui n’était pas le cas avant le tournant des années 2010 et l’avènement du duopole Messi-Ronaldo.
Fut un temps où se montrer radical dans ses choix était plus aisé. La pression populaire passait alors par le tamis médiatique. Un joueur mécontent ne pouvait pas se faire entendre 24 heures sur 24. Encore moins son entourage. Certes, la nostalgie présentait les mêmes pièges, mais elle n'imposait pas la même pression. En 2026, Aimé Jacquet aurait-il écarté Éric Cantona comme il l’avait fait en 1996 ? Giovanni Trapattoni aurait-il laissé Roberto Baggio à la maison, comme en 2002 ? Quid de Luis Aragonés et de Raúl ? Les résultats ne leur ont pas toujours donné raison. Mais tous étaient restés maîtres de leur destin.
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