Coupe du monde 2026 - Penalty fantôme bien réel et scandale mondial : Brésil - Norvège 1998, histoire d'une polémique
Par Maxime Dupuis
Mis à jour 05/07/2026 à 16:31 GMT+2
La dernière fois que la Norvège a mis les pieds au Mondial, avant 2026, elle avait déjà croisé le fer avec le Brésil. C’était au premier tour en 1998 et les Norvégiens avaient gagné 2-1. Mais le monde avait crié au scandale, car ce succès avait été obtenu sur un penalty invisible et pourtant bien réel. Retour sur une polémique d’avant-VAR qui avait bel et bien enflammé la planète.
"Le problème c’est l’arbitre, pas le Paraguay"
Video credit: Eurosport
La dernière fois que le Brésil et la Norvège ont croisé le fer en Coupe du monde, la planète n’avait pas encore basculé dans le XXIe siècle. La Norvège était une puissance montante, qui n’allait finalement pas grimper bien haut et s’éteindre pour de longues décennies. Le Brésil, lui, était la force régnante du ballon rond. Sacré en 1994, bientôt finaliste et titré une cinquième fois en 2002, il était loin devant ce qu’il est devenu aujourd’hui. Nous n’étions pas plus entrés dans l’ère de la vidéo à tout-va, du smartphone ou de la VAR. Ce n’est pas pour cela que le monde tournait plus rond.
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Prenez, au hasard, le 23 juin 1998. Marseille. Stade Vélodrome. Avant le troisième match du groupe A, les champions du monde auriverde sont déjà qualifiés pour les 8es de finale de la Coupe du monde. La Norvège, le Maroc et l’Écosse sont au coude-à-coude. Deux points au compteur pour les Norvégiens, un pour les Marocains et les Écossais qui s’affrontent. Si la Norvège ne gagne pas, la porte est ouverte pour le Maroc ou l’Écosse.
Les Lions de l’Atlas ne veulent pas laisser passer l’aubaine et règlent l’affaire face à l’Écosse en deux coups de cuillère à pot. 2-0 après 47 minutes de jeu. 3-0 au final. Il n’y a plus qu’à attendre le verdict du Vélodrome. Bebeto ouvre le score à la 78e, le Maroc d’Henri Michel y va tout droit. Égalisation de Tore André Flo cinq minutes plus tard : ça va moins bien, mais ça tient. Et puis, arrive la 88e minute de jeu.
"Honteux, dégueulasse, grotesque, scandaleux, outrancier, provocant"
Esfandiar Baharmast, l’arbitre étatunien de la rencontre, accorde un penalty à la Norvège. Junior Baiano est au contact avec Flo. A l’œil nu, comme au ralenti, on ne voit rien. Seize caméras sont dispatchées aux quatre coins du stade. Mais les angles de vue ne permettent pas de lever la première impression : il n’y a pas penalty. Les deux angles de vue diffusés en direct ne montrent aucune faute du défenseur brésilien. On en est même très loin.
Sûr de lui, l’arbitre avance pourtant d’un pas décidé. Il mime un tirage de maillot et désigne le point de penalty. "Tout de suite, grâce à mon instinct de joueur, j’ai su où le ballon allait atterrir", expliquera-t-il plus tard. "De là où je me trouvais, je voyais clairement que Junior Baiano avait attrapé Tore André Flo par l’arrière de son maillot. On aurait dit la voile d’un voilier." Problème : il est le seul (ou presque) à l’avoir vu.
Kjetil Rekdal ne s’embarrasse pas avec les détails. Penalty transformé. La Norvège s’impose 2-1. Exploit majuscule puisque les Norvégiens n’avaient jamais passé le premier tour en trois petites participations, certes. Le Maroc attendra.
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Le penalty de la victoire
Crédit: Getty Images
Mais d’ici là, le monde s’enflamme devant l’injustice. Le Maroc a été spolié de sa qualification. La presse marocaine et internationale s’en émeut. Un vol, un penalty imaginaire et un scandale XXL. Baharmast a volé les Marocains et prend la marée après la rencontre de Marseille. Il n’y a pas de réseaux sociaux pour déverser le fiel planétaire, il n’empêche que ça tombe dru sur son crâne.
La vidéo ? "ni envisageable, ni souhaitable"
"C'est honteux, dégueulasse, grotesque, scandaleux, outrancier, provocant. Quand je vois ce que mes joueurs ont fait pour en arriver là, je ne peux pas l'accepter, ne décolère pas Henri Michel. Y en a marre ! Un seul être humain ruine des heures de travail par sa fantaisie, c'est insupportable ! Tout le monde peut dire que le Maroc a été bon, mais le Maroc rentre à la maison. J'ai vécu des moments très tristes, ils paraissent banals à côté de celui-là."
Vingt-quatre heures plus tard, twist total. Une caméra d’une télévision suédoise, SVT, déniche un angle de vue encore non exploité. Il a été capté par une caméra isolée derrière le but de Claudio Taffarel. Il montre, au monde entier, le geste de Junior Baiano et le maillot de Flo qui se transforme en voile, exactement comme l’arbitre du match l’a décrit.
Il y avait donc bel et bien penalty. Esfandiar Baharmast avait raison. Contre le reste du monde. C’est rare. Mais ça arrive. La vindicte populaire peut ranger ses quolibets, soupçons et autres insultes. La vidéo a réparé une injustice. Mais elle n’est pas une solution. Pas encore.
À l’époque, David Will, patron des arbitres à la FIFA, balaye d’un revers de la main un éventuel et futur recours à la vidéo. "Le jeu doit rester fluide, explique-t-il alors. Il ne doit pas souffrir d’interruptions continuelles, ce qui serait l’inconvénient avec la vidéo. L’arbitre serait transformé en simple secrétaire appliquant les directives d’un superviseur. Ce n’est ni envisageable, ni souhaitable." Assez savoureux, avec le recul.
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