Coupe du monde - Angleterre - Mais où sont passés les drapeaux?
Eurosport sur GoogleLes Three Lions de Thomas Tuchel ont réussi leur entrée en matière dans cette Coupe du monde 2026. Et pourtant, les drapeaux à la croix de Saint Georges sont moins visibles en Angleterre pendant cette Coupe du monde 2026. Avec une raison au cœur de cette disparition très symbolique : la récupération du drapeau national à des fins purement politiques.
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Video credit: Eurosport
Un drapeau est un signe de ralliement. Mais à quoi ? Il y a deux ans de cela, la réponse à cette question était claire. L'équipe d'Angleterre de Gareth Southgate avait pris la direction de l'Allemagne pour un Euro qu'elle avait espoir de remporter après avoir échoué d'un rien en finale du précédent. Les drapeaux de St George n'étaient pas seulement pavoisés dans les pubs et les fan zones. Le tournoi n'avait pas encore commencé que, partout, on était accueilli par la croix rouge sur fond blanc (sauf en Ecosse ou au Pays de Galles, évidemment). Beaucoup de taxis londoniens et de camionnettes de livreurs arboraient un fanion aux couleurs nationales. Dans quelques rues qu'on se promenât, on finissait toujours par apercevoir un de ces drapeaux dans l'encoignure d'une fenêtre, quand il ne flottait pas au balcon ou qu'une main d'enfant ne l'avait dessiné sur un rectangle de papier scotché sur la vitre. Un an plus tard, on remettait ça, et comment !, pour les Lionesses championnes d'Europe. L'Angleterre et ses équipes étaient une.
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N'ayez crainte. Elles le sont encore aujourd'hui, d'autant plus que la première sortie des hommes de Thomas Tuchel n'aura rien fait pour tempérer l'enthousiasme des supporters. Cette seconde période contre la Croatie, ne le dites pas trop fort, mais elle était digne d'un futur champion. Et pourtant, la croix de St George est quasi invisible aujourd'hui, alors que les Three Lions s'apprêtent à disputer leur second match. Les chauffeurs des black cabs et les livreurs qui ont sorti leurs fanions du tiroir sont l'exception. La plupart des fenêtres sont vierges de tout pavillon. Les enfants dessinent autre chose.
Le drapeau anglais toujours un signe de ralliement mais...
Je croyais au début qu'il ne s'agissait que d'une observation personnelle, que, peut-être, les choses se passaient autrement en dehors de mon quartier, ou que c'était un phénomène londonien. Mais non. L'invisibilité de la croix de St George était relevée par beaucoup d'autres sur les réseaux sociaux, et pas seulement dans la capitale. Les amis à qui je mentionnais cet étrange phénomène me disaient tous, sans la moindre exception, qu'ils avaient constaté la même absence. Qu'est-ce qui pouvait l'expliquer ?
Ce n'est pas le manque d'intérêt pour le Mondial lui-même, malgré des heures de diffusion difficiles à gérer pour les mordus, malgré Trump, malgré Gianni Infantino et les multiples controverses qui entourent ce tournoi. Les chiffres d'audience n'ont pas décliné, bien au contraire. La victoire 4-2 des Anglais sur la Croatie a été suivie par plus de 14 millions de téléspectateurs, ce qui constitue un nouveau record pour l'année 2026 un record qui, nul doute, sera battu, et rebattu d'ici la mi-juillet. Le drapeau anglais est d'ailleurs toujours un signe de ralliement ; mais plus à la même chose, et l'immense majorité des Anglais, quoique suggèrent certains sondages, ne se reconnaissent pas dans cette autre "chose".
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Le drapeau anglais au centre d'entraînement à Kansas City
Crédit: Getty Images
Ne pas entretenir la méprise
Cette autre "chose", c'est la droite "dure" populiste, le parti Reform UK de Nigel Farage, la droite extrême fascisante et ouvertement raciste, le Restore Britain de l'ancien propriétaire de Southampton Rupert Lowe, et l'ultra-droite de Tommy Robinson, qui appelle à l'insurrection avec le soutien d'Elon Musk. Tous ont entrepris la récupération du drapeau national à des fins purement politiques, et y sont si bien parvenus que ceux et celles qui ne partagent pas leurs opinions - les deux tiers, voire les trois-quarts de la population - ne souhaitent pas entretenir la méprise. Ils refusent donc d'arborer un symbole qui pourrait faire croire qu'ils partagent le credo des récupérateurs.
Cette récupération est des plus récentes. Certes, des groupuscules ultra-nationalistes et néo-nazis comme le National Front, la English Defence League et Britain First défilent depuis longtemps sous le drapeau de St George et l'Union Jack - mais presque personne n'assimilait ces couleurs aux extrémistes et à ceux-là exclusivement. Ce qui a tout changé est une campagne menée dans l'ensemble de l'Angleterre par des activistes d'extrême-droite depuis août 2025, il y a donc moins d'un an, un mois à peine après le sacre fédérateur des Lionesses.
Cette campagne a un nom officiel, Operation Raise the Colours ("Opération hissez les couleurs"). Des groupuscules de "patriotes" se sont organisés pour attacher des drapeaux anglais aux réverbères et peindre rond-points et passages cloutés du symbole rouge et blanc national. À Manchester, par exemple, c'est un collectif nommé "Les Lions de Churchill", composé principalement de militants de l'ultra-droite Britain First, qui a décoré la grande banlieue de la ville de la sorte.
Le phénomène a pris une telle ampleur, notamment dans les médias britanniques que, malgré le nombre relativement faible de militants impliqués (quelques milliers tout au plus), l'amalgame est désormais fait : quiconque dresse, arbore ou peint un drapeau de St George sur le sol anglais sait courir le risque d'être pris pour un extrémiste. Certaines collectivités locales, en particulier dans le sud de l'Angleterre, ont même demandé à leurs administrés de ne pas pavoiser de drapeaux de St George dans des lieux publics.
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Une installation décorative destinée à soutenir l'équipe nationale anglaise de football en vue de la Coupe du monde de la FIFA 2026jor tournament campaigns
Crédit: Getty Images
Une Coupe du monde qui va servir de test
Paradoxalement, il n'en va pas de même dans les stades du Mondial : les drapeaux de St George accrochés sur les rembardes de ces stades, floqués de noms de club et de symboles régionaux, font partie du patrimoine des supporters de Team England, dont la plupart, contrairement aux idées reçues, ne partagent pas les idées des instigateurs d' Operation Raise the Colours - lesquels seraient bien incapables de soutenir une équipe dont beaucoup de joueurs sont issus de minorités ethniques et dont au moins un - Djed Spence - est de confession musulmane.
Cette Coupe du Monde va donc servir de test. Plus l'Angleterre ira loin, plus ses supporters auront à coeur de prodiguer leur soutien. Que les drapeaux refleurissent dans les rues de Londres, de Manchester et d'ailleurs, et ce ne sera pas seulement le signe que les Three Lions sont en voie de réussir quelque chose d'exceptionnel, mais aussi qu'ils ont aidé un pays tout entier à se réapproprier ce qui n'aurait jamais dû cesser de lui appartenir.
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