Coupe du monde | Après la finale perdue, l'Argentine est prise dans un tourbillon d'incertitude, entre théories complotistes et enquête du FBI

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L'Argentine a perdu un peu plus qu'une finale de Mondial face à l'Espagne. Derrière cette défaite méritée et humiliante pour l'image d'un peuple à la passion déraisonnée, le pays cherche des explications et n'hésite pas à tomber dans des théories complotistes. Un climat suspicieux favorisé par l'enquête du FBI pour corruption visant le président de l'AFA Claudio Chiqui Tapia. A en perdre la tête.

L'Argentine, le néant : "Donner ce spectacle en finale de la Coupe du monde, c'est triste"

Video credit: Eurosport

L'Argentine n'est plus cette terre lointaine au souffle aussi ardent que séduisant, où le ballon rond se conjugue à toutes les sauces sous un regard mièvre et conquis. Le voile du romantisme s'est déchiré de lui-même, d'abord, par cette litanie de sous-entendus nauséabonds autour d'un racisme décomplexé, comme beaucoup de choses dans ce pays. De la première mèche allumée par une petite colonie de supporters un soir chaud d'hiver au Qatar en 2022, une campagne médiatique s'est nourrie des polémiques nimbant un effectif, une institution, un pays menotté à sa condition économique funeste et à une culture de la violence omniprésente.
Les Argentins ont perdu la finale de la Coupe du monde. Ce simple constat suffit à humidifier les visages et fleurir les pommettes d'une cascade de larmes. Les inconditionnels de l'Albiceleste auront un autre poids à porter, a minima, celui d'avoir vu leurs héros écumer une finale à sens unique, véritable humiliation à ciel ouvert. Tout le monde a vu onze joueurs, puis dix, occupés à chatouiller les chevilles, tester la permissivité de l'arbitre slovène, et pourrir une finale que d'aucuns espéraient emballante. La débâcle du jeu s'est logiquement traduite au score (1-0). Mais le traumatisme n'était pas encore tout à fait né.

Messi et l'étrange conciliabule 

La "Scaloneta" a rarement brillé par le jeu ni maîtrisé son sujet aux Amériques, mais le visage affiché en finale a surpassé tous les scénarios les plus sombres. Dans les médias et chez les supporters, la chasse aux diverses causes derrière ce fiasco a exhumé une batterie de théories. Un plan séquence de la sortie des vestiaires des joueurs jusqu'à leur arrivée au tunnel a alimenté la paranoïa peu à peu généralisée. Les visages fermés, les yeux comme fraîchement essuyés, les coéquipiers de Lionel Messi n'avaient pas la gestuelle d'un champion en titre prêt à défendre son butin.
Certains termes relevés dans la bouche d'un Lionel Messi au verbe feutré ("On oublie tout", "on a deux blessés") ont nourri la bête, autant que les démentis laconiques et jugés peu convaincants de Colo Mac Allister (père d'Alexis et ancien international argentin) et Lionel Scaloni. L'artisan derrière la troisième étoile n'a d'ailleurs pas caché sa lassitude après un tournoi particulièrement coûteux mentalement : "je continuerai jusqu'en décembre, après cela, je démissionnerai probablement", a-t-il déclaré après la finale.

Malouines, silence prolongé et FBI

Le moindre détail est analysé. Les photos des joueurs sur les réseaux avec la banderole citant les Malouines supprimées ? Un coup de pression de la FIFA. Certaines épouses absentes dans les tribunes et les joueurs tous silencieux en zone mixte ? Le signe que tous savaient que l'issue de la finale était scellée. Certains journalistes influents en profitent pour laisser infuser ce climat instable et suffocant, et n'hésitent pas à en remettre une couche. Il faut dire que la position délicate du dirigeant de la Fédération argentine de football (AFA) Claudio "Chiqui" Tapia auprès des autorités américaines n'a pas aidé à dissiper les hypothèses les plus farfelues.
Que les joueurs argentins aient été secoués par le contexte vicié autour d'une sélection haïe aux quatre coins du globe est certainement vrai. Rajoutez à cela la pression de la Fédération anglaise concernant les célébrations autour des Iles Malouines, la campagne numérique massive de désinformation et, surtout, la cabale du FBI à l'encontre de Tapia, visé pour avoir détourné de manière présumée plus de 300 millions de dollars. Le football argentin n'est pas qu'une bête blessée, il se trouve surtout dans un état de décomposition avancé.
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Claudio Fabián Tapia, presidente de la AFA

Crédit: Getty Images

Si les échos autour des pratiques supposément mafieuses et sulfureuses de "Chiqui" Tapia et de ses ouailles ont récemment porté jusqu'en Europe et ailleurs, la réputation du dirigeant n'est plus à faire au pays, où il peinerait à trouver quelques derniers sympathisants. Comme cité plus haut, Tapia est fortement soupçonné d'avoir détourné en compagnie de Javier Faroni (et de la femme de ce dernier, Erica Gillette) une immense part des revenus commerciaux internationaux de l'AFA via une entreprise, TourProdEnter, basée à Miami.

Manoir pharaonique, ennemi de Milei, et championnat décati : bienvenue dans la galaxie Tapia

Tous les gains, y compris ceux de la Coupe du monde remportée en 2022 (42 millions de dollars délivrés par la FIFA) ont transité via cette société, qui a fait des petits, histoire de masquer les traces et de blanchir à l'ombre des regards. Alors que la collusion des pouvoirs politiques (hormis le camp du président Javier Milei, opposé politiquement au péroniste Tapia) a longtemps permis au ponte au visage grêlé et aux cheveux gominés d'esquiver la moindre incursion sur le terrain judiciaire, des témoignages clés ont levé le voile ces derniers mois sur l'existence d'un manoir pharaonique, qui servait également de garage pour des dizaines de voitures de luxe.
Personne ne tombe de sa chaise au pays du mate et du dulce de leche. La corruption déborde de tous les pores de la société argentine et assister au rythme de vie fastueux de Tapia alors que les dotations pour le champion d'Argentine ne dépassent pas les 500 000 dollars suffisait à deviner les ficelles d'une manœuvre suspicieuse. Les succès de Messi et compagnie, drainant des contrats publicitaires et sponsorings mirobolants, auraient surtout permis aux dirigeants de l'AFA de poursuivre leur train de vie mirifique.
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Chiqui Tapia réconforte Lionel Messi après la finale perdue face à l'Espagne

Crédit: Getty Images

Jusqu'à l'éclipse du Mondial. Le FBI a accéléré son enquête et a profité de la présence de Tapia sur le territoire pour l'intercepter et l'interroger après la finale. Des téléphones et autres appareils électroniques auraient été saisis, comme le confirme le média argentin infobae. L'AFA s'est empressée de démentir mercredi via un communiqué abrasif mais Tapia serait cité à comparaître le 30 juillet, pour une issue qui s'annonce funèbre. Son règne approche de son terme, celui de Messi sur le pré - autrement plus sain - aussi. Sans ces deux faces d'une même pièce, il ne restera plus que des débris et des doutes aux Argentins, que la fierté irradiante aura bien du mal à camoufler. 
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