Coupe du monde - Contre l'Égypte en 8es de finale, l'Argentine va jouer une équipe qui a déjà prouvé sa capacité à pourrir les matches
Par Yohann Le Coz
Mis à jour 07/07/2026 à 11:10 GMT+2
L'Argentine n'a pas forcément hérité de l'adversaire le plus facile avec l'Égypte en huitièmes de finale de cette Coupe du monde. Mardi à Atlanta, Lionel Messi et ses coéquipiers ne feront pas seulement face à une équipe menée par Mohamed Salah mais aussi à une sélection à la culture de la rigueur défensive et du vice. Même si les Pharaons ont proposé plus que ça depuis le début du Mondial.
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Video credit: Eurosport
À force d'entendre parler du Paraguay ou du Cap-Vert, on en oublierait que voir l'Égypte en huitièmes de finale d'une Coupe du monde relève de la surprise. Les Pharaons ont bien une histoire avec le Mondial, comme premier pays africain à y participer en 1934. Mais ils n'avaient jamais gagné un match avant la victoire contre la Nouvelle-Zélande en phase de groupes. Les coéquipiers de Mohamed Salah ont beau ressembler à des mastodontes à la CAN, sur la scène mondiale, ils ont encore tout à prouver.
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Pourtant, de l'autre côté de la Méditerranée, les Égyptiens traînent une sacrée réputation. Une équipe dure au mal, capable de sortir n'importe quel adversaire de son match et d'user le corps arbitral. Martin Guez a couvert la dernière CAN au Maroc pour RFI. Basé à Agadir, il était chargé de la couverture des matches du groupe B, où figurait l'Égypte. Il se souvient d'une équipe capable d'"énormément souffrir, défendre très bas, en bloc, même avec des joueurs qui n'ont pas forcément l'habitude de disputer des matchs de niveau international."
Voilà qui ressemble drôlement au portrait robot du dernier adversaire des Bleus. En Égypte, le style rugueux et défensif a été érigé au rang de culture. Et pas qu'en sélection. Al Ahly, principal club du pays et détenteur du record de Ligues des champions africaines remportées incarne parfaitement ces valeurs. "Le nombre de Ligues des champions qu'ils sont allés gagner comme ça, en gagnant 1-0 le match aller et en allant défendre le 0-0 au match retour...", glisse Martin Guez.
Un football national et nationaliste...
Pendant de longues années, le club du Caire était le fournisseur quasi exclusif des joueurs de la sélection nationale. Aujourd'hui, le vivier est plus varié, Hossam Hassan pioche aussi du côté de Zamalek et du Pyramids FC, qui restent des clubs de la première division égyptienne, à l'ADN footballistique sensiblement similaire. Les joueurs se connaissent par cœur et sont animés de la même rage et du même vice sur la pelouse.
"Le match le plus emblématique de l'ADN égyptien, c’est en 2008 quand ils sortent la Côte d'Ivoire en demies à la CAN, se rappelle Martin Guez. C'est la grande Côte d'Ivoire de Drogba, les frères Touré étaient déjà là, il y avait vraiment une grosse, grosse équipe. Les Égyptiens ont gagné 4-1 dans un match où ils ont concédé un million d'occasions."
... incarné par un sélectionneur
Des marqueurs footballistiques incarnés par Hossam Hassan mieux que personne. Le sélectionneur, qui s'était déclaré comme soutien d'Hosni Moubarak lors de la révolution égyptienne en 2011, est un homme habité par l'idée de porter haut les couleurs de son pays. Après chaque victoire, en conférence de presse, il rate rarement une occasion de rappeler que le succès a été acquis pour rendre fiers ses compatriotes.
Véritable monument en Égypte, le bonhomme à l'air austère a déjà remporté trois CAN en tant que joueur (1986, 1998, 2006) et reste le recordman de buts de la sélection (68 pour 178 capes). Partout où il passe, il reste accompagné de son frère, Ibrahim Hassan (132 sélections), au tempérament tout aussi volcanique. A chaque match ou presque, les deux frères rejouent inlassablement la même pièce de théâtre : des mains levées pour réclamer chaque touche, chaque corner, chaque faute, des courses hors des zones techniques pour célébrer les buts avec les joueurs et des accès de colère égalés seulement par une joie intense les soirs de victoire.
A la CAN 2025, Hassan s'était signalé par une célébration assez véhémente envers les tribunes, en 8es de finale, après un but contre le Bénin. Et avait évoqué une prétendue "jalousie" de certains envers "l'histoire du football égyptien", après l'élimination en demi-finales contre le Sénégal. Aux Etats-Unis, on l'a vu aller mimer auprès de l'arbitre une faute qui, selon lui, méritait un penalty contre la Belgique, et pleurer à chaudes larmes après la victoire historique contre les Néo-Zélandais.
Des Pharaons plus ambitieux dans cette Coupe du monde
La Coupe du monde proposée par les Pharaons mérite tout de même un peu de nuance. Depuis le début du tournoi, les Égyptiens ont plusieurs fois joué sur la fibre panafricanaiste et panarabe dans leur communication, à l'image d'Hassan qui a dédié la victoire en 16es de finale à ses "frères africains" et ses "frères palestiniens".
Sur le terrain aussi, le visage est quelque peu différent. Ceux qui ont l'habitude de voir cette équipe à la CAN ont peut-être eu un peu de mal à la reconnaître. "Contrairement au Paraguay, ce n'est pas le genre d'équipe où on va se dire qu’ils n'ont rien à faire dans une Coupe du monde à 48, analyse Martin Guez. Ils montrent aussi que le foot, ce n'est pas que les grandes stars, c'est aussi des grands pays qui n'ont pas forcément que des joueurs de top niveau. Je trouve qu'ils donnent plutôt une bonne image du foot égyptien sur cette Coupe du monde tout en étant assez fidèles à ce qu'ils ont toujours été", juge-t-il.
Ajoutez à ça une équipe où Mohamed Salah et Omar Marmoush sont désormais suppléés, un cran plus bas, par Emam Ashour, milieu offensif d'Al Ahly et pépite du football national, vous vous retrouvez avec une équipe capable de faire mal, en plus de savoir plier sans rompre. "Ils ont quand même trois très beaux joueurs et je pense qu'ils peuvent faire très mal à l'Argentine sur la rencontre", se risque le journaliste de RFI. D'autant qu'on a pu observer l'Albiceleste souffrir contre le Cap-Vert, face à une équipe très verticale, capable de subir puis d'attaquer vite et fort. Le parcours argentin vers la finale a été pointé du doigt comme le plus facile de cette Coupe du monde. Pourtant, l'Égypte ne ressemble pas vraiment à un cadeau.
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