France - Irak - Éclairs, colère, 3h48 "interminables" : récit du plus long match de l’histoire du Mondial

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Des menaces jusqu’au déluge, l’équipe de France a vécu une après-midi unique dans l’histoire de la Coupe du monde. La mi-temps aura duré plus de deux heures. La faute aux pluies diluviennes et aux éclairs qui ont déclenché un protocole très strict. Cloîtrés dans leur vestiaire, les Bleus ont vécu un moment éprouvant et leur retour sur la pelouse a déclenché la fureur de leur capitaine. Récit.

Mbappé nous a convaincus : "Content d'avoir vu un capitaine"

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3 heures et 48 minutes. France – Irak est devenu en ce lundi 22 juin le match le plus long de l’histoire de la Coupe du monde. Comment en est-on arrivé là ? Comment les Bleus ont-ils vécu les évènements ? Récit d’une soirée interminable entre électricité dans l’air, pluie diluvienne.
19h45 : L’atmosphère est lourde. 30 degrés ressentis 37. Le vent s’est levé autour du Lincoln Financial Field. Les nuages sont menaçants. Première alerte, premier retard. Alors que les portes doivent s’ouvrir, la FIFA retarde le processus. Un premier orage s’abat sur Philadelphie.
"A severe thunder is coming" (ndlr : "un gros orage arrive") avertissent les écrans géants du stade. Il faut déjà évacuer alors que l’enceinte est… complètement vide. Les portes finissent par s’ouvrir avec 30 minutes de retard. Le plus dur est passé, pense-t-on alors. Mais les applications météo commencent à chauffer sur les téléphones. Il semble clair que ce n’était qu’un avertissement et que le pire arrive.
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Les écrans du stade de Philadelphie

Crédit: Getty Images

23h25 : La pause fraîcheur n’a jamais aussi bien porté son nom. Un déluge s’abat sur les 22 acteurs… et sur un stade où 60% du public est exposé à la pluie. Festival de ponchos dans les tribunes. Mais le match continue. Les conditions se dégradent à vue d’œil mais pas, encore, d’éclair en vue.
Sortez des tribunes et cherchez un abri dans le stade
23h50 : La première période s’achève et l’orage est là. Le protocole est clair et sera suivi à la lettre : si le moindre éclair s’abat dans un rayon de moins de 11,2 kilomètres du stade, le jeu s’arrête pour 30 minutes. Voilà ce qui guidera toutes les décisions de la FIFA. A cette heure précise, une lueur zèbre le ciel. Tout se met doucement en place. Première information officielle : la mi-temps va durer 30 minutes plutôt que 15.
Minuit : Les tribunes s’évacuent doucement. Les écrans sont pourtant clairs : "Sortez des tribunes et cherchez un abri dans le stade." Le public, composé en grande partie de locaux, met cinq bonnes minutes à comprendre puis s’exécute dans le calme. Les Américains ne se formalisent pas de ce contretemps et en profitent pour remplir leur plateau de tout un tas de sucreries. Habitué des sports à rallonge (baseball, football américain), il est dans sa zone de confort. Malgré l’information très parcellaire, les spectateurs resteront très disciplinés. Personne ne se crispe ou ne râle.
0h30 : Ce sont désormais des trombes d’eau qui s’abattent sur Philly. Il apparaît clair que la pause va s’éterniser. Pourtant on nous informe que les deux équipes seront de retour sur la pelouse à 0h40 pour une reprise des débats à 1h. Car non seulement, il faut que l’orage cesse mais il faut, bien sûr, remettre les machines en route. Vingt minutes d’échauffement seront nécessaires.
Nerveusement et mentalement, c’était très difficile
La soirée va être longue. Dans le vestiaire des Bleus, on s’occupe comme on peut. "On ne savait pas quand ça allait reprendre, on est resté actif, confie Jules Koundé. On a eu le temps de discuter, de se décontracter." Deschamps n’a qu’une idée en tête : éviter la blessure. "On attendait, parce qu'on avait des créneaux et ils étaient sans arrêt repoussés, rembobine le sélectionneur. Le plus important avec mon collège Graham (Arnold, sélectionneur de l'Irak), c'était d'avoir les 20 minutes pour s'échauffer et ne pas prendre de risques."
0h36 : Nouvel éclair tout proche du stade. Le protocole repart à zéro, le match prend 30 minutes dans la vue et repousse l’entrée des joueurs à 1h06. Dans les coursives du stade, personne n’est au courant. Des télévisions postées tous les dix mètres sont figées sur un seul et même message : "le match est arrêté jusqu’à que toutes les conditions soient réunies pour assurer la sécurité du public." Mais personne ne s’en fait. On mange, on boit et on chante dans les entrailles de l’enceinte. Ni la pluie, qui redouble d’intensité, ni l’arrêt du match n’entravent la fête.
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La fête dans les coursives du stade

Crédit: Getty Images

0h40 : Ce n’est pas tout à fait la même légèreté qui traverse le vestiaire de l’équipe de France même si Deschamps plaisante avec certains membres de son effectif. "C’était une soirée très longue. Nerveusement et mentalement, c’était très difficile, nous éclaire Kylian Mbappé. On devait rester concerné et concentré dans le vestiaire. Rester quasiment deux heures dans le vestiaire… c’est compliqué de garder tous les joueurs concernés."
ils ont passé 20 minutes à nettoyer la partie où on défend, pas la partie où on attaque
1h25 : La sortie des joueurs est annoncée. Le speaker prévient la foule qu’elle peut rejoindre les tribunes… au moment où une averse diluvienne vient accueillir ceux qui sortent de leurs abris. L’ambiance monte d’un cran. La sono crache du Khaled : "On va s'aimer, on va danser." Dans l’immédiat, on va surtout se mouiller. Sur la pelouse, on sort dans un premier temps des serpillères mais autant essayer de vider l’Océan Atlantique à la petite cuillère. Dans l’immédiat, il apparaît clair que les éclairs ne sont plus le problème, l’état de la pelouse en revanche… Gorgée d’eau, elle semble à cet instant impraticable.
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Complètement fou : "Mbappé a marqué 10% des buts des Bleus en Coupe du monde"

Video credit: Eurosport

1h28 : Les joueurs sortent du tunnel et Kylian Mbappé est furax ! Il gesticule dans le rond central alors que quatre volontaires sortent les raclettes pour tenter d’évacuer l’eau du terrain. Mais pourquoi le capitaine des Bleus est-il si énervé ? "Ce n’était pas de l’agacement mais ils ont passé 20 minutes à nettoyer la partie où on défend, pas la partie où on attaque. C’est un désavantage, nous expliquera-t-il après la rencontre. Je voulais qu’ils passent le même temps à nettoyer les deux parties du terrain ou, quitte à choisir, nettoyer celle où on attaque. Après avoir attendu deux heures, tu arrives et tu vois qu’ils n’ont pas protégé la pelouse alors que normalement, ils doivent la recouvrir, c’est un petit énervement mais ça passe."
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Les raclettes qui ont tenté de déplacer l'eau hors du terrain

Crédit: Getty Images

1h45 : La pluie cesse enfin mais des pans entiers du terrain semblent impraticables. Le ballon rebondit à peine dans certaines zones. Le bal des raclettes continue au son, cette fois-ci, de "Don't stop believin" de Journey. "Ne cesse jamais d’y croire", c’est un peu le thème de cette soirée infernale ou "interminable", selon les mots de Manu Koné. "J’avoue, c’était long", reconnaîtra celui qui se souviendra longtemps de sa première titularisation en Coupe du monde.
2h : Cette fois ça y est, le match va reprendre ! Mais les Bleus ne sont que 10 sur la pelouse. Mike Maignan manque à l’appel. Il faudra une grosse minute pour qu’il rejoigne ses partenaires. Le dernier contretemps d’une soirée qui n’en a pas manqué. Sur le terrain, l’équipe de France achèvera joliment le travail (3-0) au bout du match le plus long de l’histoire de la Coupe du monde.
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