La Folie du roi Gianni Infantino
Eurosport sur GoogleQuelques jours après la fin du Mondial, Gianni Infantino a choisi de publier un communiqué pour répondre aux critiques le visant lui et la Fifa. Le président de l'instance, qui réécrit l'histoire de la Coupe du monde en revisitant par exemple l'aventure de l'Iran, semble déconnecté de la réalité. Et voudrait surtout qu'on l'aime.
Donald Trump arrives by helicopter to attend World Cup final alongside Gianni Infantino
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Toute autocratie se nourrit de sa propre paranoïa. Elle voit des ennemis partout, et va jusqu'à en inventer quand cela lui est utile, pour mieux surveiller et mieux punir ceux qui refusent de se plier à ses ordres ou de croire aux fictions que le pouvoir entend lui imposer comme réalité. Mais il vient toujours un moment, le plus souvent quand on s'approche du générique de fin, où la paranoïa prend le dessus et n'est plus une arme par laquelle asseoir son pouvoir, mais un aveu de faiblesse.
Une semaine après le sacre de l'Espagne à New York, le président de la Fifa Gianni Infantino a publié un long communiqué - 836 mots ! - subdivisé en quinze parties sur son compte Instagram personnel, qui fut aussi posté sur celui de la Fifa et distribué à certains médias par le service de communication de l'instance, dont The Athletic, qui fut le premier à s'en faire l'écho ce lundi matin.
Alors que vous propagiez la haine, nous œuvrions sans relâche pour unir deux pays en guerre
On aurait pu s'attendre à ce que Gianni Infantino profite de l'occasion pour s'attarder sur les grands moments de football que nous avons vécu aux USA, au Canada et au Mexique pendant plus d'un mois. La bravoure du Cap Vert. L'Azteca en feu pour un inoubliable huitième de finale entre El Tri et l'Angleterre. Les buts de Messi, Haaland et Mbappé. Le jeu magnifique d'autorité du futur vainqueur.
Et, évidemment, le succès commercial sans précédent d'un tournoi qui a gonflé les caisses de la Fifa d'une quinzaine de milliards de dollars, dont ses 211 associations membres seront (a priori) les premières bénéficiaires. Il aurait pu s'en tenir là, histoire de faire un pied-de-nez à ceux, si nombreux, qui ont eu le culot de le critiquer ; au lieu de quoi, piqué au vif, il choisit de leur faire un bras d'honneur.
"À ceux qui [se cachent] derrière leurs plumes et leurs journaux ou devant leurs écrans, propagent la haine et de fausses rumeurs, je tiens à dire ceci", écrit-il. "Tandis que vous restez en retrait, nous, à la FIFA, sommes en première ligne pour organiser, travailler sans relâche et offrir le plus grand spectacle au monde".
"Chaque ville regorgeait de supporters venus des quatre coins du monde. Tandis qu'ils célébraient la fête, vous étiez occupé à semer la haine. Notre monde a besoin d'amour, pas de haine ; de tolérance, pas de division ; de célébration, pas de deuil. Alors que vous propagiez la haine, nous œuvrions sans relâche pour unir deux pays en guerre".
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Gianni Infantino to szef FIFA
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Des entorses faites à la vérité
Ces deux pays, ce sont l'Iran et les États-Unis. Selon Gianni Infantino, le premier est entré dans le second "sans incident sans conflit". Mieux, "tous les chants hostiles se sont transformés en un chant unique" de "soutien indéfectible à la 'Team Melli'". Oubliées, les brimades infligées aux joueurs iraniens obligés d'établir leur base au Mexique et d'y retourner aussitôt après avoir joué leurs matches. Oubliés, les drapeaux confisqués dans les stades et les visas refusés à certains membres de leur délégation. Tout n'était qu'amour, luxe, calme et volupté.
C'est que, selon l'homme qui offrit son grotesque "Prix de la Paix" au président Trump en décembre dernier, "il ne s'agit pas de politique". "Le football est synonyme d'unité, pas de division", et tutti quanti.
Un autre passage de choix : "alors que le football a fait découvrir Haïti au monde — un pays que beaucoup ne peuvent pas visiter ou choisissent de ne pas visiter —, il est peut-être temps de laisser stylos et claviers de côté pour témoigner du respect aux équipes qui ont joué avec le cœur et se sont battues avec acharnement, aux pays qui ont apporté leur contribution, aux supporters qui ont fait le déplacement et aux enfants de tous horizons qui veulent rêver en grand".
Cher Gianni Infantino, ignoreriez-vous donc que les supporters haïtiens qui auraient voulu "faire le déplacement" depuis leur île à Foxborough, Philadelphie et Atlanta, auraient été refoulés à la frontière américaine, tout comme ceux de la Côte d'Ivoire ou du Sénégal ?
Ces entorses faites à la vérité ne sont cela dit que des détails au regard de la façon dont Gianni Infantino a choisi de coucher son message. Son ton aigre, colérique et vindicatif est celui d'un homme blessé au plus profond de lui-même, incapable de comprendre comment et pourquoi il est bien parvenu à unir le monde du football, et pas seulement ces maudits médias qui l'horripilent - contre lui-même et sa gouvernance.
C'est à se demander s'il est devenu "incapable de comprendre" tout court, si, encouragé par un entourage de béni-oui-ouis et de sycophantes qui l'assurent de son infaillibilité et de la noblesse de sa mission, (les autres sont partis depuis longtemps, de leur propre gré ou pas), il s'en croit lui-même investi et vit désormais dans un univers parallèle, une galerie de miroirs déformants, un nuage d'illusions auxquelles il s'est laissé prendre.
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Prezes LaLiga Javier Tebas ostro o FIFA i prezydencie Infantino
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Un cri du cœur étrange
Toute critique lui est devenue insupportable, tout jugement négatif la "preuve" que ceux qui osent le contredire sont le jouet de la haine et méritent d'être punis. C'est ainsi que la Gazzetta dello Sport se vit retirer trois de ses cinq accréditations pour la finale de La Coupe du monde quelques heures après que le quotidien italien avait publié un article qui critiquait certains aspects de l'organisation du tournoi. Mesquin, en plus.
S'imagine-t-il être la cible d'un complot médiatique ? Cela ne fait aucun doute. Se pose-t-il seulement la question : "mais pourquoi me haïssent-ils?" C'est moins sûr. Lui qui demande aux autres de faire leur examen de conscience, "de prendre un instant pour réfléchir, méditer, prier ou regarder un match de football, et [observer] vraiment les visages, les regards, les émotions", est-il seulement encore capable de faire le sien ? Le fut-il jamais ?
Le plus étrange dans ce cri du cœur est que Gianni Infantino n'a guère de soucis à se faire pour sa propre personne, pas dans l'immédiat en tout cas. Sa réélection au Congrès électif qui se tiendra à Rabat le 18 mars prochain est une quasi-certitude aujourd'hui. Si certaines confédérations - l'UEFA et la CONCACAF - renâclent à le soutenir publiquement, d'autres, la CAF, l'AFC et la CONMEBOL, lui ont déjà prodigué leur soutien, suffisamment pour l'assurer d'une confortable majorité si, d'aventure, un autre candidat avait le toupet de se présenter contre lui et qu'on n'assistait pas à un nouveau couronnement à la nord-coréenne comme ce fut le cas en 2019 et 2023.
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Espagne - Argentine, pire finale de l'histoire ?
Video credit: Eurosport
Infantino en veut plus
Juste avant le Mondial, la Fifa avait d'ailleurs pris le soin de faire circuler des formulaires pré-écrits auprès des associations-membres au Congrès de Vancouver, sur lesquels les présidents de fédérations n'avaient plus qu'à apposer nom et signature pour endosser la candidature infantinienne et s'engager à ne pas en soutenir une autre. Plus de 200 d'entre eux l'auraient déjà fait.
Et quand on entend le président de la fédération finlandaise Ari Lahti expliquer qu'il avait accédé aux desiderata de la Fifa et qu'il "soutiendrait Infantino parce qu'il ne voulait pas devenir une cible", on se dit qu'il est improbable que le règne de Gianni Infantino touche à sa fin au printemps prochain.
Il est devenu accoutumé à tout faire plier devant son autorité. La Coupe du monde ira en Arabie saoudite en 2034, il en sera ainsi et pas autrement, car le prince a parlé. Mais cela ne lui suffit pas. Il voudrait qu'on l'aime, en plus ; et sur ce terrain-là, le pouvoir absolu, ça n'existe pas.
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