Mauricio Pochettino et l'utopie du "Pourquoi pas nous ?" à la tête de l'équipe nationale des États-Unis pour sa Coupe du monde
Eurosport sur GoogleNommé après une piteuse campagne des États-Unis en Copa America, à l'automne 2024, Mauricio Pochettino a tenté de former une équipe cohérente collectivement pour son Mondial à domicile. Avec des hauts et des bas, mais une même ambition, intacte : "pourquoi pas" aller loin dans le tableau. Voire décrocher le titre. À l'américaine.
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C'est une question de mentalité. Quand on devient le sélectionneur des États-Unis, il faut savoir vendre. Plaire. Emmener avec soi une sélection qui n'a plus franchi les quarts de finale d'une Coupe du monde depuis 1930. Pour sa toute première conférence de presse à la tête de Team USA, en septembre 2024, Mauricio Pochettino avait annoncé la couleur. Plusieurs couleurs, d'ailleurs. "La chose la plus importante, avait-il dit, c'est d'établir une idée qui puisse plaire à tout le monde, à laquelle les joueurs, le staff, la Fédération peuvent adhérer."
Soit. Mais aussi. "La première chose qu'on aime, avec mon staff, c'est de jouer un football esthétique. (...) Nous voulons jouer un beau football, un football excitant. On est les Etats-Unis, vous savez !" Yeah.
Même s'il n'est pas toujours facile, dans un pays qui maîtrise vaguement le véritable nom de votre sport, d'être identifié à votre juste valeur. Pochettino racontait mercredi à The Guardian : "Parfois, vous êtes dans la tenue de la sélection, et les gens vous disent : 'Quel sport vous faites ?' 'Soccer.' 'Soccer, mais quoi ?' 'L'équipe nationale américaine.' 'Ah.' 'On se prépare pour la Coupe du monde.' 'Oh, OK.'"
Je suis ici parce que je pense que nous pouvons gagner
Des autres tirades de Mauricio Pochettino, surtout face aux médias américains, on retient toujours la même idée principale. Les États-Unis doivent viser haut. Voire le titre, "Pourquoi pas ?". C'est d'ailleurs pour ça qu'il est là. "Je suis ici parce que je pense que nous pouvons gagner, martelait-il encore en mars. Pourquoi pas nous ?" Ce sera chose bien moins aisée que de remporter la Ligue 1 avec le PSG. Il faudrait plutôt un coup à la Tottenham 2019. Date à laquelle Harry Winks, Moussa Sissoko et Danny Rose avaient tous figuré dans son onze de départ en finale de la Ligue des champions. Mais cette fois-là, Harry Kane était de son côté. Ça aide.
La fédération américaine avait parié sur lui pour sa "capacité démontrée à construire des équipes unies et compétitives", au sortir d'une élimination dès les groupes de la dernière Copa America. Et bien longtemps, on a cru à l'échec. En septembre 2025, The Athletic traitait encore l'équipe nationale de Pochettino d'"ensemble désarticulé, mélange hétéroclite de stars en panne d'inspiration et de joueurs de complément qui n'ont sans doute pas le niveau international." C'était au sortir d'une défaite 2-0 face à la Corée du Sud, au cours de laquelle les États-Unis étaient apparus complètement désordonnés. Sans que personne ne sache où, ni qui presser.
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Trois défaites en quatre matches en 2026
Sous pression, notamment après une série d'amicaux particulièrement inquiétante l'an passé (4 défaites en 4 matches, contre le Panama, 1-0, le Canada, 2-1, la Turquie, 2-1, et la Suisse, 4-0), Pochettino avait sollicité la patience de tous : "Nous devons gagner des matches quand le Mondial commencera". Il est temps.
Car les mois qui ont suivi n'ont certes pas été pires que les précédents, mais pas nettement meilleurs non plus. Les États-Unis ont perdu trois des quatre matches qu'ils ont disputés en 2026. Contre de grosses cylindrées (Belgique, 5-2, Portugal, 2-0, Allemagne, 2-1). Et avec une bonne victoire face au Sénégal à la fin mai (3-2).
Résultats ou pas, le discours de Pochettino n'a pas changé. Même battue d'une courte tête par l'Allemagne (1-2), le 6 juin, sa sélection est prête. "C'était un grand défi pour nous, déclarait-il après coup. Nous avons vu comment les joueurs réagissent, ils ont montré une force collective et joué sous pression. J'étais déçu (de concéder le premier but), bien sûr, mais c'était positif pour nous de voir cette réaction de l'équipe." Rapidement menés, après un but de Kai Havertz – tiens, tiens –, les Américains ont égalisé d'une splendide volée d'Antonee Robinson, avant de céder en deuxième période devant Leroy Sané.
Donnons-nous la liberté de voler. Pourquoi pas ?
Une équipe passée, en un an, d'une humiliation face à la Suisse à un court revers face à l'Allemagne a inévitablement progressé. En 2022, le prédécesseur de Mauricio Pochettino, Gregg Berhalter, avait emmené la sélection en huitièmes de finale du Mondial. Avec les mêmes cadres qu'en 2026, à peu de choses près (Christian Pulisic, Weston McKennie, Antonee Robinson, Sergino Dest…). Renforcés, depuis, par l'arrivée de jeunes talents, comme Folarin Balogun (AS Monaco) en pointe et Malik Tillman (Bayer Leverkusen) au milieu, qui seront amenés à jouer un rôle crucial dans l'animation américaine.
Pas mal, sur le papier. D'autant plus que les États-Unis, d'office dans le chapeau 1 en tant que pays-hôte, n'affronteront qu'un groupe abordable (Paraguay, Australie, Turquie). Ce qui donnera le ton de la suite de sa compétition, si elle doit exister. Les USA, sous Pochettino, ont déjà affronté ces trois futurs adversaires, pour deux victoires (Australie et Paraguay) et une défaite (Turquie). Le rapport de force n'a pas bien évolué, depuis. Ni l'ambition de l'entraîneur des États-Unis. "Personne ne nous voit comme un candidat, mais vous regardez les autres Coupes du monde, et vous vous dites : 'Pourquoi pas ?', martelait-il encore, mercredi, à The Guardian. Être un pays-hôte peut créer une synergie avec les gens, un soutien que les joueurs ressentent. Donnons-nous la liberté de voler. Pourquoi pas ?"
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