Anniversaire de France-Italie 2006 I 2006-2026 : du toit du monde au naufrage pour la Nazionale

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Le 9 juillet 2006, à Berlin, l’Italie décrochait sa quatrième étoile en battant la France en finale (1-1, 5 t.a.b. à 3). Vingt ans plus tard, ce triomphe semble appartenir à une autre époque. La Nazionale reste sur trois non-qualifications consécutives pour la Coupe du monde, et elle n’a remporté qu’un seul match de phase de groupes depuis ce sacre. Une chute aussi imprévisible que vertigineuse.

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Video credit: Eurosport

Berlin, 9 juillet 2006. Fabio Grosso s'avance, prend sa course et envoie l'Italie sur le toit du monde. Six ans après la finale maudite de l'Euro 2000, la Nazionale tient enfin sa revanche face à l'équipe de France (1-1, 5 t.a.b. à 3). Alors que le Calcio est empêtré dans le scandale du Calciopoli depuis le début de l'été, la bande de Marcello Lippi entre dans l'histoire en décrochant sa quatrième étoile, après celles de 1934, 1938 et 1982. Le football italien flambe, rayonne et trône tout en haut de la hiérarchie mondiale, trois ans après une finale 100 % transalpine en Ligue des champions (Milan-Juventus, en 2003) et un an avant le septième sacre européen de l'AC Milan (face à Liverpool, en 2007).
Loin de présager ce que l'avenir lui réserve, l'Italie, qui se sent alors à juste titre toute-puissante, célèbre ses 23 champions à leur retour de leur expédition allemande. Rappelons leurs noms, afin de bien mesurer la déchéance qui s'ensuivra : Gianluigi Buffon, Angelo Peruzzi, Marco Amelia, Fabio Cannavaro, Alessandro Nesta, Marco Materazzi, Fabio Grosso, Gianluca Zambrotta, Cristian Zaccardo, Andrea Barzagli, Mauro Camoranesi, Gennaro Gattuso, Andrea Pirlo, Simone Perrotta, Daniele De Rossi, Massimo Oddo, Francesco Totti, Alessandro Del Piero, Luca Toni, Alberto Gilardino, Vincenzo Iaquinta, Filippo Inzaghi et Simone Barone.
"Nous sommes partis sans qu'un seul supporter vienne nous saluer, avec des responsables politiques qui nous demandaient même de ne pas partir à cause du scandale du Calciopoli. Nous sommes revenus et deux millions de personnes étaient là pour nous célébrer, de l'aéroport militaire de Pratica di Mare jusqu'au Cirque Maxime de Rome, tandis que tout le gouvernement nous attendait sous le soleil pour voir la Coupe", se remémorait Fabio Grosso, l'un des héros de cette équipe, ces derniers jours à l'ANSA.

Soirée magique... ou maudite ?

"Aujourd’hui, plus encore que cette nuit-là, je me rends compte de ce que nous avons accompli, soulignait il y a peu Fabio Cannavaro, qui remportera le Ballon d'Or la même année. À l’époque, l’euphorie et l’insouciance nous ont donné une énergie incroyable. Ce n’est qu’après que nous avons réalisé : nous avions rendu heureux tout un peuple, et de simples footballeurs, nous étions devenus des légendes." Mais le capitaine italien a toutefois un regret.
"Mon seul regret en tant que capitaine, c’est qu’après la fête au Cirque Maxime, nous sommes retournés à l’hôtel, nous nous sommes dits au revoir, et nous ne nous sommes plus jamais revus…", avouait-il. "Les champions de 1982 sont beaucoup plus unis que nous", confirmait de son côté Luca Toni. Le signe de ce qui allait suivre ? Peut-être.
Comme si ce groupe si fort, qui a fini par s'égarer au fil des années malgré un groupe Whatsapp toujours existant, n'avait finalement laissé aucun héritage aux générations suivantes. Comme si cette soirée du 9 juillet, marquée par l'exclusion de Zinédine Zidane après son célèbre coup de tête sur Marco Materazzi en prolongation, s'était révélée, avec le recul, plus maudite que magique pour tout un pays.
Qui aurait cru, ce soir-là, que l'Italie championne du monde en titre ne remporterait plus qu'un seul match de Coupe du monde au cours des vingt années suivantes ? Qu'elle serait éliminée dès la phase de groupes en 2010 puis en 2014 ? Qu'elle manquerait ensuite trois éditions consécutives, en 2018, 2022 et 2026 ?
La chute est aussi spectaculaire qu'interminable. Hormis la parenthèse enchantée de l'Euro 2021, qui ressemble aujourd'hui davantage à une anomalie qu'au point de départ d'un renouveau, la Nazionale n'a plus grand-chose à voir avec celle qui régnait sur le monde ce soir de juillet 2006. Elle en est même aujourd'hui exclue, même quand les couverts passent à 48. Difficile, sur une période aussi longue, de parler de creux générationnel. On le sait, oui, ce n'est plus l'Italie de 1982, celle de Dino Zoff et Paolo Rossi, ni même celle de 1994 avec la bande à Baggio et Baresi. Encore mois une cousine éloignée de la génération 1998-2000, celle de Vieri, Nesta et Maldini. Mais comment expliquer une telle déchéance depuis deux décennies ?
Nos concurrents ont évolué, pas nous
"Le football ne s'est pas arrêté le 9 juillet 2006 : nous (le football italien, ndlr) aurions dû courir beaucoup plus vite, et pourtant nous sommes restés à la traîne, pas seulement à cause des joueurs et des entraîneurs. Mais c'est un sujet complexe, et ces jours-ci, cela me rend encore plus triste d'en parler", regrettait Materazzi mardi, lui qui est actuellement aux États-Unis pour assister au Mondial en tant qu'invité de la FIFA.
"En tant qu'ancien joueur et membre de ce groupe de 2006, je dis que le football italien a commis beaucoup d'erreurs, estime de son côté l'ex-défenseur italien Cristian Zaccardo, interrogé par nos soins. En Italie, il y a toujours eu et il y aura toujours de grands joueurs. C'est l'histoire de notre foot. En 2006, la Serie A était l'un des meilleurs championnats en Europe. Puis il a été dépassé par celui anglais, et pas que. Peut-être que nous avons été trop présomptueux et qu'on se croyait invincibles pendant que les autres, eux, investissaient. Pas nous. Les autres ont avancé, grandi, et la concurrence s'est accrue. Nous, on a stagné." Résultat, l'écart s'est rapidement comblé et le fossé s'est inexorablement creusé.
"Nous, nous nous pensions forts grâce à notre passé et notre tradition, mais nos concurrents ont évolué tant dans les infrastructures que dans les académies de jeunes, sans oublier tactiquement. Pas nous. Nous avons perdu contre la Suède en barrages en 2018, puis la Macédoine du Nord en 2022 et la Bosnie en 2026... Sur le papier, l'Italie est quand même plus forte, avec tout le respect. La tension de ces matches a été fatale, comme la pression et le stress qui ne cessent de s'accroitre au fil des années et des éditions manquées", poursuit Zaccardo, qui n'aurait "jamais imaginé", en cette soirée du 9 juillet 2006, une telle trajectoire pour l'Italie. "Mais personne n'aurait pu le prédire, glisse-t-il en conclusion. Il y a vingt ans, on gagnait la Coupe du monde. Aujourd'hui, on a du mal à s'y qualifier..."

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