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Cristiano Ronaldo en Arabie saoudite, Lionel Messi en MLS : 2024, l'ode aux buteurs
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Publié 28/05/2024 à 17:48 GMT+2
Le temps passe et depuis presque 20 ans, le mano a mano de Ronaldo et Messi n’en finit plus de nous épater. Et même s’ils jouent désormais dans des championnats dits "mineurs", en Saudi Pro League pour l’un et en MLS pour l’autre, ils magnifient encore et toujours l’art si difficile de marquer des buts…
Lionel Messi et Cristiano Ronaldo continuent de marquer but sur but.
Crédit: Quentin Guichard
Lundi soir, pour le compte de la dernière journée de Saudi pro League, Cristiano Ronaldo (Al-Nassr) a "encore" planté un doublé face à Al-Ittihad (4-2), finissant meilleur buteur de la saison avec 35 buts, battant le record des 34 réalisations d'Abderrazak Hamdallah en 2018-2019. A 39 ans, CR7 a inscrit le 892ème but de sa carrière... A l’autre bout du monde, son meilleur ennemi, Lionel Messi, n’est pas en reste : en MLS-Est, après 16 journées avec l’Inter Miami CF, leader au classement, Leo est 4ème meilleur buteur avec 10 buts en 10 matchs. Mais il est "encore" le premier au ratio buts par match et mardi, son total en carrière culmine à 732 goles. Le mot "encore" résume parfaitement l’excellence et la longévité folles de Cristiano (39 ans) et de Leo (37 ans le 24 juin).
Encore et encore : le Portugais enquillera dès ce vendredi 31 mai avec la finale de la King Cup (Coupe d’Arabie saoudite) contre le champion Al-Hilal SFC. Ensuite viendront trois matches amicaux d’avant l’Euro avec le Portugal (Finlande, Croatie, Irlande). Car Ronaldo a bien sûr été retenu dans la liste de la SeleçãoPortuguesa qui ira en Allemagne cet été. Encore et encore : Lionel poursuivra en MLS dès ce jeudi 30 mai contre Atlanta United, avec en vue la prochaine Copa America. Car Leo a bien sûr été retenu dans la liste de l’Albiceleste qui ira aux USA cet été…
En observant l’interminable rivalité CR7-Messi, au moment où leur alter ego tennistique Rafa Nadal est sur le chemin de rejoindre Federer vers une retraite bien méritée, on doit saluer leur immense contribution à célébrer encore et encore le noble métier de buteur. Mais parce que l’un joue en Arabie et l’autre aux Etats-Unis, on parle avec condescendance de "buts faciles", de "défenseurs comme des plots", de "championnats mineurs"… Et on daube aussi sur leurs buts inscrits sur penaltys, voire sur coups francs. Erreur ! Un but est un but. Quels que soient l’adversaire ou la compétition. Car il n’y a pas de buts faciles.
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Cristiano Ronaldo (Al Nassr) laisse éclater sa joie contre Al Ittihad, lundi 27 mai 2024. / Saudi Premier League
Crédit: Getty Images
Les buts faciles existent, mais il faut les marquer
Il suffit de voir les ratés réguliers de Nicolas Jackson (Chelsea), de Darwin Nunez (Liverpool) ou d’Andrea Belotti (période AS Roma) pour comprendre la différence entre les bons buteurs et les "vrais buteurs" et pour bien saisir la difficulté de marquer. Rappelez-vous Zlatan et son superbe but en coup du scorpion contre Bastia en octobre 2013. On avait apprécié, mais de façon un peu dédaigneuse. Car c’était avec le "grand" PSG super friqué contre le "petit" Bastia, alors club de milieu de tableau… Alors que le passage d’Ibrahimovic en L1 avait surtout démontré tout son savoir-faire avec cette flopée de buts difficiles et surtout de buts faciles que les autres attaquants n’étaient pas foutus de mettre au fond.
Il n’y a pas non plus de buts de raccroc. C’est ainsi qu’on avait rapidement qualifié le but du 3-2 de Messi contre les Bleus en finale de Coupe du monde 2022. Mais on aurait tellement aimé que Stéphane Guivarc’h en marque au moins un comme ça lors du Mondial 1998… L’un des maîtres absolus des surfaces, Gerd Müller, assumait tous ses buts, même les plus vilains, inscrits du tibia, du dos ou des fesses. Il professait ainsi en 1999 dans France Football : "Si Elber transformait les occasions faciles qui s’offrent à lui, il serait le roi des buteurs tous les ans. Mais il ne marque que des buts difficiles." Alors, oui : les buts "faciles" existent. Mais encore faut-il les marquer... On daube aussi sur les buts secondaires marqués sur pénaltys. Mais si Kylian Mbappé avait un taux de réussite supérieur sur pénaltys (où il a un peu progressé, certes), il aurait été Ballon d’Or depuis longtemps. On exagère, bien sûr ! Mais l’idée est là…
L’étonnante condescendance pour les buteurs a commencé avec Pelé et ses 1250 buts. Avec le temps, on a méprisé ses "buts faciles", contre des "défenseurs comme des plots", dans des "championnats mineurs".... Or, Pelé a maintenu pendant toute sa carrière, dans toutes les compétitions, une moyenne élevée de buts inscrits. Même dans les matches amicaux avec Santos contre des solides clubs européens, il marquait encore et encore, à la plus grande admiration de ses adversaires coriaces. Au Mundial 1970, il avait fait taire les sceptiques et ensuite, même aux USA, avec le New York Cosmos (1975-77), les gestes purs dans sa finition et de n’importe quelle position indiquaient, malgré son âge (36 ans), sa classe inouïe dans l’art de scorer…
On déprécie souvent aujourd’hui les buts inscrits dans les championnats dits mineurs (USA, Arabie, Qatar, Mexique). Or, c’est en passant par le "petit" PSV Eindhoven dans la "petite" Eredivisie que Romario (1988-1993 : 128 buts en 148 matchs) puis Ronaldo R9 (1994-1996 : 57 buts en 65 matchs) sont devenus des monstres, des serial scorers. Et derrière le ridicule de Romario à vouloir faire croire qu’il avait marqué 1000 buts dans sa carrière, il y avait tout le sérieux et la noblesse d’un joueur d’exception qui plaidait au nom de sa caste que marquer un but est toujours difficile.
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Messi face au New England Revolution.
Crédit: Getty Images
Professionalismes extrêmes
"Putting the goddam ball in the net is the game. It is the toughest thing in the world to do !", rugissait Giorgio Chinaglia en interview. Exact : "claquer ce foutu ballon au fond des filets est l’essentiel. C’est la chose la plus dure au monde à réaliser". Injustement oublié en Europe à partir du moment où il avait quitté la Lazio Rome et la Serie A pour rejoindre lui aussi le Cosmos New York en 1976, Chinaglia avait pourtant maintenu en NASL la moyenne effrénée qui l’avait fait connaître à la Lazio (championne d’Italie 1974 grâce à Giorgio meilleur buteur avec 24 buts). Aux USA, Chinaglia avait ainsi planté 242 buts en 254 matches !
Or, le très sérieux Transfermarkt fait un blackout sur sa période américaine (1976-1983) : ce site stoppe sa carrière à 1976 avec la Lazio ! Transfermarkt fait juste mention de ses quatre titres de meilleur buteur de NASL. Le mépris pour ce championnat NASL s’est mué en une condescendance un peu narquoise depuis qu’il est devenu MLS. Ainsi, l’éblouissant festival de quatre passes décisives et un but de Messi le 5 mai dernier contre les New York Red Bulls (6-2) ne saurait donc susciter d’émotions authentiques. Et il en va de même pour le lob pourtant parfait inscrit des 35 mètres par CR7 le 24 novembre dernier contre Al-Akhdoud (3-0)…
Au-delà des stats, l’éloge que l’on doit faire à CR7 et à Messi repose sur leur sérieux et leur professionnalisme extrêmes. A tout âge correspond une somme d’exigences auxquelles peu de footballeurs répondent, surtout autour des 35 ans. C’est pour cela qu’il est inconvenant de parler avec eux de préretraite dans des championnats dit mineurs. Ronaldo et Leo sont toujours internationaux parce que, justement, ils ont su entretenir tout là-bas, en Arabie et en Amérique, ce don de pouvoir encore allumer l’étincelle à n’importe quel moment. Ils ont encore ce petit truc unique et magique…
L’hommage vaut aussi pour d’autres héros un peu dédaignés partis jouer dans ces ligues secondaires, tel André-Pierre Gignac (38 ans) aux Tigres UANL, voire même Icardi et Dzeko (38 ans aussi) qui ont brillé en Süper Lig turque. Et puis il y a la joie toujours explosive de Cristiano, celle déployée après son but de la tête lundi soir contre Al-Ittihad. Et puis il y a aussi le sourire illuminé et toujours enfantin de Leo quand son vieux pote Suarez met au fond une de ses innombrables passes décisives… CR7, capitaine et éternel numéro 7, Leo capitaine et éternel numéro 10, aiment "encore" le football à la passion. Tout simplement. Ils règnent encore sur un empire - déclinant, certes - mais où le soleil ne se couche jamais.
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