Ce rassemblement international de novembre avait un goût de reviens-y pour l’Argentine. Au-delà de son match nul à domicile face au Paraguay (1-1) et sa victoire à Lima face au Pérou (2-0), l’Albiceleste a pu compter sur les services d’Angel Di María, un temps boycotté par Lionel Scaloni. Mais dans les faits, le sélectionneur national avait-il réellement le choix de rappeler le milieu de terrain du Paris Saint-Germain à maintenant 32 ans ? Au moment de regarder les autres opportunités pour donner un rebond qualitatif à l’effectif argentin, pas tellement. Doté d’une large expérience à l’échelle européenne, Di María a débarqué sur le Vieux Continent en juillet 2007 à seulement 19 ans. Pour 3 millions d’euros, le Benfica Lisbonne avait conclu l’affaire suite au Mondial des moins de 20 ans remporté par l’Argentine. Une autre époque.

Cinq U23 dans les six grands championnats européens

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Ce fameux Mondial U20 de 2007 raconte aussi ce que représentait l’effectif de cette Argentine-là : une mine de talents à exploiter très tôt dans les meilleurs championnats européens. Si l’attaquant Mauro Zárate filait d’abord six mois à Al-Saad avant de rejoindre Birmingham City en prêt, Sergio Romero était cédé à l’AZ Alkmaar avant le tournoi tandis que Federico Fazio et Sergio Agüero jouaient déjà respectivement au sein du FC Séville et de l’Atlético de Madrid. L’année suivante, Pablo Piatti (Almeria) et Éver Banega (FC Valence) sont venus s’ajouter au panier de pépites argentines exportées en Europe.

Désormais, l’Argentine ne connaît plus une telle précocité. Parmi les sept grands championnats européens (Premier League, Liga, Serie A, Bundesliga, Ligue 1, Eredivisie et Liga Nos), seuls cinq joueurs argentins U23 font partie des meilleures cylindrées du continent : Exequiel Palacios (Bayer Leverkusen), Lisandro Martínez (Ajax Amsterdam), Leonardo Balerdi (Olympique de Marseille), Cristian Romero (Atalanta Bergame) et Maximiliano Romero (PSV Eindhoven). Le constat va même plus loin : en 2011, quarante-sept joueurs nés en Argentine évoluaient dans le championnat italien. Aujourd’hui, ce nombre est passé à vingt-neuf d’après les informations d’Argentinos Por El Mundo (AXEM). L’Argentine reste toutefois le deuxième pays étranger fournisseur de footballeurs en Serie A derrière le Brésil avec trente-sept citoyens.

Ailleurs, les chiffres sont également à la baisse : vingt-trois Argentins lors de la saison 2014-2015 de Premier League contre seulement onze en 2020-2021, trente-neuf comptabilisés dans la saison de Liga 2017-2018 et vingt-sept aujourd’hui. En Espagne, le constat est encore plus significatif au moment d’observer les jeunes recrues argentines au Real Madrid : absolument aucune, tandis que le Brésil peut compter sur ses jeunes Eder Militão, Vinicius Júnior, Rodrygo et Reinier Jesus (prêté au Borussia Dortmund). À vrai dire, le dernier Argentin à avoir porté le maillot du Real était… Angel Di María, en 2014.

Leonardo Balerdi, le défenseur de l'OM

Crédit: Getty Images

Négociations alambiquées et concurrence de main d’œuvre

Comment expliquer une telle réticence des écuries européennes face à un pays pourtant considéré comme un collaborateur de renom lors des deux dernières décennies ? Bien entendu, il n’y a pas qu’une seule réponse à apporter à cette question centrale. Tout d’abord, l’expansion planétaire du marché implique de nouveaux filons potentiels : le Brésil et l’Argentine deviennent des grossistes à l’ancienne, tandis que l’émergence de nouveaux marchés comme le Paraguay, le Venezuela ou le Pérou apparaissent à des prix plus globalement plus attractifs que les traditionnels cadors sud-américains. Aussi, la formation argentine est parfois trop éloignée de la réalité européenne et déteint également sur le niveau intrinsèque des championnats nationaux, peu vendeurs au moment de devoir aligner des millions d’euros dans un investissement à risque.

Enfin, les négociations parfois trop complexes avec les intermédiaires des joueurs. "En Belgique, les clubs sont résignés à l’idée de travailler le recrutement en Argentine, explique à La Nación Hernán Losada, entraîneur de Beerschot en Jupiler Pro League. Les négociations sont complexes avec les représentants des joueurs, il y a deux, trois ou parfois quatre intermédiaires autour d’un seul footballeur. Cela rend les choses compliquées alors qu’ici, les choses sont claires et droites. S’il y a une zone d’ombre, les clubs abandonnent la piste et recherchent un autre joueur. Mais attention : je suis convaincu que l’Argentine possède de la matière première de qualité."

Lucas Ocampos and Angel Di María of Argentina, 2020

Crédit: Getty Images

Vers une nouvelle politique d’accompagnement ?

Si l’élan patriotique de Losada reste louable, les faits sont pourtant bien là : depuis 2008 et sa victoire 1-0 en finale olympique contre le Nigéria (sur un but d’Ángel Di María, décidément), l’Argentine n’a plus remporté de titre majeur. Certes, il y a ces trois finales consécutives atteintes lors du Mondial 2014 puis lors de deux éditions de la Copa América en 2015 et 2016, mais aucun titre. Ciblé à ce sujet, Leo Messi reste un cas à part entière dans le recrutement de pépites argentines car arrivé très tôt pour se former à l’ADN Barça issu de La Masia. Dans cette mouvance, le pays espère bien voir de nouveaux cerveaux émerger à distance comme, par exemple, le prodige Luka Romero au Real Majorque. Depuis Madrid, un département de scouting devrait voir le jour pour permettre aux espoirs argentins d’être suivi assidûment, notamment au niveau scolaire et familial, afin d’améliorer leur intégration en Europe.

Les grands centres de formation européens font désormais régulièrement appel à leurs jeunes issus de la région ou du pays, mais la dernière génération de footballeurs argentins ne reste pas enfermée dans ses propres frontières. Qu’il s’agisse d’Europe ou d’un autre continent, l’objectif premier du footballeur argentin reste d’améliorer sa qualité de vie et celui de réussir dans les championnats majeurs passe donc au second plan. En Amérique du Sud, 41% des étrangers des différents championnats continentaux sont argentins. Le Mexique, les États-Unis et l’Asie sont dans le même registre : ces destinations ne sont plus considérées par les clubs et les joueurs comme des cimetières d’éléphants, mais de nouveaux points d’atterrissage potentiels pour exercer son métier. Une démonstration supplémentaire pour affirmer qu’en Argentine comme ailleurs, le football est avant tout un business.

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