Délocalisation des matches de championnat - l'UEFA pourrait-elle dire "oui"?

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C'est une lubie qui ne date pas d'hier. Le fantasme d'une délocalisation des matches fourmille dans l'esprit des dirigeants des championnats européens. Accueillie par un tollé général il y a près de 20 ans, l'idée refait son chemin avec un silence de complaisance de l'UEFA, qui ne s'est pas encore positionné, au contraire des associations de supporters. Cette fois, l'organisme pourrait céder.

UEFA-Präsident Aleksander Ceferin

Crédit: SID

Retour en arrière, ou retour vers le futur ? En 2008, un tollé général avait accueilli la révélation par la BBC du projet de la Premier League de délocaliser sa compétition le temps d'une journée supplémentaire. Dix matches seraient au programme de cette "39ème journée", qui serait organisée dans l'un des marchés-cible de la PL. On avait parlé de l'Australie, de l'Extrême-Orient, des Etats-Unis. Certains entraîneurs avaient exprimé leur opposition à l'idée, comme Rafa Benitez et Alex Ferguson. D'autres, beaucoup plus rares, avaient soutenu le projet, dont Arsène Wenger. Fans et joueurs, eux, avaient dit "non", en bloc, tout comme le président de la Fifa d'alors, Sepp Blatter, eh oui, qui aurait le dernier mot dans l'affaire, et qui l'eut. "Pas question !", dit-il.
Et le soufflé retomba.
Mais on savait que ce ne serait qu'une question de temps avant que quelqu'un ne le renfourne, et c'est ce qu'il s'est passé.
En mai dernier, le président de la Lega Serie A Ezio Maria Simonelli proposa que les matches de l'Inter et du Milan AC se jouent aux Etats-Unis pendant la rénovation de San Siro. Et ce 11 août, la fédération espagnole (RFEF) annonça qu'elle avait donné son aval à La Liga pour que le match Villareal-Barcelone, prévu se jouer à l'Estadio de la Ceramica le weekend du 21 décembre, se dispute finalement au Hard Rock Stadium de Miami ; une idée que le président de la Liga Javier Tebas avait déjà émise un an plus tôt. Il s'agissait d'un revirement de la RFEF qui, il y a six ans, s'était opposée au projet de Barcelone, encore, de délocaliser son match de Liga contre Girona... à Miami, déjà. L'organisateur putatif de l'événement, la société américaine Relevent, avait alors déposé une plainte au tribunal de New York, qui ne déboucha sur rien.

Le sujet bientôt discuté à l'UEFA, et c'est bien cela qui inquiète

Le syndicat des joueurs espagnols (AFE), fit aussitôt connaître son désaccord, tout comme - ce qui est sans doute plus important dans le contexte si particulier du football espagnol - le Real Madrid, présidé par l'ennemi intime de Tebas Florentino Perez. Il n'empêche que la RFEF transmit sa requête à l'UEFA et à la Fifa, ultimes arbitres en la matière. Leurs statuts actuels interdisent en effet que les matches d'un championnat national se jouent ailleurs que sur le sol du pays concerné.
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Javier Tebas, président de LaLiga

Crédit: Getty Images

C'est une chose de délocaliser un match de gala comme le Trophée des Champions, organisé à l'étranger par la LFP depuis 2009, la Supercopa de España ou la Supercoppa Italia. C'en est une autre, toute autre, de mettre fin à un principe fondateur du football professionnel depuis presque un siècle et demi et de forcer les abonnés d'un club à mettre la main à la poche pour aller encourager leurs joueurs à l'autre bout du monde.
Or Eurosport a appris que la délocalisation de ces matches sera l'un des sujets à l'ordre du jour de la réunion du Comité Exécutif de l'UEFA qui se tiendra ce 11 septembre dans la capitale albanaise Tirana ; et c'est bien ce qui doit inquiéter. Que l'UEFA juge que la question prête à débat fait craindre que la porte ne s'entr'ouvre suffisamment pour qu'il soit impossible de la refermer ensuite.

Un silence qui fleure la complaisance et l'antécédent de la multi-propriété

Football Supporters Europe, la plus grande association pan-européenne de supporters, un interlocuteur dont la représentativité est reconnue par l'UEFA et le Conseil de l'Europe, s'est dite "consternée" par les plans de la Liga et de la Serie A. "Déplacer les matches hors de leur territoire national porte atteinte au cœur de la relation entre les supporters et leurs équipes, et brise des liens vitaux entre les clubs et leurs communautés", pouvait-on lire dans un communiqué publié il y a deux semaines sur le site de l'association. "La mobilisation des supporters a déjà fait échouer des attaques sur le football (référence, évidemment, au projet de Superleague qui mordit la poussière en 2021), et nous sommes prêts à nous battre à nouveau pour protéger l'avenir de notre sport".
L'absence de toute réaction publique officielle de la confédération européenne ou de son président Aleksander Čeferin aux démarches de la Liga et de la Serie A n'est pas faite pour rassurer non plus. Selon deux sources qui se sont confiées à Eurosport, les membres du Comité Exécutif de l'UEFA eux-mêmes sont "dans le flou" et ignorent si quelque décision que ce soit a déjà été prise en interne ou pas, ou quelle est la tendance au sein de l'instance.
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Angespanntes Verhältnis? Ceferin (l.) und Infantino

Crédit: SID

C'est que le Comité Exécutif est la plupart du temps un groupe des plus dociles quand il s'agit d'entériner les décisions prises par son président, un président qui a déjà évoqué la possibilité que la finale de la Ligue des Champions se joue "un jour" aux USA. Réformer les statuts de l'UEFA ou les "interpréter" d'une façon toute personnelle ne fait pas peur à Aleksander Čeferin. Il suffit de se souvenir comment l'UEFA, qui se disait opposée à la multi-propriété des clubs il n'y a encore pas si longtemps, mit en place de son propre chef le mécanisme qui permet aux clubs concernés de contourner les réglementations de l'instance.
Du côté de la Fifa, arbitre suprême, silence radio à Zurich sur la question pour le moment. Ce n'est pas cela qui apaisera les inquiétudes des fans, lorsqu'on sait que Gianni Infantino avait approuvé la création d'un "groupe de travail" sur la question l'an dernier, ce qui, à la Fifa, est d'ordinaire le prélude à l'acceptation de ce quoi le groupe est censé plancher. Il y a cinq ans, cette même Fifa, sur la recommandation de la fédération US, avait interdit la tenue d'un match du championnat d'Equateur sur le sol américain ; mais cinq ans, c'est bien long.
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