En choisissant Vasco da Gama, Dimitri Payet rejoint un mythe populaire

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Dimitri Payet vient de s'engager au Brésil, au sein du club de Vasco da Gama. La formation basée à Rio de Janeiro est actuellement relégable, mais elle possède une histoire glorieuse et fait figure d'étendard de l'anti-racisme. Dimanche, l'ancien Marseillais va être immédiatement baigné dans les racines de sa nouvelle équipe, qui fête ses 125 ans d'existence en même temps que sa signature.

Dimitri Payet à son arrivée au Brésil.

Crédit: Eurosport

Ce week-end, le Vasco da Gama va célébrer ses 125 ans en présentant Dimitri Payet à ses supporters. Si le Réunionnais n'est pas que de passage au Brésil, il devrait toutefois vivre depuis Rio le centième anniversaire d'une date encore plus importante dans l'histoire du club. Celle qui fait l'orgueil des Vascaínos.
Le fait d'arme ne s'est pas passé sur le terrain, mais dans les bureaux. Ce 7 avril 1924, le président de Vasco, José Augusto Prestes, prend sa plume pour rédiger un document connu aujourd'hui sous le nom de "La réponse historique", avec un grand L. Le Club de Regatas Vasco da Gama (oui, bien da Gama dans sa forme lusophone), son nom complet, fondé par des immigrés portugais et longtemps dédié à l’aviron - sa section foot ne décollera qu'en 1916 - vient alors de monter en première division. Mais son équipe ne ressemble pas à celle des Flamengo, Botafogo et autres Fluminense. Elle est peuplée de joueurs pauvres, nous sommes au temps de l'amateurisme, et noirs. Une anomalie dans un football brésilien élitiste, marqué par la discrimination raciale, très loin du métissage qui allait faire du futebol une référence mondiale.

Le racisme crasse pour écarter le jeune premier

Les grands clubs de Rio sont d'autant plus irrités que le Vasco est sacré au terme de sa première saison dans l'élite régionale, alors qu'il n'existe pas encore de compétition nationale dans ce pays à la taille d'un continent. Flamengo, Botafogo et Fluminense, entre autres, décident alors de créer une nouvelle compétition qui proscrit la participation de joueurs analphabètes ou travaillant comme ouvriers journaliers. Il est aussi explicitement demandé à la force montante du football carioca d'exclure douze joueurs, tous noirs de peau. Une manière d'écarter le Vasco da Gama ou de lui faire adopter une ligne de conduite conforme à la leur. La réponse du président du Vasco ne se fera pas attendre.
Plutôt que de se plier à ces conditions, il revendique la participation de ses joueurs modestes et non-blancs. Cette prise de position va beaucoup faire pour la popularité d'un club qui devient alors une sorte d'étendard de l'anti-racisme, mais aussi pour le football brésilien. Sur son site, le Vasco da Gama peut ainsi revendiquer "qu'à partir de ce jour, le football a appartenu au peuple, il a commencé à être possible de connaître des Pelé, Garrincha, Romario...". "Pour nous, en fait, ce document est comme un trophée", affirme même João Ernesto Ferreira, vice-président du Vasco, à propos de "La réponse historique".

"Le vrai club du peuple"

Le club qui porte le nom d'un grand explorateur portugais revendique aussi être "le vrai club du peuple", un qualitatif qu'aime à s'attribuer Flamengo, institution la plus supportée du pays, ou Corinthians, le géant de São Paulo. Son ancrage dans les couches les plus humbles de la société en fait, en tout cas, un club à part. Dimitri Payet a pu le constater en voyant plus de 5000 supporters l'accueillir à l'aéroport, à 6h du matin, alors que l'objet de leur amour se trouve actuellement en position de relégable. Une popularité qui avait notamment contribué à voir les grands clubs de Rio mettre de l'eau dans leur vin dès 1925 pour finalement accepter d'évoluer dans le même championnat que le Vasco.
Elle avait aussi permis l'édification en 1927 du stade São Januario, alors le plus grand d'Amérique du sud, financé grâce à une collecte de fonds auprès de ses supporters de plus en plus nombreux. Perché sur les collines de Rio, l'enceinte bientôt centenaire est désormais entourée de favelas, ce qui a contribué à renforcer l'image populaire du club.
Pour le club qui arbore une croix de Malte sur son maillot, ses premières décennies furent fastes, au point de devenir une référence mondiale. Bien avant que Pelé n'ébahisse l'Europe lors des tournées de Santos, c'est le Gigante da Colina (géant de la colline), surnom dont l'origine est parfois imputée à l'implantation escarpée de son stade, qui rayonne à l'international. Quand il remporte le tournoi de Paris en 1957, face au Real Madrid (4-3), frais vainqueur de la Coupe des champions, France Soir écrit ainsi que "le Real Madrid n'est pas la meilleure équipe du monde, c'est le Vasco da Gama".
Le club irrigue alors la Seleção, avec des joueurs emblématiques comme l'attaquant Ademir ou le gardien Barbosa, maudits de la Coupe du monde 1950 perdue à domicile. En 1958, l'histoire sera plus heureuse avec Bellini, capitaine des champions du monde et le virevoltant Vavá. Une histoire glorieuse en noir et blanc, comme le maillot qu'arborait fièrement Payet à son arrivée à Rio.

Désormais dans la même galaxie financière que le FC Séville… ou le Red Star

Depuis le passage à la couleur, le Vasco da Gama brille de manière plus sporadique, même s'il a connu quelques moments phares. On pense notamment à la conquête de la Copa Libertadores en 1998, avec Juninho Pernambucano, une des grandes idoles du club, à la baguette. Deux ans plus tard, l'ex-Lyonnais était accompagné de la légende Romario pour un quatrième et dernier titre de champion du Brésil, ce qui place le Géant de la Colline au septième rang de la hiérarchie nationale.
Formé au club, Romario fera briller une dernière fois le maillot du Vasco à l'international, quand il inscrivait son 1000e but. C'était en 2007, le dernier coup d'éclat poussif d'un joueur de 41 ans au sein d'une institution à bout de souffle. Dès l'année suivante, le Vasco connaîtrait d'ailleurs sa première relégation. Depuis, la mythique institution de Rio, plombée par des problèmes financiers, est redescendue trois fois, la dernière en 2020.
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Romario célèbre son but dans la victoire de Vasco da Gama le 20 décembre 2000 contre Palmeiras

Crédit: Getty Images

Dans les enquêtes de popularité, le Vasco da Gama se maintient toutefois toujours aux alentours de la cinquième place, avec entre 10 et 13 millions de supporters dans tout le Brésil. En 2022, le rachat par le fonds d'investissement américain 777, également impliqué dans la gestion du FC Séville, du Genoa, du Hertha Berlin, du Standard de Liège et du Red Star, a au moins permis au club de retrouver une certaine santé financière.
Sportivement, la situation n'en reste pas moins précaire. Avec le recrutement de Dimitri Payet, l'objectif premier est ainsi d'éviter la relégation alors que le Vasco, qui vient de remonter dans l'élite, se situe en avant-dernière position du Brasileiro, à mi-championnat. Le Français devait être présenté dimanche avant la rencontre face à l'Atlético Mineiro, au Maracana, où le Vasco a toujours disputé certains matches. Une décision de justice, contestée par la direction du club, vient toutefois d'interdire la tenue du match dans la mythique enceinte. "Les préjugés, l'élitisme et l'arrogance restent malheureusement d'actualité en plein XXIe siècle" ont réagi dans un communiqué commun les supporters du club, toujours aussi fiers de l'identité foncièrement populaire du Vasco.
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