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Black-Blanc-Beur : que reste-t-il ?

Black-Blanc-Beur : que reste-t-il ?
Par AFP

Le 13/07/2008 à 02:00Mis à jour

Le 12 juillet 1998, toute la France, ivre de joie, fête sa première victoire en Coupe du monde derrière son équipe Black-Blanc-Beur, censée symboliser l'intégration, avant que l'envahissement du terrain de France-Algérie par les enfants de l'immigration n

Dix ans après France-Brésil, alors que le pays s'apprête à communier au match France-98-Sélection mondiale, au Stade de France, que reste-t-il de ce moment de fraternité, de cette France métissée idéale, des Champs-Elysées envahis par une foule bigarrée ? "Ca n'a duré qu'un été", estime Ludovic Lestrelin, maître de conférence en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), qui enseigne notamment la sociologie à l'Université de Caen. Un été où "un bel élan unanime a salué la victoire d'un Etat-nation, d'un modèle d'intégration, pas seulement d'une équipe. Ce sentiment venait d'ailleurs de toutes parts, du mouvement sportif, des politiques" , rappelle-t-il.

"Cette équipe était perçue comme le reflet de la diversité, mais c'était un discours totalement reconstruit, artificiel, reprend le professeur Lestrelin. Les grands sports, surtout le football, peuvent générer des mouvements collectifs très forts, mais temporaires". Le succès joue un grand rôle dans ce sentiment, également. "La France s'est reconnu dans son équipe (en 1998) parce qu'elle est allée au bout. L'équipe de 2008 présente les mêmes caractéristiques, avec des joueurs issus de l'immigration maghrébine (Benzema), africaine (Gomis) ou des Dom-Tom (Thuram, Abidal), mais elle a échoué (éliminée dès le premier tour de l'Euro-2008) et n'a pas généré le même élan" , poursuit le sociologue. "C'est amusant: ce type de discours n'apparaît pas dans les moments de moindre succès sportif", note-t-il.

Un discours artificiel

Le 6 octobre 2001, comme un contrepoint à la fusion du 12 juillet, le rêve de fraternité s'effondre quand les jeunes Français issus de l'immigration maghrébine envahissent le Stade de France, empêchant le match amical France-Algérie de se poursuivre (4-1 à un quart d'heure de la fin). Du réveil Black-Blanc-Beur de 1998, "il reste un fond de réalité, tout de même, admet Ludovic Lestrelin. Le foot peut aussi participer de ce sentiment de faire partie de la communauté nationale. On retrouve le même type d'exemple à Marseille (sa thèse de doctorat étudiait la sociologie des supporteurs de l'OM), où le club est vécu comme un rite d'intégration."

"Un match de foot ne se résume pas qu'au match, note également Jean-Michel Faure, sociologue du sport, ce sont des collectivités qui s'affrontent. Je n'aime pas les expressions de type: 'football opium du peuple', des sentiments profonds d'appartenance s'expriment. Les jeunes beurs, en 1998, disaient: 'Nous aussi, nous sommes des Français'". "Le peuple s'est reconnu dans ce groupe métissé", note le sociologue Yvan Gastaut, auteur de "Le métissage par le foot. L'intégration, mais jusqu'où ?" (Autrement).

Thuram: "Un avant et un après France 98"

"Les symboles de la République, en partie confisqués par l'extrême droite depuis le milieu des années 1980, ont été momentanément récupérés, à cette occasion, au service d'une citoyenneté plus ouverte (...) pour partager tous ensemble le plaisir de la victoire sportive". "Notre socle à tous, en 1998, joueurs et supporteurs, c'était bien la culture française, écrit Lilian Thuram dans sa préface au livre d'Yvan Gastaut. Celle d'une France ouverte, riche de ses multiples origines (...). Notre victoire a pu symboliser cette réalité pas toujours perceptible (...). Qu'on le veuille ou non, il y a un avant et un après France 98."

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