Il n’était pas le plus connu des attaquants de Serie A, mais Han Kwang-song avait une ligne particulière dans son CV : sa nationalité nord-coréenne. Intégré en 2017 dans les rangs du Cagliari Calcio, le buteur inscrit le 9 avril de la même année son premier but sous les couleurs sardes lors d’une victoire contre le Torino (3-2). Il s’agit du premier but d’un footballeur né en Corée du Nord dans toute l’histoire du championnat transalpin.
Depuis la coupe du monde 1966 et sa victoire contre la Squadra Azzurra, la Corée du Nord a tissé ce lien sportif avec l’Italie. Kwang-song se faisait une joie d’évoluer dans ce championnat afin de suivre les traces de ses trois modèles : Pak Doo-ik (unique buteur de la fameuse rencontre du Mondial 66), Cristiano Ronaldo et Paulo Dybala, deux joueurs de la Juventus. Un club que l’intéressé a finalement intégré en 2019 sans jamais jouer pour l’équipe première. Hélas pour lui, tout ceci appartient désormais au passé et le présent s’éloigne indéniablement du conte de fées.
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2017, l’ONU et les essais nucléaires

À vrai dire, les ennuis diplomatiques de Kwang-song ont commencé loin des terrains de football mais tout près de l’essai nucléaire du 3 septembre 2017 auquel l’Organisation des Nations Unies (ONU) n’a pas tardé à réagir. En fin d’année, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a décidé, à l’unanimité de ses membres, d’approuver un durcissement des sanctions contre la Corée du Nord visant notamment les ressortissants nord-coréens travaillant à l'étranger sous le contrôle de Pyongyang. Dans le détail, le paragraphe 8 de la résolution 2397 du conseil énonce que les Etats doivent rapatrier en Corée du Nord "tous les ressortissants de ce pays qui perçoivent des revenus sur un territoire relevant de leur juridiction".

Kwang-Song Han

Crédit: Getty Images

Un temps épargné par ce texte international, Han Kwang-song s’est vu dans l’impossibilité d’exercer son travail à la suite de son transfert de la Juve vers le Al-Duhail SC en janvier 2020 puisque la date butoir pour renvoyer les travailleurs nord-coréens était fixée à décembre 2019. "Cette décision impérative s’applique à tous les Etats membres de l’ONU et le Qatar en fait partie, évoque Rémi Ruiz, avocat en droit du travail à Lyon. Par conséquent, le Qatar est soumis à l’obligation de rapatrier tout travailleur nord-coréen dans son pays afin de respecter le principe de primauté du droit international sur le droit national. En cas de non-respect, le Qatar peut être condamné par la cour internationale de justice." Épargnée de ce souci extra-sportif, la Juve refile la patate chaude à son nouvel employeur qatari pris la main dans le sac avec cet écart disciplinaire.
Dès lors, la situation de Kwang-song avec le club de Doha, où l’attaquant a marqué trois buts en douze matchs, est-elle susceptible d’obtenir des dommages-intérêts en dépit de son retour en Corée du Nord ? "En France, les salariés étrangers situés hors de l’espace économique européen sont obligés d’acquérir une autorisation de travail soit par un titre de séjour qui autorise à travailler pendant une durée déterminée, soit par une demande officielle", évoque maître Ruiz.
"Ici, la résiliation du contrat est justifiée par la norme internationale et le contrat n’est pas valable en tant que tel, mais cela pourrait être différent selon le pays hôte, ajoute-t-il. En France par exemple, si un employeur fait travailler l’employé étranger sans obtenir une autorisation de travail, l’article 8252-2 du code du travail prévoit d’obtenir des dommages-intérêts à l’attention de l’employé car c’est à l’employeur de prendre les dispositions au préalable. Au Qatar, cela me paraît plus compliqué pour l’employé." Malheureusement, le cauchemar ne s’arrête pas là pour Han Kwang-song.

Travail forcé, esclavage et isolement

Avant ces essais nucléaires, la Corée du Nord et son chef d'État Kim Jong-Un ont déjà bafoué les règlements internationaux. Par le biais de résidents forcés d’aller travailler l'étranger (Chine, Russie, Pologne ou Italie) pour maintenir leur famille en vie, la Corée du Nord empochait 1,7 milliard d'euros tous les ans grâce aux revenus de ses ressortissants d’après un rapport de l'ONU en 2016. Un an plus tard, l’organisation internationale estimait alors à plus de 50 000 le nombre de travailleurs nord-coréens répartis à travers quarante pays différents.

Han Kwang-Song

Crédit: Getty Images

"Sur le plan des travailleurs, il faut se poser la question de savoir si cette migration est choisie et si elle leur est personnellement favorable, poursuit maître Ruiz. L’objectif d’une telle réforme, c’est de contrer ces pratiques mafieuses visant à mettre en place la traite d’êtres humains sous la forme d’esclavage. En ce qui concerne ce footballeur, il bénéficiait peut-être d’un logement offert par son club mais je doute que cela aille bien plus loin. La preuve, c’est qu’il a pu retourner dans son pays d’origine. S’il avait pu partir librement, il ne serait sans doute jamais rentré là-bas."
À 22 ans, Han Kwang-song est donc contraint de mettre entre parenthèses sa carrière professionnelle car aucune alternative légale n’est possible et doit, au mieux, se contenter d’évoluer dans l’obscure DPR Korea Premier League, un championnat national où s’affrontent douze équipes aussi opaques les unes que les autres. "S’il y a une levée des sanctions, il aura la possibilité d’exercer son activité en dehors de ses frontières mais ce n’est pas du tout à l’ordre du jour, indique maître Ruiz. À l’échelle politique, Donald Trump constituait un soutien de poids au régime nord-coréen lors de sa présidence. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Je vois mal un club prendre le risque de recruter ce footballeur et devoir s’en séparer ensuite car il ne peut pas travailler."

"Problématique pour un Nord-coréen qui fuit le régime en place"

Si la Corée du Nord apparaît comme le mauvais élève en matière de respect des normes internationales, d’autres pays pourraient bien être mis à l’épreuve dans les années à venir. "Ce n’est pas une vision très optimiste, mais ce phénomène de tension avec l’ONU à plus tendance à s’étendre qu’à s’éteindre", conclut maître Ruiz.
"Je pense notamment à l’Iran où des décisions similaires de l’ONU pourraient être prises, explique-t-il. Ce ne serait pas exclu qu’avec la reprise du programme nucléaire iranien, le conseil de sécurité réagisse à son tour de manière très stricte. Le souci de ces décisions impératives, c’est de savoir où elles s’arrêtent. Par exemple, cette résolution 2397 est problématique pour un Nord-coréen qui fuit le régime en place. Si l’asile ne lui est pas accordé, les États doivent-ils le renvoyer de force en Corée du Nord ? Le texte est clair : interdiction totale de travailler cumulée à une obligation de rapatriement, ce qui entraîne un risque potentiel au moment de rentrer dans son pays d’origine." Et dans un tel cas de figure, le sport apparaît bien secondaire.

Kwang Song Han

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