Il y a 10 ans, l'incroyable coup de Gianni Infantino pour conquérir la FIFA au milieu du chaos
Par Tanguy Mantovani
Mis à jour 26/02/2026 à 14:29 GMT+1
Le 26 février 2016, Gianni Infantino était élu président de la FIFA lors d'un Congrès extraordinaire tenu un peu plus de deux mois après la démission de Sepp Blatter, son prédécesseur accusé de corruption. Lui qui n'était même pas censé être candidat se retrouvait à la tête du football mondial. Un premier grand coup de maître miraculeux pour un homme qui a vu (et fait) s'aligner les planètes.
"Il force trop" : Dembélé met-il en danger sa Coupe du monde ?
Video credit: Eurosport
Une fois, deux fois, il tente de lancer son discours mais les mots ne sortent pas. Gianni Infantino vient d'être élu président de la FIFA lors d'un Congrès exceptionnel tenu suite au départ de Sepp Blatter, et n'en revient pas. Quelques minutes plus tôt, il comptait les votes sur sa chaise les mains jointes autour de son nez. Puis les flashes sont arrivés, sa femme Lina el-Achkar a accouru pour l'enlacer. Nous sommes le 26 février 2016 et le Suisse vient de réaliser un tour de force : en quatre mois, il est passé des tirages au sort de la Ligue Europa à la tête du football mondial.
C'est, certes, réducteur de résumer son précédent rôle de secrétaire général de l'UEFA à celui d'un tireur de boules. À l'époque, il est le bras droit de Michel Platini à la direction du football européen depuis sept ans déjà. Ça ne l'est absolument pas, en revanche, de dire que celui qui fête ce jeudi ses 10 ans à la tête de la FIFA a remporté une élection à laquelle il n'aurait jamais dû être candidat. Michel Platini, justement, est alors le candidat tout désigné et l'immense favori. Mais, comme Sepp Blatter, une enquête pénale accablante le vise pour des faits de corruption dans l'attribution de contrats de droits télévisés. La FIFA le suspend trois mois et l'UEFA lui préfère Infantino pour l'élection. Début de la quête du Suisse.
Parce qu'il doit convaincre le monde entier, Gianni Infantino n'a d'autre choix que d'en faire le tour. Durant les quelques mois qu'il compte pour faire campagne, il part à la rencontre de nombreux présidents et représentants de pays d'Océanie, d'Asie, des Caraïbes. Trois confédérations qui pèsent moins que l'Europe sportivement dans le football mondial, mais qui comptent tout autant pour cette élection. Qu'ils aient 10, ou 10 millions de licenciés, chaque pays compte pour une voix et Gianni Infantino l'a parfaitement compris. C'est vers toutes ces petites fédérations qu'il tourne ses propositions. Avec, en tête, la promesse d'une dotation minimum de 5 millions de dollars annuels par pays membre. Une somme énorme quand on s'appelle Sainte-Lucie ou Tahiti.
Les graves accusations visant son adversaire
Il y ajoute l'ambition d'élargir la Coupe du monde. Soit l'augmentation des chances de se qualifier pour tous les pays hors du top 30 mondial. Sans oublier de rappeler qu'il a joué un rôle important, quelques années plus tôt, dans le passage de l'Euro de 16 à 24 équipes. En somme : il connaît la recette et sait comment l'appliquer. Dernier pilier de sa campagne : même s'il était à l'UEFA, il n'est pas du sérail politique. Et dans une élection marquée par la corruption, cela a aussi son effet.
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Gainni Infantino lors d'une conférence internationale sur le Sport à Dubai, aux Emirats Arabes Unis, le 27 décembre 2015
Crédit: Getty Images
À quelques jours de l'élection, il dit à l'agence de presse AP être sûr d'obtenir au moins la moitié des voix du continent africain, et toutes celles d'Amérique du Sud. "Je suis très confiant pour la CONMEBOL (la fédération sud-américaine, NDLR), j'ai discuté avec chacun de leurs présidents" assure-t-il. C'est donc en tant que l'un des deux favoris qu'il arrive au Congrès extraordinaire de Zurich. Face à lui, le Cheikh Salman al-Khalifa compte le soutien d'une grande partie des confédérations asiatiques et africaines.
Mais la famille du prince bahreïnien est accusée à quelques mois de l'élection par les ONG Human Rights Watch et Amnesty International d'avoir emprisonné et torturé de nombreux athlètes pro-démocratie. "Si un membre de la famille royale de Bahreïn est la personne la plus intègre que la FIFA puisse trouver, alors cette organisation semblerait avoir le vivier de talents le plus superficiel et le moins éthique du sport mondial", déclare alors le chercheur Nicholas McGeehan au Guardian.
Vainqueur du report de voix
Au matin du 26 février, alors que l'Hallenstadion de Zürich où va avoir lieu l'élection se met en place, le Cheikh Salman al-Khalifa est toujours crédité du plus grand nombre de votes par les estimations : entre 80 et 90. Pour Gianni Infantino, ce serait entre 70 et 80 votes, et le troisième candidat, le Prince de Jordanie Ali Ben Hussein, en compterait une trentaine. Mais comme souvent, la réalité des urnes ne colle pas tout à fait aux prévisions : Infantino arrive en tête du premier tour avec 88 voix, devant les 85 du Cheikh al-Khalifa. Les candidats ont alors quelques dizaines de minutes avant le deuxième tour. Gianni Infantino discute, négocie, et réussit une parfaite manœuvre de politicien.
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Gianni Infantino lors du Congrès extraordinaire de la FIFA, durant lequel il a été élu président, le 26 février 2016
Crédit: Getty Images
Au deuxième tour, durant lequel les mêmes candidats sont en lice mais où la simple majorité des votes suffit à être élu (au lieu des 2/3 précédemment), il emporte près de vingt votes supplémentaires quand son adversaire n'en gagne que trois. 115 à 88, Infantino est élu. S'il comptait sur l'Amérique du Sud avant l'élection, c'est l'Amérique du Nord qui lui permet de faire la différence finalement. Une dizaine de membres de la CONCACAF, initialement soutien du Prince Ali, auraient reporté leurs voix, aux côtés de quelques fédérations asiatiques et européennes.
Son image, celle d'un homme pragmatique dû en grande partie à son passé d'administratif, tout en étant plutôt souriant et avenant, est alors appréciée. Sa capacité à parler plusieurs langues, aussi. Gianni Infantino le sait alors très bien et s'en sert. Ses premiers mots à la tribune en tant que président, après un ouf de soulagement, sont "chers amis", en cinq langues. Beaucoup voient alors en Infantino un président de rupture, aussi. Le Suisse a promis de redorer l'image de la FIFA et promet "une nouvelle ère" dans son premier discours. Un mois plus tard, son nom est mentionné dans les Panama Papers. Il avait signé avec l'UEFA, dix ans plus tôt, des contrats avec une société offshore détenu par des Argentins trempés dans l'affaire de corruption qui a coûté le poste à Sepp Blatter. Trop tard, il est déjà président.
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