Kings League - Révolutionnaire, clivant et mal-aimé : Gerard Piqué, un entrepreneur dans le Kosmos
Eurosport sur GoogleDepuis la fin de sa carrière de footballeur professionnel, Gerard Piqué s’est pleinement investi dans le domaine des affaires. À l’heure où son plus beau bébé, la Kings League, débarque en France pour casser les codes, la légende barcelonaise ne bénéficie plus du même crédit que par le passé. Alors, simple coup de pompe ou début de la fin ?
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Ne sous-estimez pas les capacités de Gerard Piqué à rebondir après un échec. Lors d’un podcast relayé par ESPN en février dernier, l’homme d’affaires catalan, écarté en janvier 2023 par la Fédération internationale de tennis (ITF) suite au fiasco de la réforme de la Coupe Davis, a donné un coup de pied dans la fourmilière. "L’ITF ne veut rien changer, clame le PDG de la société d’investissement Kosmos. Pourquoi sert‐on deux fois au tennis ? Cela représente 30 secondes supplémentaires pendant lesquelles une personne fait rebondir la balle. Les gens ne veulent pas voir ça. Ils ne veulent pas non plus voir un jeu de cinq minutes à égalité‐égalité‐avantage. Il devrait y avoir un point en or à 40–40. " De quoi donner du grain à moudre aux puristes de la discipline et, de manière plus implicite, être le centre de l’attention.
Piqué : "Nous voyons du potentiel en France"
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Un mois plus tard, le sujet sur le bien-fondé ou non de l’application du "no-ad" est déjà lointain. La fin du feuilleton sur le divorce entre Kosmos et l’ITF, où l’organisation internationale annonce dans un court communiqué "une résolution à l'amiable concernant leurs désaccords contractuels antérieurs", passerait presque sous les radars. Si Kosmos avait au préalable intenté une action en justice pour réclamer 50 millions de dollars en dommages-intérêts, aucun montant n’a fuité sur l’issue de cette funeste collaboration. En parallèle, c’est surtout la naissance d’un nouveau marché pour Piqué : le démarrage de la fameuse Kings League dans l’Hexagone à partir du 6 avril 2025. "Nous voulons créer une ligue en France car nous voyons du potentiel, avoue l’homme de 38 ans au média Brut. Les Français adorent le football et le pays compte une communauté de streamers importante. Ce sont des arguments pour envisager une Kings League très puissante."
Lié avec l’influenceur AmineMaTue par le biais des réseaux sociaux, Piqué compte appliquer sa formule à la sauce française avec des footballeurs encore en activité. Jules Koundé, Aurélien Tchouameni, Mike Maignan, Manu Koné, Bryan Mbeumo et Senny Mayulu sont annoncés comme présidents de l’équipe 360 Nation. Aussi, d’anciens internationaux comme Samir Nasri, Jérémy Menez ou Adil Rami et des streameurs de renommée nationale vont compléter un casting dont le modèle, né en Espagne, a vu le jour en novembre 2022. Dans la foulée de ses adieux au FC Barcelone, Piqué a élaboré un championnat avec 12 équipes composées de 12 joueurs soumis à des règles spécifiques. Le but ? Proposer une alternative à un football classique devenu trop soporifique pour la jeune génération, où, entre autres, les matches ne durent que 40 minutes à 7 contre 7, même si la rencontre débute… en un contre un.
Le Succès À Long Terme Génère Plus De Doutes
"Le boom initial s’est avéré impressionnant, relate Bruno Alemany, journaliste pour la Cadena SER à Barcelone. Piqué est parvenu à exister dans le domaine du divertissement sportif, ce qui n’est pas une tâche aisée. En cela, la Kings League est une réussite. Néanmoins, cet effet de mode avec les jeunes s’est progressivement dilué ces derniers temps."
À l’issue de la première saison présentée sur la chaîne Twitch du streameur espagnol Ibai Llanos entre janvier et mars 2023, 92.522 tickets s’étaient vendus pour assister aux phases finales organisées au Camp Nou, à Barcelone. Un succès revu à la baisse pour la deuxième édition, de mai à juillet 2023, où seulement 57.000 billets ont trouvé preneurs pour remplir l’enceinte madrilène du Civitas Metropolitano. À cela s’est ajouté l’échec de la diffusion des droits télévisuels par Mediaset avec un faible pourcentage d’audimat (2,8%). Dans la foulée de cette déconvenue, la chaîne internationale n’a pas renouvelé son partenariat.
Toutefois, la compétition reste leader sur les plateformes de streaming tous les dimanches, notamment grâce à l’apport du public sud-américain venu en nombre pour assister au démarrage de la Kings League Americas, organisée à partir de janvier 2024 au Mexique. "Nous voyons la Kings League émerger dans de nombreux pays comme l’Argentine ou le Brésil, un pays très intéressé par cette compétition, analyse Alemany. En Allemagne, un projet parallèle est en train de se construire. J’ai la sensation que l’impact initial peut être important, mais le succès à long terme génère plus de doutes."
À son pic en 2023, la Kings League accumulait 2,22 millions de spectateurs pour l’entrée en scène de Ronaldinho lors de la huitième journée de son premier championnat. Un temps perçu par les observateurs comme un concurrent potentiel à La Liga, la Kings League espagnole est aujourd’hui en quête d’un second souffle. En vingt mois, la compétition a perdu 434.000 spectateurs d’après le site TVTOP, spécialisé dans le calcul des statistiques en rapport aux plateformes de streaming.
SANS LES MÉDIAS, PAS DE SUCCÈS ?
Dès lors, l’arrivée sur le sol français doit permettre à la Kings League de retrouver l’énergie procurée par son lancement sur les terres espagnoles, et ainsi redonner du crédit à Piqué pour poursuivre son activité avec sérénité. "Il y a quelques mois, l’image de Piqué était encore bonne en Espagne, confesse Alemany. Mais dernièrement, l’échec avec la Coupe Davis ajouté à son pacte trouble avec Luis Rubiales pour transférer la Supercoupe d’Espagne en Arabie Saoudite a modifié cette tendance. Piqué n’est plus perçu comme le brillant homme d’affaires qu’il était auparavant. Cela dit, son réseau pour attirer des sportifs appréciés du grand public font que les médias de communication portent leur attention sur les mouvements de Kosmos."
La semaine dernière, Lamine Yamal est venu donner un coup de main à son aîné blaugrana en passant à la présidence d’un nouveau club : La Capital FC. L’équipe remplacera Kunisports, l’équipe de Sergio Agüero, transféré dans la Kings League Americas. Un changement de plan qui, dans l’absolu, doit permettre d’impulser une nouvelle dynamique à une ligue espagnole en nette baisse d’intérêt.
Comme avec la Coupe Davis, Piqué peut-il voir son business tourner court avec Kosmos ? "Ce sont deux affaires différentes avec des publics différents, note Alemany. Piqué est fort pour générer de la demande en vendant son produit de départ, il sait comment faire le buzz et aime se retrouver dans le champ médiatique. Maintenir l’attractivité, c’est une variante sur laquelle il travaille. Avec la Kings League, il s’est associé à des personnes qui possèdent une grosse communauté et pèsent médiatiquement. Il faudra suivre cette évolution de près."
Son amour pour le football est resté dans le rétro
Perçu comme un possible successeur de Joan Laporta à la présidence du FC Barcelone, Piqué développe son activité dans le monde digital et l’assure au moment de s’adresser à L’Equipe : "Nous ne voulons pas être du football". Adepte du contre-pied, le champion du monde 2010 a passé l’intégralité sa carrière à avoir, à l’instar de son acolyte madrilène Sergio Ramos, des fans et des détracteurs. Loin du rectangle vert, l’ancien stoppeur du Barça poursuit sa trajectoire dans cette même dynamique, et donne à présent l’image d’un footballeur dont la vie a basculé le jour de sa retraite sportive.
"J’ai la sensation que ce qu’il aime par-dessus tout, au-delà du sport ou de l’argent, c’est la réussite, observe Alemany. C’est sa dose d’adrénaline. Si je dois imaginer Piqué en 2025, je ne le vois pas regarder cinq matches de football par semaine. Son amour pour le football est resté dans le rétro." C’est sans doute le prix à payer pour intéresser son cœur de cible. Jusqu’à quand ?
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