La Coupe du monde 2034 mais pas seulement : Arabie Saoudite, les dessous d'une conquête dans le sport mondial
Eurosport sur GoogleA quelques jours de la désignation par la FIFA de l'Arabie saoudite comme pays-hôte de la Coupe du monde de 2034, un nouveau rapport de l'ONG danoise Play The Game, auquel Eurosport a obtenu un accès exclusif, révèle les dessous de la conquête du sport mondial par le royaume de Mohammed ben Salmane, avec le sponsoring comme principal levier de sa stratégie.
Le Masters WTA n'est qu'un exemple parmi d'autres de la conquête du sport mondial par l'Arabie Saoudite
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L'Arabie saoudite sera officiellement désignée pays-hôte de la Coupe du monde de 2034 mercredi 11 décembre. Il n'y aura pas de vote. Il n'y avait déjà plus de suspense depuis longtemps. Le "Congrès" se déroulera via Zoom. Aucune discussion ne se tiendra. On ratifiera aussi l'attribution de la Coupe du monde de 2030 au trio Espagne-Portugal-Maroc. Et cela, en bloc, par acclamations.
C'est que pour la FIFA de Gianni Infantino, il n'était pas question que qui que ce soit aie l'opportunité de contester le choix de l'Arabie saoudite. La "famille" du football se doit de présenter un front uni au monde entier ; alors empêchons ses moutons noirs - la Norvège, par exemple - de parler. Mais après tout, quelle meilleure façon de couronner l'une des autocraties les plus brutales de la planète que de s'assurer qu'aucune dissension ne fût possible ?
Histoire de frotter un peu plus de sel dans les plaies de ses critiques, la FIFA fit précéder ce couronnement de la publication d'un rapport d'évaluation de la candidature saoudienne, publié un vendredi soir à minuit, dans lequel les experts commandités par l'instance avaient attribué aux Saoudiens la meilleure note jamais obtenue par quelque candidat à l'organisation de quelque Coupe du monde que ce soit; en prenant en compte, mais oui, absolument, la situation des droits de l'homme dans le royaume et l'impact environnemental du tournoi de 2034.
CR7, la boxe, LIV et la WTA
Ce n'est rien moins qu'un triomphe pour les Saoudiens - la suprême récompense d'une stratégie mise en place par le prince héritier Mohammed ben Salmane et son cénacle depuis moins d'une décennie, qui place le sport au coeur de la réinvention du royaume.
Où qu'on regarde dans le monde du sport, on voit l'impact de cette stratégie alimentée par des ressources financières semble-t-il sans limites. Riyadh devient l'une des capitales de la boxe mondiale. Cristiano Ronaldo s'en va finir sa carrière en Saudi Pro League. En tennis, la WTA organise son tournoi final à Riyadh. Le golf est obligé d'accepter le tour-rebelle LIV. Newcastle United est désormais propriété du fond souverain saoudien, le PIF.
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Cristiano Ronaldo
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Mais cela n'est que le sommet d'un gigantesque iceberg, comme le montre un nouveau rapport dû à Play The Game, une initiative liée à l'Institut danois d'études sur le sport, dont l'ambition est de "promouvoir la démocratie, la transparence et la liberté d'expression dans le sport". Play The Game a eu l'amabilité de partager en exclusivité les conclusions de cette enquête avec Eurosport dans le monde francophone.
930 partenariats entre l'Arabie Saoudite et le sport
Il y a un an de cela, Play The Game avait déjà publié un rapport dans lequel il identifiait les principaux acteurs de l'offensive saoudienne sur le sport mondial, le plus important de ceux-là - après le prince héritier MbS - étant l'actuel président de Newcastle United Yasser al-Rumayyan, qui est à l'Arabie saoudite ce que Nasser al-Khelaifi est au Qatar - à la puissance dix; car al-Rumayyan est aussi gouverneur du fond souverain PIF (lequel gère 930 milliards de dollars US) et président d'Aramco, la compagnie pétrolière numéro 1 de la planète et quatrième entreprise mondiale en termes de revenus.
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Aramco est le sponsor principal d'Aston Martin en F1
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Cette fois-ci, c'est sur les accords de partenariat passés entre des entités directement ou indirectement liées aux autorités saoudiennes et clubs, fédérations et autres organisations sportives que les analystes de Play The Game se sont penchés. Ils en avaient déjà recensés plus de 300 en novembre 2023.
Cette fois-ci ? 910. Plus du triple.
Le football figure logiquement au premier rang des sports ciblés par les Saoudiens, avec 194 partenariats en vigueur identifiés par les chercheurs, et dont le plus important est celui passé entre la FIFA et Aramco. La boxe est à la seconde place de ce classement (123 partenariats), devant le golf (92), les arts martiaux mixtes (70) et - ce qui reflète les goûts de Mohammed ben Salmane lui-même -, l'e-sport (66).
Le PIF agit dans l'ombre
Ces partenariats ne sautent pas toujours aux yeux. Le sponsor officiel des SuperCoupes d'Italie de 2024 et 2025, par exemple, était et sera EA Sports. Pour le grand public, EA (Electronic Arts) est une entreprise américaine. Ce que le grand public ignore sans doute est que le fond souverain saoudien, le PIF, est devenu le troisième plus gros actionnaire de cette entreprise, en déboursant plus d'un milliard de dollars US pour cela en 2021.
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Comment sauver Mbappé ? "Qu'il prenne la parole !"
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Mais, dira-t-on, ce n'était qu'un investissement à caractère purement financier, pas un moyen pour les Saoudiens de renforcer leur influence dans le sport mondial ; et c'est exact - en partie. Car pourquoi alors est-ce que EA Sports est aussi devenu l'un des principaux partenaires... de la Saudi Pro League ?
De la même façon, la plus active des entités saoudiennes concernées est le PIF, qui est impliqué dans 346 des 910 accords recensés par Play The Game; mais, là encore, cela ne sautera pas forcément aux yeux, car, dans la plupart des cas (297 sur 346, pour être précis) le PIF s'est engagé via ses filiales ou des entreprises dont il contrôle le capital. C'est ainsi que la Supercoupe d'Espagne n'est pas parrainée par le PIF, mais par NEOM - qui appartient à 100% au fond souverain saoudien (*).
20 milliards de dollars, au moins
C'est aussi le cas de NOON, la plateforme numérique d'achat (partenaire de Newcastle United et de Manchester City), ou de Riyadh Air, une compagnie aérienne qui n'a toujours pas célébré son premier vol, mais a acquis les droits de "naming" du stade de l'Atlético de Madrid et est l'un des principaux partenaires de la CONCACAF. Parmi les fans de e-gaming, combien savent que le "partenaire stratégique" de la Esports World Cup, ESL Faceit Group (EFG) est la propriété du Savvy Games Group, lequel appartient lui-même à 100% au PIF ?
La multiplication des partenariats signifie aussi la multiplication des soutiens, des individus et des institutions qui se retrouvent en position de débiteurs vis-à-vis des Saoudiens. Or un débiteur a une liberté de parole restreinte vis-à-vis de son créancier. Il n'est pas seulement question de banaliser l'image de l'Arabie saoudite, de rendre "cool" un pays qui figure tout à la queue du classement mondial des plus répressifs dans le monde. Le silence s'achète. Un codicille du contrat de Lionel Messi avec Visit Saudi précisait que l'Argentin ne pouvait en aucun cas dire quoi que ce soit d'inconvenant sur son généreux sponsor.
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Lionel Messi
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Le coût global exact de l'offensive saoudienne est impossible à déterminer, en raison du caractère confidentiel de ce type d'accords de partenariat, et le rapport de Play The Game ne se hasarde pas à la faire. Mais au vu de ce que l'on sait des efforts consentis pour le LIV Golf et les combats de boxe de la "Riyadh Season", une somme de l'ordre de 20 milliards de dollars US est sans doute une sous-estimation. Ce qui est certain est qu'on n'a jamais rien vu de pareil, pas même de la part des partenaires "historiques" associés de longue date aux Jeux Olympiques ou à la Coupe du monde de la FIFA.
S'imaginer que l'obtention de la Coupe du monde de 2034 marquera ne serait-ce qu'un fléchissement dans l'intensité du projet saoudien serait se méprendre du tout au tout sur leurs intentions. L'Arabie saoudite vise bien plus que l'organisation d'une grande compétition (même si les Jeux Olympiques sont aussi dans sa ligne de mire). Elle entend aussi placer ses représentants au plus haut des grandes institutions sportives internationales. Elle entend assumer une position dominante dans le sport, identifié non seulement comme un vecteur de transformation économique dans un monde post-carbone, mais aussi une porte d'entrée dans la cour des grandes puissances.
Cela vaut bien vingt milliards. Ou plus.
(*) NEOM est aussi sponsor, entre beaucoup d'autres, de l'écurie Mclaren de F1, des Rajahstan Royals, une franchise de cricket indienne, de la Confédération asiatique de football et de beaucoup de ses compétitions, etc, etc.
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