L'Angleterre, eldorado d'un foot féminin en plein boom économique

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La sélection anglaise vient de confirmer sa suprématie sur le toit de l'Europe, et c'est bien plus qu'un sacre en vérité. Une bénédiction pour un sport qui a enfin droit à son âge d'or. Dans les stades et la sphère médiatico-économique, où les Lionesses sont starisées comme jamais, à coups de contrats sans précédent.

Grace Clinton (Angleterre) brandi le trophée du Championnat d'Europe féminin des nations, le 27 juillet 2025

Crédit: Getty Images

Il aura fallu attendre 46 ans pour cela, mais nous y sommes. Ce 17 juillet, l'attaquante canadienne Olivia Smith est devenue la première joueuse au monde à être transférée pour 1 million de livres sterling (1,15 million d'euros), le montant pour lequel Trevor Francis était passé de Birmingham City à Nottingham Forest en 1979. Il y a encore du chemin à faire pour rattraper les hommes : ce qu'Arsenal a versé à Liverpool pour Smith ne représente toujours qu'un 222e de ce que Neymar avait coûté au PSG. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose.
C'est un signe, pourtant, comme c'en est un autre que les six autres plus gros transferts de l'histoire du football féminin ont tous été conclus en 2024 et 2025 (*) et que, trois fois sur six, c'est un club anglais qui était l'acheteur. L'explosion du football féminin n'est pas un phénomène qu'en termes d'exposition médiatique et d'affluence dans les grandes compétitions (*), elle l'est aussi pour ce qui est de l'économie du sport.

500 millions de personnes ont vu un match de l'Euro

L'Euro 2025, superbement organisé par la Suisse, aura généré plus du double que ce qu'avait récolté l'UEFA en Angleterre - malgré Wembley - en 2022, et le décuple (!) des 12,7 millions d'euros de revenus engendrés par l'édition 2017 du tournoi aux Pays-Bas. Les droits TV ont eux aussi doublé en trois ans seulement. Montrer du foot féminin en clair aux heures de grande écoute n'est plus un pari, mais une garantie de succès, tout du moins en Angleterre, où la finale a rassemblé 16 millions de téléspectateurs, que ce soit chez eux, dans les pubs ou sur les écrans géants des fan zones de Londres ou de Manchester.
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L'arrivée des joueuses anglaises, championnes d'Europe, à l'aéroport de Southend, le 28 juillet 2025

Crédit: Getty Images

On dira qu'il s'agit de l'exception anglaise, le pays des Lionesses tenantes du titre, des championnes d'Europe d'Arsenal (qui joueront tous leurs matches de championnat à l'Emirates à compter de la saison à venir) et d'équipes féminines pour la plupart intégrées au sein des grandes puissances de la Premier League - Arsenal, Liverpool, Chelsea, les deux Manchester. On n'aura pas complètement tort. Les Bleues n'ont pas suscité le même engouement, même si un pic d'audience de 5 millions de téléspectateurs pour le quart de finale contre l'Allemagne n'a rien de ridicule. Demeure qu'au total, on estime que 500 millions de personnes auront suivi au moins un match de cet Euro en direct. C'est énorme.

2 millions d'euros à se partager

L'UEFA et les sélections nationales sont les premières et les plus grandes bénéficiaires de l'arrivée de l'Euro féminin au premier rang des compétitions sportives globales ; mais elles ne sont pas les seules. En termes relatifs, ce sont les joueuses elles-mêmes, directement et indirectement, dont ce tournoi aura fait d'authentiques superstars, même si ce n'est que sur leur sol pour le moment. Là encore, c'est l'Angleterre qui mène la danse en ce domaine. 
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Le 10 Downing Street, résidence du Premier ministre britannique, aux couleurs de l'Angleterre après le titre européen des Lionesses, le 28 juillet 2025 à Londres

Crédit: Getty Images

Les primes restent relativement modestes : les Lionesses, tout comme leurs homologues masculins, au passage, touchent l'équivalent de 2300 euros par match, plus primes calculées en fonction des résultats où, là, l'équilibre des sexes n'est pas respecté, puisque les filles se partageront environ 2 millions d'euros - un cinquième de ce qui était promis aux garçons de Gareth Southgate s'ils avaient battu l'Espagne en finale de l'Euro 2024. Un peu plus de 80.000 euros par joueuse en moyenne, c'est respectable ; mais c'est aussi sans commune mesure avec la passion qu'elles ont su générer dans un pays tout entier.

les nouvelles icones de la pub

Mais heureusement pour Chloe Kelly et ses coéquipières, leurs partenaires commerciaux sont à la rescousse. Car qui est plus bankable qu'une Lionesse en juillet 2025 dans le monde du sport anglais ? Personne.
Les téléspectateurs qui ont suivi l'Euro 2025 sur ITV, le réseau privé qui s'est partagé la retransmission du tournoi avec la BBC, auront été bombardés par un spot publicitaire pour une marque de chips diffusé à quasiment toutes les pauses, dont les stars étaient, côté messieurs, Luis Suarez et Lionel Messi, côté dames, la capitaine des Anglaises (et d'Arsenal) Leah Williamson et Lauren James, soeur de Reece, mais surtout attaquante de Chelsea, et également "ambassadrice" des portables Pixel de Google, d'une marque de déodorants et d'une ligne d'aliments énergétiques.
Lucy Bronze, l'indestructible défenseure qui a joué l'intégralité de cet Euro avec un tibia fracturé, a Visa, Pepsi, Rexona, Spotify, le couturier Aligne et la marque de voitures de sport Cupra à son palmarès marketing. Alex Greenwood serait payée plus de 250.000 euros par l'équipementier Under Armour.
Et puis il y a Chloe Kelly. Nike n'a pas dû se plaindre lorsqu'elle ôta son maillot et révéla son soutien-gorge portant leur griffe après avoir marqué en finale du dernier Euro. Calvin Klein l'a fait poser pour leurs sous-vêtements. Google l'a associée à Lauren James pour promouvoir son dernier portable. Land Rover lui aurait fait signer un contrat d'une valeur de presque 2,5 millions d'euros.

Les clubs n'en profitent pas autant

Les salaires de la Women Super League sont eux aussi en forte progression et, pour ce qui est des grosses cylindrées, sans rapport avec ce qui se pratique en Ligue 1 Arkema. Les chiffres exacts ne sont pas rendus publics mais, hormis l'ogre lyonnais, qui paierait ses joueuses 240.000 euros brut annuels et, à un moindre degré, le PSG (156.000), aucun club français ne peut rêver de s'aligner sur ce qu'offrent Arsenal ou Chelsea où, primes comprises, les footballeuses les mieux rémunérées, comme Alessia Russo, Leah Williamson et Chloe Kelly, encore elle, ne sont plus très loin du million d'euros par saison. Le salaire moyen brut dans la division reine du football féminin en France n'est que de 46.640 euros annuels, contre pas loin du double en WSL.
Le bémol, et il est de taille, est que, pour le moment, cet afflux d'argent ne profite qu'au sommet de la pyramide, en Angleterre comme ailleurs. Le football féminin doit son essor aux compétitions opposant des nations à d'autres nations, plus que des clubs à d'autres clubs comme c'est le cas dans le football masculin. Les rendez-vous sont moins fréquents. Les principales bénéficiaires sont donc un groupe des plus exclusifs, composé d'une vingtaine de jeunes femmes tout au plus. Si elles servent de locomotives, le train qu'elles tirent est bien long, et seules elles ont accès aux sièges de première classe pour le moment. Il est vrai que ce train-là est à (très) grande vitesse.
 
(*) Outre Smith, Naomi Girma, de San Diego Wave à Chelsea (1,05m€), Racheal Kundananji, de Madrid CCF à Bay FC (0,8m€), Tarciane, de Houston Dash à Lyon (0.8m€), Barbra Banda, de Shanghai Shengli à Orlando Pride (0.7m€) et Keira Walsh, de Barcelone à Chelsea, 0.5m€). A noter qu'aucune joueuse française ne figure dans le Top 50 des plus gros tranferts de l'histoire du football féminin, alors cinq anglaises y sont, dont Keira Walsh, qui y figure deux fois.
 
(*) L'Euro suisse a établi un nouveau record en la matière pour cette compétition, avec 657 000 spectateurs payants, soit 82 125 de plus que le tournoi de 2022. 29 des 31 matches se sont joués à guichets fermés.
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