Le Portugal dit "Obrigado" à la France

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Un amical et alléchant Brésil-Portugal se joue mardi à Boston. Pour l’occasion, Paulo Bento a fait appel à une vague de joueurs liés à la France. L’Hexagone devient un pourvoyeur important du foot portugais. Comme le Brésil, jadis…

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Forcément, un Brésil - Portugal n’est pas un match comme les autres. Les deux Seleções s’affrontent mardi aux Etats-Unis, à quelques mois du Mondial auriverde. Au-delà de la dimension historique, cette rencontre marquera les retrouvailles entre "Felipão" Scolari et les Portugais. Pepe bravera son pays natal. Comme Lucio Soares ou Deco, avant lui ; comme Liedson aurait pu le faire. Jusqu’ici, les naturalisés provenaient surtout de l’ancienne colonie portugaise. Mais cette fois-ci, Paulo Bento a fait appel à une vague française. Né à Angoulême d’une maman normande, passé par Bordeaux, Adrien Silva (Sporting) est convoqué pour la première fois en A ; le gardien Anthony Lopes pur produit lyonnais a remplacé le blessé Beto et le Rennais Nélson Oliveira a lui aussi appelé en renfort. L’équipe des Quinas prend un accent français. La France forme pour le Portugal, y achète et y investit.
"Les luso-descendants préfèrent le Portugal"
"Les Portugais et les Français d’origine portugaise sont nombreux en France mais l’immense majorité d’entre eux préfèrent leur pays d’origine à leur pays d’accueil". C’était il y a presque une dizaine d’années mais le constat de Guy Roux est toujours d'actualité. Beaucoup de luso-descendants ayant vu le jour sur le territoire français optent pour la Seleção. Marco Ramos, Steven Pinto Borges, Stanislas Oliveira, Manuel da Costa ont été formés dans l’Hexagone mais ont tous accepté, dès leur jeunesse, l’invitation de la fédération portugaise. D’autres, comme Rafael Dias ou Amaury Bischoff, ont changé en cours de carrière. Pourquoi cette préférence ? Il n’en fut pas toujours ainsi, mais footballistiquement, le Portugal rivalise maintenant avec la France. Sportivement, ce choix peut donc se justifier. Mais il y a d’autres explications, bien moins rationnelles.
Bien que né en France d’une maman française, bien que n’étant pas lusophone, l’international Espoir portugais de Lorient Raphaël Guerreiro nous expliquait il y a quelques jours : "C’est un choix du cœur. Même lorsque j’étais petit, je préférais le Portugal à la France". D’abord Bleuet, puis sub20 português, Dias confesse : "J’ai toujours espéré un appel du Portugal. Et c’est rêve que j’ai toujours…" Une ambition que partage le Valenciennois Marco da Silva, passé par le fleuron de la formation tricolore l’INF Clairefontaine : "Si je devais choisir, je dirais le Portugal, direct ! Il y a un autre engouement pour le foot là-bas et le jeu y est plus attractif". Pris entre l’influence familiale et l’attrait irrationnel qu’éprouvent les Portugais pour le "futebol", les luso-descendants penchent pour la Seleção. Le sport devient aussi une façon pour ces fils d’immigrés de se rapprocher de leurs origines. Pour ceux qui en éprouvent le besoin...
Les exceptions
Les footballeurs franco-portugais ne choisissent pas systématiquement le Portugal. Dans les années 90, Corentin Martins a opté pour les Bleus. Il raconte : "En décembre 1992, Carlos Queiroz était venu me voir à Auxerre. J'avais un peu botté en touche en disant que je voulais me concentrer sur mon nouveau club. Je suis né en France, j'y ai été formé et je me voyais avec le maillot bleu. Et puis, à cette époque, le Portugal n'était pas aussi fort qu'aujourd'hui." Coco va enchaîner une quinzaine de capes avant l’arrivée du héros Zizou. Le Franco-Algérien qui incarnera malgré lui le mythe-mytho d’une France Black-Blanc-Beur, pluriethnique et harmonieuse aura notamment pour coéquipier un autre luso-descendant : Robert Pires.
Pires a vu le jour à Reims d'un papa portugais et d'une maman espagnole. Il optera pour l’EDF. "Le Portugal ne m'a jamais appelé, explique-t-il. Si ça avait été le cas, j'aurais refusé. J'ai effectué ma formation en France et puis j'avais été appelé en Espoirs par Raymond Domenech". Pires ne pouvait donc pas bénéficier de la loi pondue en 2009 permettant à un joueur bi-national de changer de sélection s'il n'a pas de cape en A. C'est mort aussi pour Kévin Gameiro. Lui aussi a été approché par Queiroz. Il cartonnait alors avec Lorient mais avait recalé le moustachu en justifiant : "Mon grand-père paternel est portugais mais je ne suis jamais allé au Portugal, je ne parle pas du tout la langue. Je ne me sens pas portugais." Laurent Blanc lui donnera sa chance en EDF mais pas encore de quoi gazer. Le Portugal finira par convaincre Liedson de changer de passeport pour le Mondial 2010.
Approvisionneur de joueurs
Les clubs français alimentent assez copieusement le championnat portugais. Une dizaine de Français va, cette saison encore, tenter de se faire un nom en Liga ZON Sagres. Parmi eux, l’international Eliaquim Mangala, que Porto est allé le dénicher en Belgique. Mais la plupart des légionnaires ont été formés en France. L'international algérien Nabil Ghilas (FC Porto), Romuald Peiser, Bédi Buval (Académica), Romain Salin (Rio Ave), Vincent Sasso, Djamal (Braga), Jean Coubronne (Olhanense), Mamadou Diawara (Belenenses)  ou encore Chris Malonga (V. Guimarães) ont le label bleu. Ils sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance en terres lusitaniennes. La D2 en regorge elle aussi. En 2012/13, le joueur le plus utilisé de la compétition était "Tikito", alias Steven Thicot. Le champion d'Europe U17 2004 a profité de sa belle cote pour s'expatrier au Dinamo Bucarest. Cette année, il faudra  suivre Florent Hanin, Frédéric Mendy, Stéphane Madeira (Moreirense), Pierre Sagna (Chaves), Elyes Seddiki (Santa Clara) ou l'international U20 Thibaut Vion (FC Porto b). Le Français s'exporte et au Portugal on reconnaît et on apprécie sa formation.
Approvisionneur économique
L'apport des clubs français au Portugal est aussi économique. Un soutien généreux. Le premier transfert ronflant fut celui de Chalana. Bordeaux avait déboursé 18 millions de francs (3 millions d'euros) en 1984 pour le dribbleur du Benfica. Suivront Caneira (1,5 millions d'euros au Benfica), Bruno Basto (2,3 millions d'euros au Benfica) et Beto (1 million d'euros au Sporting) qui rapporteront de bons euros aux clubs lisboètes. Dix ans plus tard, l'OM aligne 30 millions de francs (4,6 millions d'euros) pour Paulo Futre (Benfica). En 2001, les Marseillais offrent presque la même somme pour Delfim mais c'est avec Lucho et Porto (2009) qu'ils vont atteindre la somme record de 18 millions d'euros (hors bonus). Lyon aussi a donné. Au FC Porto : Lisandro (24 millions d'euros) et Cissokho (15 millions d'euros) ; au Benfica : Cléber Anderson (4 millions d'euros). Miguel Lopes vient de signer. Un simple prêt qui permet au Sporting d’économiser un gros salaire. Le plus fidèle reste le PSG. Il signa de nombreux chèques à de nombreux clubs portugais : 6 millions d'euros pour Edmilson du FC Porto, presque le double pour Hélder du Boavista, sans oublier les Brésiliens benfiquistes Ricardo et Valdo, le mythique João Alves ou l'éphémère Kenedy.
Chez les filles aussi…
La FPF est sur tous les fronts. Le foot féminin tente de se développer au Portugal et sa fédé prospecte en France. A seulement 19 ans, Mariane Amaro est déjà une habituée de l'équipe nationale portugaise. L'attaquante de Juvisy, Mélissa Gomes, évolue avec les U19 mais elle ne devrait pas tarder à la rejoindre. Ces Franciliennes de naissance ont joui de la formation française avant de rejoindre le Portugal. Mais là encore, il y a des contre-exemples. Sonia Bompastor, ex-capitaine de l'équipe de France féminine, est d'origine portugaise et, son penchant pour le bleu n'a rien de surprenant. Sportivement parlant... 
Les autres soutiens
Le foot portugais bénéficie du soutien de la France de façon moins directe mais tout aussi généreuse. Les assurances AXA sont le sponsor principal de Braga. En plus de s'être payé une place sur le maillot arsenaliste des Guerriers du Minho, la société française a donné son nom à l'un des stades les plus connus d'Europe. Le Sporting de Braga est le premier club du pays à avoir accepté le naming. Une entité souvent prise pour exemple. La gestion du président Salvador mérite qu’on s’y attarde. Avec un budget d’une dizaine de millions d’euros, il a réussi à rivaliser avec les plus gros du pays, grâce à son réseau mais aussi à son esprit d’entreprise et à son audace. Et puis il y a les droits télé qui ont tant fait jaser cet été et qui sont toujours individualisés au Portugal. La forte présence de lusophones en France se monnaie. Même (surtout?) en temps de crise. Le Benfica a créé sa chaîne et a vendu ses matches à domicile, pour le territoire français, à Ma Chaîne Sport. Le reste a été acquis par BeIn Sport. Et les droits sont clairement à la hausse. Le niveau de jeu aussi. Pour le plus grand malheur de la France qui continue de loucher sur la cinquième place de l’indice UEFA occupée par… le Portugal.
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