"Le Portugal est un pays de football. Au niveau collectif, il peut s’enorgueillir d’avoir une série de trophées importants dans nos compétitions de clubs". En janvier dernier, Michel Platini, big boss de l’UEFA, brossait les Portugais dans le sens du poil. Quelques jours auparavant, la FIFA officialisait l’interdiction des fonds d’investissements sur les droits des footballeurs. Une mesure qui prend effet ce vendredi 1er mai. Le jour des travailleurs. Platoche qui annonce avoir "mis la pression sur la FIFA" pour stopper "cette honte" n’hésite pas à parler de la tierce propriété (TPO) comme d’une "forme d’esclavagisme". Le syndicat international des joueurs professionnels, la FIFpro, s’est rangé de son côté. Platini ferme le poing : "Moi, j’ai fait grève en 1972 pour que le joueur soit libre, qu’il appartienne à lui-même".

Droits économiques et droits sportifs

Ne confondons pas droits sportifs et droits économiques. Les premiers – aussi appelés droits fédératifs – naissent au moment de la célébration du contrat entre le club et le sportif. Et, d’un point de vue légal, ils appartiennent toujours intégralement au club auquel le joueur est lié. Les droits économiques qui sont générés par la vente des droits sportifs, eux, peuvent (pouvaient) être détenus par des investisseurs. Et ce qui définira la valeur, le moment et la destination de l’athlète seront toujours le club, qui détient les droits fédératifs, et le sportif.
Liga Portugaise
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05/06/2015 À 19:59
La TPO n’altérait en rien la liberté du footballeur en tant que travailleur. Elle permettait juste à des tiers de pouvoir croquer (ou manger) au moment de son transfert. Et au Portugal, les deals étaient assez clairs. En tant que sociétés sportives cotées en bourse, Porto, Benfica et Sporting ont pour obligation de communiquer leurs opérations. Le nom, la part des investisseurs, la somme sur chaque achat et vente est ainsi publié. Et si c’est l’identité de ces tiers qui posent souci, il faudra alors aussi s’intéresser un jour à tous ceux qui détiennent des billes au sein des clubs. C’est surtout de cette transparence que devraient s’inspirer les instances.
Ainsi tous ne disent pas merci à Michel. Les clubs ibériques viennent de prendre une grosse claque. Porto et Benfica soulignent "l’illégalité" de ce règlement. La Commission Européenne est amenée à arbitrer un clash entre l’UEFA, la FIFA d’un côté et les Ligues portugaises et espagnoles, soutenues par le puissant fond (et puis sans fond ?) Doyen Sports de l’autre. Les dernières directives imposées par les décideurs du foot mondial ne devraient pas inverser la tendance. On est loin du combat défendu par Michel Platini, vers un foot plus égalitaire, plus ouvert aux "petits". L’alternative que représentait la TPO vient d’être flinguée.

Michel Platini

Crédit: Reuters

La ligue des habitués

Le quart retour que le FC Porto vient de prendre en pleine face à Munich (1-6) vient de faire redescendre les plus rêveurs et les plus optimistes de leur nuage. Les mots de Platini sur le palmarès des lusitaniens commencent à avoir un goût d’ancien. Contrairement à pas mal d’idées reçues, les clubs portugais ne sont plus des habitués des derniers carrés de la C1. Depuis qu’elle s’appelle Ligue des champions (1993, donc), ils ne comptent que deux présences à ce stade : une finale remportée (2004) et une demi perdue face au Barça (1994), toutes deux par le FC Porto. La ligue des millions est devenue un club fermé. Les 20 derniers finalistes sont issus de quatre pays : Espagne, Italie, Angleterre, Allemagne. Les quatre plus puissants économiquement. Et seulement onze clubs différents y figurent…

Condamnés à la C3

La "belle série" européenne des équipes portugaises à laquelle se réfère Platini ne vaut, ces dernières décennies, que pour la Ligue Europa. Les "petits" ne peuvent plus prétendre à mieux et doivent s’en contenter. Sept pays y ont été représentés en finale depuis dix ans. A lui seul, le Portugal en compte cinq. Les prestations du SLB sur la scène continentale traduisent les difficultés des Portugais à s’imposer en C1. Voilà trois ans que les Aigles ne parviennent plus à franchir la phase de groupe. Reversés en C3, en 2012 et 2013, ils étaient à deux plumes de s’envoler avec. Derniers de leur poule cette saison, ils n’y ont pas eu droit. A force de devoir vendre pour survivre, ils s’affaiblissent. Et leur savoir-faire en matière de recrutement, qui passait aussi par la TPO, vient de prendre du plomb dans l’aile.
Les recettes générées par la Ligue Europa ne suffisent pas pour rivaliser avec les mieux bâtis des autres pays. Le vainqueur de la C1 peut toucher jusqu’à 37,4 millions d’euros. Celui de la petite sœur, 9,9 millions d’euros. L’UEFA s’est félicitée d’avoir augmenté la "contribution" envers les clubs qualifiés en Ligue Europa. Mais l’écart avec la LdC reste grand. En 2015-2016, la somme passe à 54,5 millions pour le champion de la Champions et à 15,3 millions pour celui de l’Europa.

Nani (Sporting)

Crédit: Eurosport

Déjà victimes du FPF

La fin de la TPO est surtout une mauvaise nouvelle de plus pour les Portugais. Le fair-play financier pourrait, à terme, avoir des conséquences sur leurs finances. Personne n’en voudra à l’UEFA de vouloir assainir les comptes des clubs. Mais les disparités économiques, fiscales ou législatives qui existent entre ses pays membres ne rendent cette mesure que faussement rééquilibrante. Outre leurs propres comptes, les dirigeants craignent les effets indirects imposés par le FPF… En soumettant aux plus riches un équilibre de leur balance des transferts, l’UEFA pénalise aussi les clubs de la Liga portugaise, réputés pour leur savoir-faire en matière de ventes. Quant à leur malice acheteuse, elle est maintenant bridée. Les bons clients que les Portugais savaient faire raquer se voient la ceinture serrée. Et pourtant, certains ont les bourses bien pleines…

Le fond du problème demeure

Le mythe voudrait que la formation soit le modèle pérenne pour les clubs. Mais comme le martèle l’expert portugais,  le Sporting – opposé à la TPO depuis le transfert de Rojo à Manchester United –, celle-ci a un coût. Tous n’auront pas les moyens, ni les outils pour adopter cette politique. Et ceux qui le pourront savent que leurs meilleurs jeunes seront amenés à quitter la maison-mère pour satisfaire la gourmandise des plus puissants. En vendant une partie des droits de ses joueurs à des fonds, les Portugais parvenaient à différer ces départs. Certes, ils devaient partager, mais le gâteau était souvent plus gros.
Et puis, techniquement, la fin de la TPO n’interdit pas la présence de fonds d’investissements dans le monde du football. Ces derniers ont toujours la possibilité de prendre des parts dans des clubs. La Traffic en est un exemple. Cette société brésilienne qui gère des joueurs, des clubs, des droits télé, avait racheté Estoril en 2010. A défaut d’avoir les moyens d’autres championnats, le Portugal leur offrait une vitrine pas trop mal exposée et la possibilité de placer quelques pions et quelques joueurs. Le club de Cascais fait figure de modèle, en matière de gestion dans un pays où les retards de paiements et dépôts de bilan sont devenus trop courants.
Du coup, le patron du syndicat des joueurs portugais se montre mesuré sur la question de la TPO : "Il est consensuel que les fonds doivent cesser mais d’un autre côté il faut un plus grand contrôle des investisseurs". Asphyxiés par les dettes, les clubs sont amenés à se vendre au premier venu. Quelles que soit ses intentions. Le problème de fond demeure. Les conflits d’intérêts, l’opacité sur certaines opérations perdureront. Mais sous une autre forme. Participations au sein de clubs, prêts de joueurs, sponsoring... A défaut de posséder les droits économiques des athlètes, les fonds investiront leurs patrons. Pas sûr que ce soit plus clair…

Jackson Martinez (Porto) face au Bayern Munich en Ligue des champions 2014/2015

Crédit: AFP

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