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La défense à trois, nouvelle mode de la L1 : mais pourquoi ?

La défense à trois, nouvelle mode de la L1 : mais pourquoi ?

Le 06/12/2018 à 23:31Mis à jour Le 07/12/2018 à 12:20

LIGUE 1 - Les équipes de L1 font de plus en plus le choix d'aligner une défense à trois. Si cela répond à différents besoins en fonction des profils des équipes, jouer vraiment à trois derrière s’explique par une évolution du jeu, comme nous l'explique Christian Gourcuff.

3-4-3, 3-5-2, ou 3-4-1-2 ! C'est une tendance de plus en plus visible sur les terrains de L1. Les défenses à trois fleurissent comme jamais. Ces derniers temps, de nombreux techniciens optent pour ce système. Montpellier en est ainsi friand depuis quelques temps déjà. Monaco, Guingamp ou encore Rennes y ont eu recours à un moment ou autre. Et mêmes les cadors comme Marseille, Lyon et bien sûr le PSG s'y sont mis. Forcément, ce retour à une arrière-garde à trois interroge. Car si des grands d'Europe y regoûtaient avec plaisir à l'image de la Juve en Serie A ou de la Premier League, la France semblait jusque-là réfractaire à ce système.

Pourquoi jouer à 3 derrière ?

Tous les entraîneurs n'ont cependant pas les mêmes raisons de s'y mettre. "Les objectifs ne sont pas les mêmes pour toutes les équipes", nous confirme Christian Gourcuff. Certaines recherchent une stabilité défensive à l'instar de Lyon et Marseille qui ont choisi ce système pour retrouver une forme de solidité ou répondre à des soucis tactiques. Dans certains cas, cela ressemble d'ailleurs plus à un système à cinq défenseurs pour mettre en place un bloc hermétique, à l'image de Montpellier. Enfin pour d'autres en revanche, il s'agit de mettre l'accent sur la relance, mieux quadriller le terrain et améliorer leur maîtrise. Paris est l'exemple typique de ce dernier cas. "Pour le PSG, c'est une évolution assez logique", reconnaît d’ailleurs Gourcuff.

Selon l'ancien entraîneur de Rennes ou de Lorient, Thomas Tuchel a en fait les joueurs pour, en défense centrale mais aussi sur les côtés. Surtout, les Parisiens "possèdent la capacité à rester très haut. A la fois sur le plan défensif avec la pression qu'ils exercent mais surtout grâce à leur maîtrise". Pour jouer à trois derrière, cette notion de pressing et de maîtrise du ballon est en effet déterminante pour Gourcuff. Sinon, ce n'est pas une défense à trois. Mais bien à cinq. "Si vous n'avez pas cette capacité jouer chez l'adversaire aussi bien sur le plan technique pour tenir le ballon mais aussi physique pour le récupérer dès que vous le perdez, votre organisation devient un 5-4-1 et vous perdez de la densité au milieu de terrain", lâche Christian Gourcuff.

Michel Der Zakarian avec Montpellier, 2018

Michel Der Zakarian avec Montpellier, 2018Getty Images

Une réponse à une évolution du jeu mais pas une révolution tactique

Cette nouvelle orientation tactique à trois derrière n'est cependant pas une révolution. En fait, c'est plus une évolution. "La grande évolution du jeu ces dernières années, c'est un pressing à la perte. Un pressing très haut, nous éclaire Christian Gourcuff. Avant, il y avait plus une phase de replacement avant la phase de récupération. Maintenant, on tente de récupérer le ballon très vite. Et très haut. Or si on met cette densité à la perte du ballon, il y en a forcément moins derrière dans la ligne défensive". Cette recherche d'étouffer l'adversaire est au cœur de la réflexion. Mais jouer à trois derrière ne change pas tout.

Déjà, comme souvent quand on parle de système dans le monde de football, il ne faut pas s'arrêter à un schéma précis. Ce que l'on couche sur la feuille au départ évolue en fonction des situations. Et des phases de jeu. Mais surtout, jouer à trois derrière est juste une sorte de mutation du 4-3-3 en fonction des besoins du football moderne. "Le 3-4-3, c'est une évolution logique du 4-3-3 avec des joueurs qui sont plus dans leur registre à condition d'avoir une capacité de jouer chez l'adversaire", explique Gourcuff qui précise : "Dans les équipe qui évoluaient ces dernières années en 4-3-3, les deux latéraux jouaient très haut en phase offensive. Du coup, les deux axiaux s'écartaient. Et, le numéro 6 décrochait dans la ligne défensive. On retrouvait alors une défense à 3 en phase offensive dans une sorte de 3-4-3". Le Barça de Guardiola, avec Sergio Busquets, en était la parfaite illustration.

Le numéro 6 à l’ancienne peut en faire les frais

Le numéro 6 traditionnel et les latéraux sont ainsi les premiers ciblés par cette évolution du jeu. Et si les latéraux dotés de profils plus offensifs sont recherchés, le numéro 6 plus "classique", comme Lucas Tousart à Lyon, peuvent en faire les frais. "A force dans un 4-3-3, on utilise les joueurs à contre-emploi. C’est-à-dire : les latéraux sont plus des ailiers. Le numéro 6 devient un défenseur central. Or à partir du moment où on joue à trois défenseurs, autant prendre des vrais défenseurs. Et choisir des latéraux qui ont plus des qualités offensives aptes à jouer plus haut", avance Gourcuff.

Ainsi, le PSG, qui ne parvient pas à trouver la perle rare pour son poste de sentinelle devant sa défense, y trouve son compte. "Le fait d'avoir deux joueurs dans la gestion du milieu, cela permet d'avoir davantage de mouvement. Plus de coordination pour sortir les ballons. Il y a une certaine logique", ajoute Gourcuff. Reste à savoir si ce système peut s'adapter à toutes les configurations de rencontres.

Si on prend l’exemple du PSG, cela peut poser problème en Ligue des champions. "Face à une équipe qui aura plus de maîtrise qu'une formation de L1, les Parisiens risquent de se retrouver avec une défense à cinq", prévient Gourcuff, avant d'ajouter : "Il faut alors que les joueurs de couloir aient la capacité de défendre, de se repositionner, de remonter. Ce n'est plus le même profil de joueurs. Contre une équipe avec une grosse maîtrise, ce sera plus difficile pour un joueur comme Di Maria par exemple d'évoluer comme piston." Ce sera alors à Tuchel de s'adapter. Comme le font les entraîneurs de L1 avec cette défense à 3 pas si révolutionnaire que ça.

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