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Le retour des tribunes debout en L1, c'est possible mais reste à savoir comment

Le retour des tribunes debout en L1, c'est possible mais reste à savoir comment

Le 12/04/2018 à 18:38Mis à jour Le 13/04/2018 à 07:38

Après plus de trente ans d'interdiction, les tribunes debout pourraient faire leur retour en France dans les stades de football. Le ministère des Sports a ouvert la voie en demandant une étude avant une expérimentation future. Une satisfaction pour les supporters et les ultras mais les contours concrets du retour des tribunes debout doivent encore être définis.

Metz a beau être dernier de L1, ces supporters sont toujours debout. Lors de la lourde défaite contre Lyon, les membres de la Gruppa Metz sont restés chanter dans leur kop sans siège. "Il y a quelques années, on nous avait menacés d'enlever les blocs pour mettre des sièges, raconte Julien, le président du groupe. Mais on a réussi à les garder".

Alors que la ministre des Sports, Laura Flessel, lors de la réunion de l'Instance nationale du supportérisme ce 9 avril, a ouvert la voie à "une étude sur les conditions de mise en œuvre d'une phase d'expérimentation visant la mise en place de tribunes actives sécurisées (incluant des zones de spectateurs debout) au sein d'enceintes sportives volontaires", le stade Saint-Symphorien a gardé depuis longtemps deux blocs de 600 places "debout" en tribunes Est et Ouest.

Cette saison, Amiens a bien tenté d'inaugurer un bloc debout, bloqué par le ministère des Sports. "Les clubs qui, aujourd'hui, expérimentent ou ont des tribunes debout sont dans l'illégalité", juge-t-on au ministère. Effectivement, depuis 1992 et le drame de Furiani, la loi Bredin acte que "seules des places assises peuvent être prévues dans les tribunes".

Un rapport pour les expérimentations à rendre en juillet

26 ans plus tard, c'est un nouvel incident qui a inversé les débats. Le 30 septembre dernier, lors d'Amiens-Lille au stade de la Licorne, un garde-fou s'effondre sous la pression de supporters lillois fêtant un but. Bilan : 29 blessés. "À partir de cet incident, on s'est auto-saisi du dossier", indique Jean-Guy Riou, président de l'Union des supporters stéphanois et membre de l'Institut national du supportérisme (INS), chargé par le ministère des Sports d'établir l'étude pour le mois de juillet sur la mise en place de l'expérimentation.

Les supporters de Saint-Etienne à Geoffroy-Guichard

"Il y a plusieurs mois, la demande sur les tribunes debout a été formulée par certaines associations de supporters. Elle a été plutôt bien accueillie par certains clubs et par les Ligues de football, de basket ou de rugby. On souhaitait avoir la position de tous les acteurs concernés", indique-t-on du côté du ministère des Sports. Présents aux réunions de l'INS, la Division nationale de lutte contre le hooliganisme et le ministère de l'Intérieur ne voient pas d'objections à ces expérimentations, prêts à s'adapter, alors que 50 députés et sénateurs décident de soutenir la démarche. "Il ne reste qu'un acteur qui ne s'est pas précisément positionné alors qu'il est, souvent, propriétaire des stades, ce sont les collectivités territoriales", ajoute le ministère des Sports.

La fin d'une hypocrisie

Le feu vert donné, c'est pour certains supporters la fin d'une "hypocrisie". "On ne met pas de tribunes sécurisées debout alors que tous les supporters actifs, partout, restent debout. C'est encore plus dangereux", juge Fabien Reinert, membre majeur de la Tribune Nord Amiens, qui a travaillé sur le dossier pour voir un bloc debout naître de la réfection du stade la Licorne.

Le rapport sera donc étudié en juillet. Plusieurs solutions pourront être proposées pour sécuriser ces tribunes. "Ce sera souvent du cas par cas. La configuration des stades fait qu'on ne peut pas fixer un cap. Il faut s'adapter aux spécificités locales. Le cahier des charges, sans être hyper descriptif, sera uniformisé au niveau national", glisse le ministère.

"On est à l'écoute de tous les groupes qui raconteront leur expérience car chaque stade est spécifique. Ce n'est pas pareil à Amiens ou Lyon", abonde Jean-Guy Riou.

Béton, sièges modulables, barrières anti-déferlements : des solutions multiples

À Metz, les places sont tracées et numérotées à même le béton, et quatre à cinq barrières anti-déferlements sont disséminés dans un bloc de 600 places. À Amiens, un bloc central debout devait être inauguré. Là-bas, les sièges avaient été enlevés. "On gardait des étages, avec des dalles de béton large de 70 à 80 centimètres", explique Fabien Reinert, avec quelques barrières anti-déferlements posées ça et là - "mais de façon réfléchie" - dans la tribune.

Lui, lorsqu'il a travaillé sur le dossier, rêvait d'autre chose : "Des barrières anti-déferlements mais avec le siège intégré et perpendiculaire à la barrière quand la tribune est active et quand, pour d'autres événements, tu dois être assis, tu pouvais déverrouiller le siège".

Le dispositif est, par exemple, en vigueur dans le stade du Celtic Glasgow. C'est là que le cas par cas deviendra salutaire. Jean-Guy Riou, par exemple, n'est pas un grand fan d'une barrière anti-déferlement à chaque rang, comme c'est le cas à Valenciennes. Elles sont jugées "peu pratiques par les supporters valenciennois puisqu'elles réduisent fortement leur mobilité. Si chanter debout est bien, chanter debout en pouvant bouger est encore mieux", corrobore l'Association nationale des supporters (ANS) dans un livret.

Un tifo des supporters du Celtic lors de Celtic-PSG

Expérimentations en "septembre ou octobre"

Cette structure empêche d'ailleurs de célébrer un but par une descente de tribunes. Et certains groupes, comme à Metz, sont très attachés à cette façon de fêter le but marqué. Les autorités, quant à elles, semblent en tout cas bien décidées à "limiter les mouvements de foule".

Si le rapport rendu par l'INS convient au ministère et que la loi de 1992 se voit modifiée par décret, les premières expérimentations auront lieu au début de la saison prochaine, en "septembre ou en octobre", selon le ministère. "Il va y avoir une demande faite par le ministère via la LFP pour les clubs qui souhaitent faire partie de l'expérimentation", précise Jean-Guy Riou. L'ANS avait établi une liste de 15 clubs favorables au retour de ces tribunes, parmi lesquelles le Paris Saint-Germain.

Il faudra alors se plier à une autre contrainte : le règlement de l'UEFA, qui interdit les tribunes actives debout. Rien d'inquiétant, cependant, pour les acteurs concernés. Le ministère des Sports : "On voit qu'à Dortmund en C1, les supporters s'assoient. Les stades qui seront mis aux normes devront pouvoir être réversibles pour qu'on puisse s'y asseoir" (S'ils ont effectivement la structure pour être assis, le mur jaune ne s'assoit pas lors des matchs de C1, NDLR).

Le ministère des Sports a imposé trois conditions à cette expérimentation. La première est de ne pas "augmenter la capacité des tribunes en question". "Une place assise correspondra à une place debout", confie-t-on, alors que le RC Lens voulait en profiter pour agrandir de 2000 places la tribune Marek de son stade. Il souhaite également "un alignement entre le club, les supporters, la collectivité et les services de l'État", et que la mise aux normes ne repose financièrement pas "intégralement sur les collectivités locales".

Les parcages visiteurs concernés ?

À force de dialogue, tout le monde semble prêt à jouer le jeu. Les places "adaptées et sécurisées" ont été intégrées par la LFP dans son barème de points pour la licence club (la licence qui permet de toucher plus ou moins de droits TV, NDLR), en vue de la saison prochaine. Et ces évolutions ne devraient pas seulement concerner les tribunes des supporters locaux. L'incident amiénois a eu lieu au sein du parcage visiteur. "Il faut que la tribune soit en corrélation avec le public qui s'y trouve", juge Fabien Reinert.

Outre la sécurité et une meilleure ambiance, l'ANS espère que le retour des tribunes debout permettra une meilleure affluence dans les stades de Ligue 1 et Ligue 2. "Proposer des places debout permettrait de mettre en vente des places moins onéreuses", indique le livret de l'ANS, qui servira de "base" de travail pour l'INS, selon Jean-Guy Riou.

Un travail qui finira sûrement par payer. Réponse définitive en début de saison prochaine.

Inspirés par les "collectionneurs de stades" anglais, les deux auteurs de Supps Par Terre ont lancé un tour de France des vingt stades de Ligue 1 pour aller à la rencontre des supporters et vivre le supportérisme de l'intérieur. Ils livreront régulièrement leur vision sur Eurosport.fr.

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