Droits TV de la Ligue 1 - Le milliard envolé, combien vaut vraiment la L1 ?

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La LFP attendait un milliard d'euros pour la vente de ses droits nationaux et internationaux. Quelques jours après l'échec de son appel d'offres, et alors que vont démarrer des négociations périlleuses avec les diffuseurs, il est temps de se poser la question de la valeur réelle du championnat de France. Les experts sont unanimes, le milliard est une chimère désormais.

Un micro de Prime Video à Lille

Crédit: Getty Images

Le championnat qui valait un milliard. La Ligue de Football Professionnel s'est bercée d'une douce illusion depuis plusieurs mois en pensant vendre à des hauteurs folles les droits TV de la Ligue 1. Quelques jours après l'échec prévisible de son appel d'offres, il est temps de revenir sur terre et de tenter d'estimer la vraie valeur du championnat de France. Combien vaut-il vraiment ? Hors droits internationaux, qui pourraient se chiffrer à 100 voire 150 millions d'euros pour la Ligue 1 si les planètes s'alignent, les droits domestiques de nos voisins oscillent entre 930 millions (Serie A) et 1,8 milliard (Premier League).
La notoriété des clubs, des joueurs, les niveaux des équipes et leur popularité placent, a priori, la France bien loin de ses quatre voisins. En un été, la L1 a perdu Neymar et Lionel Messi alors que l'avenir de Kylian Mbappé à Paris apparaît très incertain. En juillet prochain, ses principales stars pourraient s'appeler Alexandre Lacazette, Ousmane Dembélé et Pierre-Emerick Aubameyang. Le déclassement est réel alors qu'en terme de compétitivité, la France n'a pas encore gagné une Coupe d'Europe au XXIe siècle. Le tableau est déjà sombre sur la valeur propre de la L1.
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Kylian Mbappé (PSG) lors d'un match au Vélodrome

Crédit: Getty Images

L1 moins attrayante, marché sclérosé par Canal

"Mais il faut distinguer la valeur intrinsèque de la L1 et la valeur ou le potentiel du marché", nous prévient Vincent Chaudel, fondateur de l'Observatoire du Sport Business et qui a accompagné la LFP dans la structuration de son appel d'offre en 2006. Si la Ligue 1 ne se porte pas à merveille, c'est peut-être pire en ce qui concerne l'écosystème des droits TV et le contexte de concurrence. En Europe, les droits stagnent et l'Italie négocie depuis quatre mois. En France, le contexte est particulièrement tendu.
"Le marché est capable de supporter des droits TV à un milliard, positive Chaudel. Quand on regarde le nombre d'abonnés à la télévision payante en France, c'est comparable à l'Allemagne ou l'Italie, qui, eux, ont atteint le milliard. Le nœud du problème, c'est que l'acteur majeur qui cumule 10 millions d'abonnés est en conflit ouvert avec la Ligue et ne veut pas participer aux enchères." La guerre déclarée par Canal Plus, car c'est bien de lui dont il s'agit, fait automatiquement baisser le prix des droits. En Premier League, les droits domestiques sont colossaux (1,8 milliard).
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Vincent Labrune, le président de la LFP.

Crédit: Getty Images

Rentabilité impossible

Cela s'explique par la qualité du championnat, évidemment, et la relation de confiance qui unit la ligue et son principal diffuseur, Sky. Chaudel explique : "Les deux ont grandi ensemble. Même en situation de monopole parfois, Sky a continué à mettre plus pour monter le niveau du championnat et former un cercle vertueux. A partir de 2006, Canal a arrêté la surenchère en France et, aujourd'hui, s'est retiré."
Aujourd'hui, Amazon aurait récupéré 1,4 million d'abonnés ce qui semble correspondre au seuil de Français prêts à payer pour la Ligue 1. Or Mediapro, dernier diffuseur éphémère d'un championnat qui valait (pour quelques mois) un milliard, aurait eu besoin de 3 à 4 millions d'abonnés pour amortir les 814 millions d'euros dépensés chaque année. Quel diffuseur est prêt à mettre ses comptes dans le rouge pour un produit sans retour sur investissement ? Aucun. Orange et SFR ont levé le pied parce qu'ils ne sont jamais rentrés dans leurs frais. TPS a mis la clé sous la porte et BeIn Sports a perdu de l'argent.
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Une caméra de Mediapro bâchée au Parc des Princes

Crédit: Getty Images

La solution : une intervention politique ou… le retour de Canal

"A partir de quel montant d'acquisition un opérateur de télévision à péage peut-il rentabiliser cette acquisition ? A l'époque de l'hégémonie de Canal Plus, c'était environ 600 millions d'euros pour une diffusion exclusive et 400 si les droits étaient partagés, se souvient Luc Dayan, ancien président de Lens ou Strasbourg et qui a travaillé un temps aux côtés de Canal Plus. Un nouvel opérateur peut surpayer pour conquérir des abonnements, lancer sa plate-forme et viser une rentabilité sur du temps long. Mais personne n'y est jamais arrivé. Aujourd'hui, je suis très inquiet, il y a une vraie tension. Le salut ne réside, selon moi, que dans une hypothétique intervention politique. J'ai connu plusieurs moments où Nicolas Sarkozy et François Hollande sont intervenus au nom de l'intérêt général pour pousser des acteurs à surpayer en donnant aux actionnaires des avantages pour compenser. Ce qui permettait au foot de ne pas être en faillite."
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Maxime Saada, le patron de Canal+.

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Une intervention politique ou… un retour de Canal Plus dans les négociations au gré-à-gré. Un scenario auquel croit Philippe Bailly, président de NPA Conseil, cabinet spécialisé en économie de l'audiovisuel. "Pour un abonné Canal, il y a un lien avec la L1, rappelle-t-il. Ça fait partie de la promesse. La soirée du dimanche soir avec le Canal Football Club et l'affiche de la journée, c'est l'ADN de la chaîne. Mais plus à n'importe quel prix. Peut-être entre 400 et 450 millions d'euros. Avec un nouveau lot 2 qui comprendrait la deuxième affiche, BeIn Sports et Dazn peuvent faire monter les enchères à 250 millions d'euros. Amazon, comme en Angleterre, peut récupérer un peu de Ligue 1 comme un cadeau marketing à ses abonnés. Si on ajoute les droits étrangers entre 100 et 150 millions, on pourrait arriver entre 750 et 800 millions d'euros potentiellement."
Nos trois spécialistes se mettent d'accord autour d'un prix oscillant entre 680, pour les plus pessimistes, et 800 millions d'euros, si Canal revient dans la course. Des chiffres qui correspondraient, grosso modo, aux sommes dépensées pour la période 2016-2020 avant le crash Mediapro et l'épidémie de Covid. Loin du milliard, évidemment. Mais plus près de la réalité sans doute.
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