Football, Droits TV - "C'est un cercle vicieux" : La Ligue 1 face au risque du déclassement

Eurosport sur Google

DAZN, nouveau diffuseur principal de la Ligue 1, titulaire de huit matches sur neuf par journée, a révélé cette semaine ses offres d'abonnement pour suivre la prochaine saison de la première division française : il faudra débourser 30 euros par mois pour suivre l'intégralité des rencontres. Les inquiétudes d'un nouveau fiasco n'ont pas tardé à fleurir, trois ans après la chute de Mediapro.

Un caméraman durant Paris Saint-Germain - RC Strasbourg en Ligue 1, le 21 octobre 2023

Crédit: Getty Images

C'est un feuilleton que DAZN a longtemps entretenu. Durant le processus d'attribution des droits de diffusion de la Ligue 1 en France, les rumeurs allaient bon train sur le prix supposé de l'abonnement mensuel à la plateforme de streaming du candidat anglais en cas d'obtention. Après une première estimation à hauteur de 40 euros, descendue à 10 euros avec engagement et 15 euros sans, c'est finalement un tarif de 30 euros mensuels qui a été retenu pour avoir accès à l'intégralité des matches proposés.
Un prix similaire à celui de Téléfoot, la chaîne créée ex nihilo par Mediapro en 2020 pour diffuser le championnat de France, et qui n'avait tenu qu'un peu plus de six mois avant de faire faillite. "Telefoot, avec Mediapro, espéraient 600 000 abonnés la première année et n'y sont pas arrivés. Prime Vidéo, qui offrait des services annexes, a bloqué à 1,6 millions d'abonnés. La question est de savoir si les supporters sont prêts à mettre 30 euros ?" s'interroge ainsi Luc Arrondel, directeur de recherche au CNRS.
L'économiste du sport estime ainsi qu'il faudrait "au moins un million d'abonnés", pour permettre à DAZN de rentabiliser les 400 millions d'euros annuels investis dans les droits TV de la Ligue 1. Mais le potentiel serait là, à moindre coût : "Si on se fie à la dernière enquête publiée par Foot Unis, il y aurait 22 millions de personnes adultes qui seraient intéressés par la Ligue 1. On avait fait une enquête de marché auprès des lecteurs de L'Equipe.fr, et 60% des gens avaient des abonnements pour suivre le foot à la télé. La dépense mensuelle médiane était de 30 euros en cumulé. Avec l'offre de DAZN, on atteindrait l'équivalent de la dépense mensuelle médiane pour plusieurs abonnements, mais juste pour la Ligue 1."
Le risque en cas d'échec ? Une nouvelle faillite d'un diffuseur du Championnat, et les conséquences qui s'ensuivent : "Étant donné que les deux tiers environ des budgets vont dans la masse salariale, la conséquence sera que les joueurs seront moins payés, analyse Luc Arrondel. Donc il y aura de moins bons joueurs et les bons seront vendus plus rapidement. C'est un cercle vicieux avec une baisse de qualité de la Ligue 1, et donc une perte d'attractivité et des difficultés pour la vendre, et ainsi de suite."
picture

Leny Yoro (LOSC).

Crédit: Getty Images

Mais l'économiste du sport ne veut pas tomber dans l'alarmisme : "Il va y avoir pour les deux années qui viennent une grosse baisse de revenus pour les clubs. Le deuxième versement de CVC va limiter la casse cette année, mais la suivante sera plus compliquée. Je ne dirais pas qu'il y aura une faillite, mais la situation va être délicate." Parmi les 18 clubs de Ligue 1, certains ont fait reposer plus de 70% de leur budget sur les revenus des droits télés.
Une part qui devrait forcément être amenée à baisser, alors que les clubs perdront environ 20% de ce qu'ils touchaient avec le précédent contrat. "Ça a aussi diminué partout, sauf en Angleterre, poursuit Luc Arrondel. On arrive un peu à un plafond. Mais par rapport à nos concurrents européens, l'écart continue de se creuser." La saison dernière, la Premier league aurait ainsi perçu 3,7 milliards d'euros de droits de diffusion selon un rapport du cabinet Deloitte, contre 1,7 milliard pour la Liga et 1,5 milliard pour la Bundesliga.
Pour inverser la tendance et que le cercle vicieux devienne vertueux, l'économiste voit une solution : "Mieux performer en Coupe d'Europe ! D'abord, les clubs engrangent quelques revenus, et ensuite ça ruisselle sur toute la Ligue 1, car les droits deviennent plus intéressants à vendre à l'international." Avec sept clubs qualifiés dans les trois coupes d'Europe la saison prochaine, la Ligue 1 aura des arguments à faire valoir et surtout des raisons d'essayer de performer. Avec un contrat de cinq ans disposant d'une clause de sortie activable par les clubs au bout de deux ans, rien n'est définitif. Mais il y a bien un cercle vicieux à briser.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité