Ligue 1 - Arbitrage - Amaury Delerue : "J'aurai la même exigence avec mes arbitres qu'avec les joueurs"

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Nommé "instructeur - manager des arbitres Ligue 1, ou "entraîneur des arbitres", Amaury Delerue nous a détaillé mardi, au siège de la Fédération française de football, les contours de son nouveau poste. Le management exigeant de ces hommes qui ont aussi leur ego, la transparence souhaitée, la sonorisation... Entretien avec l’homme qui s’est retiré des terrains il y a deux ans.

Amaury Delerue en 2022

Crédit: Getty Images

Amaury Delerue, concrètement, quel sera votre rôle au quotidien avec les arbitres ?
Amaury Delerue : Antony Gautier a utilisé le mot "entraîneur ", c'est un peu l'idée. J'ai plusieurs casquettes. La casquette de coach qui écoute, qui questionne et qui dialogue, c'est-à-dire un rôle de proximité. Mais en même temps ce rôle de tracer, et pas moi seulement, mais collectivement, les lignes techniques attendues par les situations de jeu. C'est-à-dire quelle ligne technique est attendue en fonction de tel scénario, une ligne que l'on tienne sur 34 journées, par exemple sur le sujet des mains, sur le sujet des penalties, ou des exclusions pour fautes grossières. Il y a une vraie attente de ce point de vue-là.
Vous parlez aussi d'accompagner "les hommes derrière les arbitres"...
Il y a une casquette de management dans cet accompagnement, de débriefing, la compréhension des hommes derrière les arbitres, leur profilage, la compréhension de l'écosystème autour de leur match. Je sais exactement ce que nécessite l'équilibre personnel, professionnel autour d'un match de football, pour pouvoir s'y rendre de manière la plus sereine et pouvoir essayer d'avoir l'exigence de performance la plus élevée.
C'est compliqué, de manager un arbitre ? Vous êtes, vous aussi, des sportifs de haut niveau, avec votre ego.
Ce n'est pas compliqué si vous avez l'objectif de vous rapprocher d'eux et de les comprendre dans leurs exigences, dans leurs problématiques et dans le fait que collectivement on a des choses à construire dans un souci de cohérence, d'uniformité sur les terrains de football. Ce qui est complexe, c'est que c'est le sommet de la pyramide, avec des managers de très haut niveau, installés dans la vie de tous les jours. Ils ont entre 30 et 45 ans, ils sont chefs d'entreprises, pères de familles très bien installés dans la vie, et ils ont des trajectoires très ascendantes quand ils sont en Ligue 1, évidemment. Ce niveau d'exigence avec, en plus, celui de la compétitivité entre les arbitres - il ne faut pas se leurrer, c'est un système pyramidal donc avec des montées et des descentes - nécessite une proximité avec ces arbitres-là. Mieux vous connaissez les hommes, mieux vous connaissez les arbitres et c'est dans ce sens-là qu'il faut que j'adhère à leur projet et de ce point de vue-là, l'avoir vécu moi-même est plutôt un avantage.
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Francois Letexier

Crédit: Getty Images

Vous avez annoncé une intransigeance concernant le body langage des joueurs, capitaines compris, au moment de demander des explications en cours de match. Allez-vous, à l'inverse, être attentif à celui des arbitres, à qui l'on a régulièrement reproché leur côté hautain, ou un excès d'autorité ?
Si auprès des joueurs et des staffs, j'ai été porter le message de faire très attention à la manière dont ils parlaient aux arbitres, dont ils se comportaient, je leur ai également dit que j'allais être exigeant de la même manière avec mes arbitres. Ils doivent donc travailler sur leur capacité à être plus ouverts dans certaines situations, à être plus calmes, plus sereins, pour pouvoir communiquer. Et je dois vous dire que ce travail est assez facile avec eux, parce que ça fait partie de leur quotidien, en fait. L'image d'un arbitre de haut niveau est l'image de quelqu'un qui maîtrise ses nerfs, qui sait gérer la pression, qui a une gestion émotionnelle de tous les instants. Même si ça bout à l'intérieur, il ne faut pas le montrer à l'extérieur. Mais c'est un travail que font les arbitres depuis qu'ils sont arbitres. A l'école d'arbitrage, on parle aussi de posture, de communication et de body langage.
A quels moments d'un match sont-ils plus ou moins ouverts à la discussion ?
Tous les moments d'un scénario de match ne sont pas propices à l'explication. On ne peut pas s'arrêter tout le temps. Parfois, l'intelligence d'un arbitre de très haut niveau, comme un manager de très haut niveau, c'est de ne pas donner l'explication maintenant, par exemple pour protéger son arbitrage, mais aussi pour protéger le joueur, parce qu'il a senti que le joueur n'était pas prêt à entendre ses explications. Ce travail-là, c'est un travail d'abord sur soi des arbitres, pour mieux se connaître.

Les micros s’ouvrent : "Quand les arbitres rentrent à la maison, la valise est un peu moins lourde"

L'utilisation du VAR n'a pas toujours été très bien comprise. Est-ce qu'on est toujours dans un système où le recours à l'assistance vidéo par un arbitre est pénalisant dans l'analyse de sa prestation et sa notation ?
Non, et ça a été annoncé par Antony Gautier à sa prise de fonction l'année dernière. Le recours à l'assistance vidéo est une aide pour l'arbitre, c'est écrit comme ça dans le protocole. Si, par le passé, le fait d'aller voir une image pouvait être représenté comme une menace, aujourd'hui on estime que si le recours à l'assistance fait appel à une image, des ralentis, des angles de caméra qui montrent une erreur que, quoi qu'il arrive, l'arbitre n'a pas pu éviter alors qu'il s'était bien déplacé, qu'il avait mis toutes les armes avec ses assistants pour prendre une décision adéquate, et que malgré ça, l'image montre qu'il s'est trompé, il n'y a pas d'impact sur l'évaluation de nos arbitres.
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Stéphanie Frappart brandit un carton rouge à Martin Terrier lors la rencontre Monaco - Rennes en Ligue 1

Crédit: Getty Images

Vous avez annoncé que les arbitres continueraient de venir s'exprimer régulièrement après les matches...
C'est un vieux serpent de mer, la communication des arbitres. Nous sommes prêts à ouvrir le micro pour communiquer et je pense qu'à l'image de ce qu'a fait Willy Delajod à Monaco en début de saison, vous avez vu qu'en 2, 3, 4 minutes l'explication est donnée, ça a éteint la polémique éventuellement naissante de la part du club qui subissait l'annulation du but, et ça fait vraiment œuvre de pédagogie. Ça veut aussi dire que quand les arbitres rentrent à la maison, la valise est un peu moins lourde. Ils sont plutôt heureux de pouvoir le faire, dans un certain cadre : la parole de l'arbitre elle doit rester rare, sur des décisions majeures, pour ne pas être diluée.
La sonorisation des arbitres a été autorisée en Ligue 1. Regrettez-vous qu'elle n'ait pas été mise en place en début de saison, pour des raisons économiques et/ou techniques, comme c'était prévu ?
Ce n'est pas un regret, c'est plutôt l'espoir que ça soit mis en place très rapidement, et ça va l'être. Il y a des choses qui ont été annoncées pour la deuxième partie de saison, en particulier la diffusion des décisions après recours au VAR sur les grands écrans des stades.
Quel regard portez-vous sur une éventuelle sonorisation intégrale, à terme, des arbitres ?
J'ai peur qu'au football, le micro ouvert sur 95 minutes ne dénature totalement l'objectif initial. Il y a beaucoup plus de communication, de dialogue d'échanges sur un terrain de football que de rugby et donc j'ai peur que ça provoque l'effet inverse, que ce soit inaudible. Par contre, un micro ouvert comme ça a pu se faire sur des essais par exemple en Coupe de France, sur 4, 5, 6 moments majeurs d'un match, serait quelque chose d'extrêmement positif.
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