Ligue 1 - L’Olympique Lyonnais rétrogradé administrativement en l'absence de qualification en Ligue des champions : "En l’état, le risque est fort"
Eurosport sur GoogleFondateur de l’Observatoire du Sport Business, Vincent Chaudel décrypte la situation dans laquelle se retrouve Lyon après sa défaite contre Lens. La qualification pour la Ligue des champions devenue très hypothétique, l'OL se retrouve dans une situation inquiétante et la menace d’une relégation administrative, prononcée par la DNCG à titre conservatoire, n'a jamais été aussi réelle.
Trophées UNFP : Les joueurs votent-ils avec leurs pieds ?
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Vincent Chaudel, est-ce que l’OL peut échapper à la relégation administrative, dont l’a menacée la DNCG à l’automne, s’il rate une qualification pour la prochaine Ligue des champions ?
Vincent Chaudel : Il faut reprendre la raison d'être de la DNCG. Celle qu'on appelle le gendarme financier a pour vocation de s'assurer que tous les clubs qui commencent un championnat sont en capacité de le terminer en payant leurs joueurs, leurs factures etc. C'est ça, le sujet majeur. La DNCG peut contraindre le club à ne pas recruter, va lui demander de réduire sa masse salariale ou lui demander d'agir sur son endettement, sauf à ce que son propriétaire ou ses propriétaires couvrent. Prenons l'exemple de l'OM de Frank McCourt qui, l'année où ils ne font pas la Coupe d'Europe, a un budget de 160 millions d'euros et perd 80 millions d'euros. Mais le club n'a pas eu de problème puisque l'actionnaire a couvert.
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Où va l'OL de Textor ? "Attention, on l'a vu avec Bordeaux, les clubs ne sont pas éternels..."
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Comme Robert Louis-Dreyfus, autre président de l’OM, qui, lui-aussi, met la main au pot en 2001 quand la DNCG prononce la rétrogradation de l'OM.
V. C. : Exactement. Là, Lyon est dans une situation similaire. Il faut soit qu'il libère des joueurs, soit qu'il libère des actifs, soit que les actionnaires remettent la main à la poche. Lors de son plan exposé à la DNCG en janvier, John Textor avait dit qu’il allait vendre ses parts à Crystal Palace. Ce n'est pas fait. Il avait dit qu’il allait boucler des ventes au mercato. Il en a réalisées, mais pas tant que ça (ndlr : Lyon a vendu pour 29,5 millions d’euros cet hiver et s’est séparé de huit joueurs). Il avait dit qu’il allait entrer à la bourse à New York pour pouvoir recapitaliser. Il ne l’a pas fait. Tout cela va inquiéter encore plus la DNCG qui joue un peu sa réputation sur ce dossier-là.
La DNCG ne peut plus se permettre d'être fort avec les faibles et faible avec les forts
Pourquoi ?
V. C. : Parce que la DNCG a deux problèmes. Un problème d’ordre général où elle n'a pas été assez diligente auprès des clubs par rapport à la problématique des droits télé la saison dernière et, aujourd’hui, beaucoup de clubs qui sont en difficulté. Aujourd’hui, elle conseille les clubs de faire des budgets sans droits télé. Mais on voit bien que, du coup, elle ne veut plus être attaquable sur son rôle de gendarme. Et puis, elle a quand même été plus ou moins trompée par Gérard Lopez (ndlr : propriétaire de Bordeaux reléguées depuis en National 2). Donc, elle ne peut plus se permettre d'être fort avec les faibles et faible avec les forts. Lyon doit rentrer dans les clous d'une manière ou d'une autre.
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John Textor, le propriétaire de Lyon
Crédit: Getty Images
En quoi l’absence de Ligue des champions est un obstacle quasiment rédhibitoire pour la DNCG ?
Une qualification en Ligue des champions aurait apporté 30 à 40% de ce que l’OL devait assurer devant la DNCG (ndlr : une cinquantaine de millions d’euros en fonction du parcours). Vous rajoutez là-dessus une ou deux belles ventes et vous êtes assez proche.
Les propriétaires sont obligés de remettre la main à la poche ou alors ils prennent les sanctions et ils sont relégués
Quels sont les ressorts qui lui permettraient dès lors d’éviter une relégation administrative ?
V. C. : Soit Textor met à la poche, soit il vend des joueurs. Mais l'effectif lyonnais est évalué à 226 millions d'euros. Et sur le dernier semestre, je crois que Lyon a publié un résultat net déficitaire de 117 millions d'euros, c'est un peu plus de 50% de la valeur de l'effectif. Ils ne vont pas vendre la moitié de l'effectif. Donc de toute manière, les propriétaires sont obligés de remettre la main à la poche, ou alors ils prennent les sanctions et ils sont relégués.
Soit Ares remet la main à la poche, mais à mon avis, ça sera au détriment de Textor qui sera poussé vers la sortie
Le fonds ARES Management, qui a financé en partie le rachat de l’OL en prêtant de l'argent à Eagle Football, s’impatienterait selon des informations de L’Equipe.
V. C. : (Il coupe). À leur place, je ne serais pas impatient, je serais inquiet. Le fonds Ares va avoir plusieurs options devant lui. Soit il sort et accepte de perdre ce qu’il a misé, ce qui lui évitera de perdre encore plus. Et là, à ce moment-là, il va y avoir une difficulté puisqu’il faudra un autre investisseur ou creuser l'endettement. Soit Ares fait comme Redbird à Milan. Il a sorti son partenaire chinois qui n'était pas capable d'assumer son engagement financier pour reprendre la main sur le club. Mais la vocation d'un fonds, ce n'est pas d'être aux manettes. Un fonds est là pour miser et prendre une plus-value. Je pense qu'il faut regarder ce que va faire le fonds Ares prochainement. Soit il lâche et auquel cas ça met encore plus de pression sur Textor parce qu'il lui faudra trouver un autre mode de financement. Soit Ares remet la main à la poche, mais à mon avis, ça sera au détriment de Textor qui sera poussé vers la sortie.
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John Textor avec son chapeau avant d'affronter le PSG
Crédit: Getty Images
La seule façon de s’en sortir aujourd’hui, c’est donc de remettre la main à la poche.
V. C. : Oui, mais Lyon a quand même les moyens de s'en sortir. Il existe des actifs avec le stade, vous êtes dans une grosse agglomération. L’aléa sportif n’est pas favorable aujourd’hui mais sur la durée, il y a de quoi refaire de Lyon un club européen. Il y a matière à ne pas tout laisser tomber, je pense. Mais ce n'est pas mon argent, donc c'est facile à dire. En l'état, le risque est fort. Pratiquement, je pense qu'il y aura un tour de table qui permettra de s'en sortir. Reste à savoir la position de John Textor après ce tour de table. La seule solution, c'est de remettre au pot. Je n'en vois pas beaucoup d'autres.
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