Ligue 1 - Personnage marquant déjà quand il était joueur, Habib Beye a toujours eu la vocation d'entraîner
Par Timothé Crépin
Mis à jour 17/05/2025 à 00:27 GMT+2
Habib Beye a plongé dans le grand bain de la Ligue 1 en s'asseyant sur le banc du Stade rennais, devant le rectangle vert qu'il a jadis foulé. Avant d'embrasser sa carrière d'entraîneur, le Sénégalais a connu une belle épopée en tant que joueur. Mais justement, à quoi ressemblait Habib Beye, le joueur ? Souvenirs avec ses anciens coéquipiers.
"Xabi Alonso a une idée très précise de ce qu'il veut faire du Real"
Video credit: Eurosport
Ça va forcément lui faire quelque chose. À 47 ans, nommé entraîneur du Stade Rennais le 30 janvier dernier pour sa première expérience dans l'élite, Habib Beye va diriger une équipe de Ligue 1 au Stade Vélodrome, face à l'OM. Là où, dans les années 2000, il a vécu d'intenses émotions comme joueur. Si vous lisez eurosport.fr et que vous avez quinze ans ou moins, vous n'avez pas connu Habib Beye, le défenseur. Avant l'OM, le natif de Suresnes (92), qui a grandi au Port-Marly (78), a connu le centre de formation du PSG, dans la deuxième moitié des années 90. Pas certain qu'on compte sur lui à l'époque, il saute sur l'opportunité Strasbourg, quand le RCSA de Claude Le Roy lui propose un contrat pro.
"Habib le joueur, c'est une histoire étonnante, détaille justement Le Roy. Quand j'étais directeur sportif du PSG, j'allais voir toutes les équipes. Je ne sais plus si c'était avec les juniors ou en CFA 2, mais je vois Habib un jour. Au PSG, on lui payait juste de quoi pouvoir circuler dans Paris." Bluffé par le potentiel athlétique de ce jeune garçon, Le Roy demande à Pierre Mankowski, alors directeur du centre de formation parisien, si le jeune Beye ne peut pas monter avec l'équipe CFA. "Il a été promu et a confirmé, reprend Le Roy. Mais personne ne savait qu'il existait."
Il quitte le PSG, mais avec toujours sa pépite en tête. Strasbourg l'appelle alors pour prendre les rênes du club. "Dès que je sais que j'y vais, je vais voir Habib, et je lui dis que je l'emmène avec moi pour un contrat professionnel de quatre ans. Il n'en revenait pas, il était stupéfait. Le PSG aurait pu mettre son veto... Il a eu sa lettre de sortie sans souci."
Coupe de France, relégation et Coupe du Monde
En Alsace, Habib Beye va devenir international sénégalais, sous l'impulsion du regretté Bruno Metsu. "Il a été exemplaire avec l'équipe nationale, salue Tony Sylva, ancien gardien des Lions de la Teranga, mais aussi de Monaco et Lille, notamment. Il a toujours été là quand on avait besoin de lui. Jusqu'à être titulaire." Le moins qu'on puisse dire, c'est que Beye va plus que saisir la chance donnée par Claude Le Roy du côté du stade de La Meinau. Il porte le maillot strasbourgeois pendant cinq ans. Le temps d'y remporter une Coupe de France (2001, face à Amiens) et de connaître une descente en Division 2 la même saison.
Relégué, le Strasbourg de Beye ne passe pas le premier tour de la Coupe UEFA la saison suivante, mais remonte dans l'élite en 2002. Quelques semaines plus tard, Habib Beye est du groupe qui fait chuter les champions du monde français lors de la mythique ouverture de la Coupe du Monde. Il effectue trois entrées dans ce Mondial.
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Habib Beye lors de son passage à Strasbourg
Crédit: Getty Images
Un physique de coureur de 400 mètres
Avant, donc, de signer à l'OM à l'été 2003. S'il sait qu'il vient de banlieue parisienne, il avoue à l'époque que le club marseillais était celui qu'il suivait dans sa jeunesse. "Je me souviens du jour où il est parti à Marseille, se rappelle Danijel Ljuboja, ancien mythique attaquant de notre Ligue 1 à la crête inoubliable, qui a passé trois saisons à Strasbourg avec Beye. J'étais content pour lui, mais triste car on avait vraiment partagé de bons moments ensemble. Ça m'a fait un vide. Ce moment m'a marqué. Je l'ai même vu dans ses yeux : qu'il quitte ce groupe, ces joueurs, on était un peu... Mais c'était logique de changer, d'aller jouer dans un plus grand club."
Quatre saisons sur la Canebière avec trois finales perdues, deux en Coupe de France (2006 et 2007 face au PSG et à Sochaux) et une en Coupe de l'UEFA (contre Valence). Avec une Coupe Intertoto (2005) comme maigre consolation. Habib Beye évoluera ensuite près de cinq ans en Angleterre, de Newcastle à Doncaster en passant par Aston Villa. "Le mot qui le reflète le plus, c'est athlète, pose Sylvain N'Diaye, ancien milieu de l'OM et du Sénégal. Et pas dans le sens péjoratif du terme, au contraire. Il avait un physique de coureur de 400 mètres, capable de répéter les efforts à haute intensité dans son couloir."
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Habib Beye, joueur de l'Olympique de Marseille
Crédit: Getty Images
S'il a pu apparaître, par exemple, dans une défense à trois sous José Anigo, c'est bien en tant que latéral droit qu'on se rappelle de Habib Beye. "Il se projetait souvent, souligne Danijel Ljuboja. C'était très moderne. Il était ambitieux sur le terrain. Il y a en a qui se contente de faire leur boulot défensif, lui aimait apporter énormément offensivement. Il avait cette ambition de faire toujours plus." "Ce poste lui convenait très bien, enchaîne N'Diaye. Cette capacité à avaler les 50-60 mètres devant lui, en ayant la capacité pour revenir... Le prototype du latéral moderne. De savoir qu'il était dans mon dos, ça rassurait, je n'étais jamais inquiet."
Il aimait trop parler football, ça se voyait déjà qu'il allait être entraîneur
Des qualités physiques alliées à un caractère qui a marqué ses anciens partenaires. "Un capitaine, martèle Ronald Zubar, partenaire de défense dans la cité phocéenne. Un caractère bien trempé, quelqu'un qui savait où il souhaitait aller." "Il voulait toujours être le leader, appuie Danijel Ljuboja. La gagne, c'était son obsession."
Question personnalité et grinta, Renato Civelli, ancien de Nice, Monaco et Lille, n'était pas le dernier. Habib Beye lui a laissé des souvenirs : "Il aimait avoir le brassard de capitaine, souligne-t-il. C'était un professionnel, qui s'entraînait bien, qui avait une très bonne hygiène de vie. Mais il aimait aussi bien mettre l'ambiance, c'était un chambreur." Un côté taquin confirmé par tous nos témoins. "Il était impliqué pour faire ses entraînements le plus sérieusement possible et ses matchs avec le plus de concentration, fait remarquer Sylvain N'Diaye. Mais il aimait beaucoup déconner aussi. Un côté très chambreur..."
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Habib Beye, lors de son intronisation à Rennes.
Crédit: Getty Images
Mais ces prédispositions sur le terrain et en dehors laissaient-elles imaginer un futur entraîneur ? "Je ne savais pas qu'il avait autant d'amour pour le football. Je n'aurais pas imaginé le voir se reconvertir en l'entraîneur qu'il est aujourd'hui, concède Sylvain N'Diaye. Mais quand il s'est lancé, je savais qu'il allait bien faire les choses." De ses années strasbourgeoises avec l'actuel entraîneur du Stade Rennais, Danijel Ljuboja sentait déjà quelque chose pour la suite. "Il aimait trop parler football, tactique. Ça se voyait déjà qu'il allait être entraîneur, promet Ljuboja. Il abordait souvent les sujets football, ce qu'il aurait fait s'il était coach. À l'époque, oui, j'étais surpris de voir qu'il connaissait plein de choses. C'était impressionnant de voir comment il était déjà dedans."
Plus de détails
Olympique de Marseille
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Stade Rennais
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