Lyon - Saint-Etienne : Sans Jean-Michel Aulas ni Roland Romeyer : Que reste-t-il du derby ?

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Pour la première fois de l'histoire, le derby entre l'OL et les Verts se jouera entre deux équipes qui ne sont plus dirigés par des présidents du cru. Jean-Michel Aulas et Roland Romeyer, garants de l'ADN des deux clubs, sont partis et le derby s'est américanisé. Aujourd'hui, c'est un rendez-vous, avant tout, de supporters et beaucoup moins d'institutions à l'image des nouveaux propriétaires.

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Video credit: Eurosport

Ce club, il l'avait tatoué jusque dans sa chair. Sur son biceps gauche. Avec son accent chantant, Roland Romeyer ne pouvait pas faire semblant, son cœur a toujours battu pour les Verts bien avant même de se faire tatouer leur logo sur le bras. Homme du cru, de Pont-Salomon à 29 kilomètres exactement de Geoffroy-Guichard, l'ancien président avait quelques défauts mais personne n'a jamais douté de son amour du club. Dans un style bien différent, mais tout aussi authentique, Jean-Michel Aulas, lui aussi Lyonnais pur jus, a incarné pendant 36 ans l'OL dont il est devenu le visage et le cœur battant.
Ils auraient tout fait pour leur club jusqu'à s'en rendre malade les soirs de défaite et c'est pour cette raison que les deux hommes se sont toujours respectés. À eux deux, ils garantissaient l'ADN, les valeurs et l'authenticité des deux clubs ennemis et, en miroir, ils assuraient au camp adverse une figure hostile qui fédérait par l'aigreur qu'elle faisait naître.
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Roland Romeyer (à gauche) et Bernard Caïazzo

Crédit: Getty Images

Pour la première fois dimanche, le derby se jouera sans président du cru. Le derby de la région Rhône-Alpes Auvergne est devenu une bataille de voisins nord-américains entre John Textor, l'homme d'affaire venu du Missouri, et le Canadien de Toronto Larry Tanenbaum. A des milliers de kilomètres de Tassin-la-Demi-Lune, de Firminy, de Meyzieu et de tous ces villes et villages où bat le cœur du derby.

Finies les Playstation et les 2 CV

Il n'est pas certain que les propriétaires, même s'ils s'affichent allégrement avec les casquettes de leur club, ou leurs présidents délégués, Ivan Gazidis et Laurent Prud'homme, alimentent la grande chronique et les petites histoires du derby. Ces escarmouches qui font de ce rendez-vous un moment unique de la Ligue 1. C'est Jean-Michel Aulas qui calme ses supporters en rappelant, en 2010, que Saint-Etienne joue la Ligue des champions sur la Playstation, c'est Roland Romeyer qui compare Rémy Vercoutre, alors gardien de l'OL, à une 2CV ou se fait broder une chemise le jour du match avec "touche pas à mon club sur le cœur".
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Jean-Michel Aulas célèbre l'un des nombreux titres de l'OL dans la décennie 2000

Crédit: Getty Images

Textor et Tanenbaum n'ont aucune histoire qui les rattache viscéralement à leur nouvelle équipe. Saint-Étienne et Lyon, c'est d’abord un business. Or, la chaleur et la passion d'un derby naît précisément des souvenirs entre brimades, frustrations et triomphes. Tout ce qui construit une rivalité et donne un sens à l'histoire. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'Alexandre Lacazette, qui a bien failli partir cet été, pour rappeler en conférence de presse vendredi que "le vert est interdit à la maison".

Multipropriété ou trading, loin de l’ADN du derby

Loïc Perrin dans l'organigramme, Aïmen Moueffek, Louis Mouton, Léo Pétrot et Mickael Nadé côté Saint-Etienne, Corentin Tolisso, Rayan Cherki, Maxence Caqueret, Georges Mikautadze et donc Lacazette côté OL, voilà ce qu'il reste du derby dans les effectifs. Mais Lyon, avec le passage sous pavillon américain, s'éloigne peu à peu de ses racines et si les Gones restent en nombre, la plupart d'entre eux cherchaient de nouveaux points de chute cet été.
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Video credit: Eurosport

La multipropriété à Lyon et le modèle de trading à Saint-Étienne vont nécessairement modifier les ADN et élargir les horizons avec des effectifs de plus en plus mouvants et de moins en moins ancrés dans la réalité des deux villes et des deux clubs. Après tout, personne n’y est pour rien dans cette histoire. C’est le sens de l’histoire du football qui ne laisse plus de place aux rivalités de clochers mais se nourrit de capitaux étrangers pour survivre dans un univers de plus en plus concurrentiel. Le risque, c'est que le derby devienne une rivalité simplement folklorique, un souvenir dont seuls les supporters, à terme, seront les garants. Car eux, pour le coup, n'oublieront jamais ce qui les anime quand le voisin traverse Givors, Rive-de-Gier et Saint-Chamond pour venir en terrain hostile.
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