Coupe de France - Lorient/Nice - Entretien avec Pablo Pagis (FC Lorient) : "A mon prime, j'aimerais jouer au Barca"

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À 23 ans, il est une des révélations de la saison en Ligue 1 et se montre avec ses actions et ses buts spectaculaires. Fils du légendaire Mickaël Pagis, Pablo Pagis s'est ouvert avec sincérité pour Eurosport. Au programme : Juninho, beau football, passion de son sport, les épreuves de son début de carrière et son admiration pour le FC Barcelone. Un régal.

L'OM de Beye est-il lancé ? "C'est un tournant mais…"

Video credit: Eurosport

Est-ce qu'on peut vous appeler Pablo "Juninho" Pagis ?
Pablo Pagis : (Il sourit.) Non, quand même pas !
Votre coup franc à Nice (3-3) était magnifique...
P.P. : Oui, il était beau mais pas d'enflammade, pas d'enflammade.
Est-ce qu'on vous a un peu chambré dans le vestiaire lorientais ?
P.P. : Oui, un petit peu. Mais c'est vrai que j'en tire pas mal en séance d'entraînement. C'était bien que ça arrive en match. C'était mon premier.
En tout cas, ça fait aussi partie de votre palette.
P.P. : Oui, je sais que ça fait partie de mes qualités. J'ai une bonne frappe. Donc forcément, les coups francs, je les travaille et je sais que je peux arriver à en mettre. C'est bien, ça élargit ma palette comme vous le dites.
Je m'éclate
8 buts en 21 matches : comment avez-vous envie de qualifier votre saison en un seul mot ?
P.P. : Je dirais "bonne", "superbe". Je ne m'attendais pas forcément à ça. Je souhaitais faire mes matches, essayer d'être décisif un maximum possible. C'est vrai que je ne m'étais pas forcément donné d'objectif de buts. Mais vraiment jouer dans cette équipe, y être important. Au vu de mes performances, je le suis, et c'était ce que je voulais, avant tout. Et que les résultats aillent aussi avec. En plus, en ce moment, il y a les buts donc c'est super. Mettre des buts comme je les ai mis, ce n'était pas un objectif, mais au final, j'ai réussi. Et j'ai envie que ça continue car je prends du plaisir à jouer dans cette équipe.
Au coeur de votre très belle saison actuelle, voyez-vous un moment charnière, un tournant ?
P.P. : Le match de Lyon, qu'on gagne à domicile (NDLR : 1-0, 15e journée, 7 décembre 2025). Je marque. On joue, en plus, le dimanche soir. Je trouve que je fais mon match référence à ce moment. Ensuite, j'enchaîne et je n'ai pas de pépins physiques comme j'avais eu en début de saison.
On sent en effet que vous vous éclatez...
P.P. : Oui, je m'éclate, je prends du plaisir à jouer, à servir mes partenaires, à défendre même aussi. Ce n'est que du positif.
Ce plaisir-là, dans votre mentalité, à quel point est-il essentiel ?
P.P. : Si je ne prends pas plaisir à jouer, on va le ressentir direct parce que je ne vais pas tenter des choses, je vais jouer un peu crispé, sans forcément m'éclater et je ne vais pas faire ressortir mes qualités. Quand je suis comme ça, en pleine confiance, que je prends du plaisir, en fait, je ressors vraiment toute ma palette et ça aide le collectif. J'essaie vraiment de faire des choses efficaces, essayer de ne pas avoir de superflu dans mon jeu et servir au maximum mes coéquipiers que ce soit offensivement ou défensivement.
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La joie de Pablo Pagis le 11 décembre avec Lorient.

Crédit: Getty Images

Le Barça de Xavi, Iniesta, Messi, Busquets, c'est le prime du football
Le beau football, y êtes-vous attaché ?
P.P. : Oui, j'y suis attaché. J'aime les bons et beaux joueurs de football. Mais ça a ses limites parce qu'il faut être efficace et, justement, en ce moment, je trouve vraiment le juste milieu. Donc j'aime bien, mais à petites doses j'ai envie de dire. Si tu aimes trop le beau football, on peut se regarder jouer et ne pas forcément être là pour l'équipe. Et moi, je veux être là pour l'équipe en étant bon et performant.
C'est impossible de ne penser uniquement beau football...
P.P. : Pour moi, c'est impossible.
Si je vous dis "beau football", vous me parlez de quels joueurs, de quelles équipes de votre enfance, de votre adolescence ou d'aujourd'hui ?
P.P. : (Sans hésiter.) Le Barça de Xavi, Iniesta, Messi, Busquets. Ça, c'est le prime du football. Franchement, on n'en a pas assez profité. En tout cas, moi je n'en ai pas assez profité. Cette équipe-là, à chaque fois que je la regardais jouer, c'était incroyable.
Parce que, personnellement, si je parle de "beau football", plusieurs joueurs me viennent à l'esprit, et notamment un certain Mickaël Pagis...
P.P. : (Il sourit.) Oui, forcément, c'est quelque chose qui me tient à coeur aussi. Il a eu sa carrière, on a des similitudes. J'essaie de me détacher de ça et de faire ma carrière.
Mais il y a un héritage du beau football...
P.P. : Oui, oui, forcément. Il avait ces qualités-là, je les ai aussi, donc ça se retranscrit sur le terrain.
Est-ce une philosophie de vie de la famille Pagis ?
P.P. : (Il sourit.) Non, je ne dirais pas ça. Mais c'est vrai que lorsqu'on met un pied sur un terrain, on a ce football-là et c'est ce qui fait notre force.
Auriez-vous pu être défenseur ?
P.P. : Je ne suis pas sûr, je n'ai pas cet ADN-là. Par contre, j'aime bien, quand même, défendre, tacler, ce genre de choses. Défendre, comme on dit, ce n'est pas forcément le beau football, mais je le fais et je commence même à prendre plaisir à le faire.
Tous les soirs, il y a du football à la maison. Je n'arrive pas forcément à décrocher
Du beau football, passons à la passion du football : aujourd'hui, de plus en plus de joueurs, et de jeunes joueurs, affirment ne pas vraiment regarder leur sport, comme s'ils raisonnaient davantage en termes de métier plutôt que de passion. Vous, quel est votre rapport à votre sport ?
P.P. : Je suis totalement passionné. Tous les soirs, il y a du football à la maison. Je n'arrive pas forcément à décrocher. Même en regardant les matches de foot tranquillement dans mon canapé, je vais essayer de penser à ce que je peux faire. Quand je suis devant de la Ligue des Champions, je vais analyser les déplacements, les contrôles pour se mettre dans le sens du jeu... Je vais vraiment tout analyser. En étant plus ou moins focus. Parfois, je ne suis pas non plus avec mes lunettes en train de noter sur mon ordinateur. Mais c'est vrai que j'ai cette passion-là de regarder des matches parce que je m'inspire de tous les joueurs. Parfois, c'est vrai que ça peut être un peu abusé.
Du coup, à la maison, que pense votre compagne du foot en continu ?
P.P. : (Il sourit.) Parfois, elle dit que j'abuse un peu et ça peut donner quelques prises de tête.
Quelle équipe actuelle peut par exemple titiller votre curiosité footballistique ?
P.P. : Je dirais Lens. J'aime bien ce qu'ils font. C'est pas mal avec leur système, qui ressemble au nôtre. C'est une équipe qui est très forte. Mais sinon, j'ai toujours aimé le Barça, une équipe qui joue vraiment au football et j'ai toujours été attaché à cette équipe-là.
Le Barça, c'était votre premier maillot quand vous étiez petit ?
P.P. : Oui, oui. Avec celui de Marseille.
Au début, à Lorient, ça se passait mal
Votre saison actuelle est en tout cas la récompense d'une certaine patience que vous avez pu avoir dans votre parcours professionnel...
P.P. : J'ai commencé sur le tard. À 16 ans, Rennes ne m'a pas gardé dans son centre de formation, ils ne me sentaient pas prêts. J'avais un retard morphologique, j'étais vraiment tout frêle et Lorient, c'était un peu leur ADN, leur profil. Du coup, ils m'avaient regardé, ils avaient appelé mon père et j'avais été voir comment ça se passait sur une semaine. J'avais plutôt bien aimé et j'avais signé au centre de formation.
Avec une amertume, vis-à-vis du Stade Rennais ?
P.P. : Ah non, pas du tout. Mon père, je sais que, lui, avait eu ce petit coup-là avec les personnes de l'époque. Mais, moi, j'étais petit, j'étais dans mon truc... Rennes, c'est le club où j'ai été voir mes premiers matches de foot, où j'ai été voir mon père jouer pour la première fois. En tout cas, mes premiers souvenirs, c'est quand il est à Rennes. C'est un vrai bon club.
Pourtant, quand vous intégrez le FC Lorient, l'envie d'arrêter le foot vous traverse l'esprit...
P.P. : Au début, ça se passait mal. J'étais arrivé en deuxième année de centre de formation, tous les groupes étaient déjà créés, moi j'arrivais comme ça et, en fait, j'étais blessé donc je ne jouais pas, j'étais tout le temps en soins. Et pour s'intégrer, quand tu n'es pas sur le terrain, c'est compliqué. Je me demandais vraiment ce que je faisais là. J'allais en cours, je dormais quand je rentrais dans ma chambre, j'étais isolé, seul, je me mettais dans ma bulle. C'est vrai que ce n'était pas dingue. J'ai eu une discussion avec mon père qui m'a demandé : "Est-ce que tu veux vraiment faire ça ? Parce qu'il va falloir t'accrocher, ce n'est pas facile, il faut faire des sacrifices." On en a discuté et je lui ai dit que, oui, c'était vraiment ça que je voulais faire. J'étais passionné. J'ai commencé à rejouer, j'ai pris sur moi, c'est reparti et j'ai commencé à être plus heureux dans ma vie. Mais je n'ai pas des bons souvenirs du centre de formation.
Qu'auriez-vous fait si vous aviez arrêté le foot ?
P.P. : Bonne question, je ne sais pas du tout (il sourit.) !
Et même en pro, c'est loin d'avoir été un long fleuve tranquille...
P.P. : En arrivant en pro à Lorient, j'ai été prêté (NDLR : à Nîmes, puis à Laval). Ces prêts m'ont fait beaucoup de bien, ils m'ont vraiment été utiles. J'ai pris beaucoup en maturité, même au niveau confiance sur le terrain. Le fait de partir aussi de la Bretagne, de ma région... Quand Lorient est descendu en Ligue 2, j'ai pu jouer. J'étais content parce que jouer dans mon club formateur était quelque chose que je voulais avant de vouloir partir voir ailleurs. Réussir à le faire monter de nouveau en Ligue 1 est quelque chose qui m'a touché. C'est un club qui m'a tout donné, même si au début ce n'était pas forcément royal car je ne jouais pas. Je suis très content de pouvoir m'éclater au plus haut niveau.
Le prêt à Laval, je m'en rappellerai toujours
On a contacté Olivier Frapolli, qui vous a coaché lors de votre prêt au Stade Lavallois. En plus de se souvenir que votre passage en Mayenne a été très réussi, il se demandait dans quel domaine vous aviez le plus progressé avec Laval ?
P.P. : Je dirais sur mon intensité offensive, aller dans la surface adverse, attaquer les espaces. Et même sur le plan défensif aussi parce qu'on était une équipe qui défendait et contre-attaquait beaucoup. J'ai beaucoup progressé. Les prêts, quand tu joues, tu prends aussi de la confiance et à Laval, j'étais en totale confiance. Ce prêt, je m'en rappellerai toujours, il m'a vraiment aidé car à Lorient, j'étais dans une impasse et j'avais perdu ce plaisir de jouer.
Vous partez à Laval en janvier de la saison 2023/24, où vous ne jouez pas du tout avec Lorient en Ligue 1. Dans quel état d'esprit y allez-vous ?
P.P. : C'est un autre moment dur. Tu vas au Stade Lavallois : il faut que ça se passe bien ! Mais j'avais vraiment envie d'y aller, car ça reste un bon club de Ligue 2. D'ailleurs, ils sont dans le dur cette année, malheureusement. Mais, à l'époque, j'y vais vraiment avec l'intention de reprendre du plaisir à jouer. En plus, c'est une équipe qui fonctionnait très bien.
Jusqu'à aujourd'hui, donc, et cette très belle saison. Comment gérez-vous ce début de notoriété ?
P.P. : Ça va, je le gère plutôt bien. C'est vrai que, je pense, j'ai été aussi habitué avec mon père. Quand j'étais petit, qu'on l'arrêtait dans la rue pour lui demander des photos... J'ai été baigné là-dedans. Donc je dirais que ce n'est pas quelque chose de nouveau pour moi, même si ce n'est pas commun d'avoir cette notoriété.
La dernière question, elle est signée Frédéric Bompard, votre entraîneur lors de votre prêt au Nîmes Olympique. Au-delà de dire que vous êtes un artiste, il souhaitait savoir, avec le football qui vous caractérise, dans quel club vous verriez-vous bien jouer un jour ?
P.P. : Waouh. (Il réfléchit.) Pour moi, le prime, c'est Barcelone. C'est vraiment l'équipe, le club où j'aimerais jouer à mon prime, comme on dit. C'est l'équipe qui a bercé mon enfance, vraiment. Je regardais tout le temps leurs matches. Avec la MSN (Messi, Suarez, Neymar), c'était incroyable. Et c'est vrai que je suis tombé amoureux de ce club-là.
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Pablo Pagis en 2022 avec Nîmes.

Crédit: Getty Images


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