Criminels en cavale et appui du Kremlin : 1XBet, le sulfureux partenaire du PSG

Eurosport sur Google

Cette semaine, le PSG a officialisé la prolongation de son partenariat 1xBet pour trois saisons supplémentaires. Une marque inconnue du grand public qui cache pourtant des agissements illégaux. Notre journaliste Philippe Auclair dresse ici les multiples infractions et activités criminelles imputées à l'entreprise, proche du Kremlin. Sa place dans le football est pourtant grandissante.

1XBet, marque partenaire du PSG

Crédit: Getty Images

"1XBet, c'est le groupe Wagner des jeux d'argent. Une société que l'on dit proche du Kremlin, fondée par des anciens du FSB, qui ne craint pas d'opérer illégalement, d'encourager la corruption et de cibler agressivement le marché africain".
Celui qui dit ces mots n'est pas n'importe qui. C'est Corentin Ségalen de l'ANJ, Coordinateur de la plateforme française de la lutte contre la manipulation des compétitions sportives et Président du Groupe de Copenhague, l'une des voix qui portent le plus en Europe quand il s'agit du monde opaque des sites de paris illégaux.
On ne va pas tourner autour du pot: illégal, 1XBet l'est (*). Y compris en France, malgré les efforts constants du bookmaker russo-chypriote de contourner les réglementations en place dans notre pays, où il est interdit. Ceci n'a pas empêché le Paris Saint-Germain de prolonger son contrat de partenariat avec 1XBet jusqu'en 2028 il y a quelques jours, et de publier un communiqué dont le contenu va faire s'étrangler tous ceux qui luttent contre l'emprise croissante de ce géant des paris en ligne.
" Au cours des prochaines saisons, 1xBet conservera son statut de Partenaire Officiel de Paris et son logo sera affiché sur des panneaux LED et des tapis 3D visibles à l'international. Ce partenariat comprend également la création de contenu commun pour les réseaux sociaux du Paris Saint-Germain et d'autres plateformes numériques. De plus, 1xBet fera régulièrement appel à des joueurs légendaires du club français pour ses activités, offrant ainsi des expériences uniques aux supporters et à ses partenaires".
Vous aurez peut-être remarqué la nuance "visible à l'international". Ceux qui regarderont les matches du champion d'Europe en France n'auront pas la moindre idée qu'il a choisi de s'associer avec l'un des acteurs les plus sulfureux d'une industrie dans laquelle il y a pourtant une sacrée concurrence en la matière. Il en ira tout autrement à Rabat, Dakar, Mumbai ou Mexico City, technologie aidant.

Naissance en Russie mais fuite à Chypre

Un peu d'histoire, pour commencer. Elle vaut la peine d'être contée.
Nous sommes aux début des années 2010 à Bryansk, en Russie, non loin de la frontière ukrainienne, où trois hommes nommés Roman Semiokhine, Dimitri Kazorine et Sergeï Karshkov ont créé leur "Bookmakers Pub", une modeste officine qui va devenir en l'espace de quelques années le siège d'une fructueuse opération de paris en ligne, bien que n'ayant pas demandé (ou acquis) de licence de l'Office fédéral des impôts de Russie, comme requis par la loi. Semiokhine et Kazorine sont des "hommes d'affaire", Karshkov un officier supérieur du renseignement russe (il atteindra le grade de major avant de s'enfuir à Chypre), le responsable régional du service anti-cybercriminalité du Ministère russe de l'intérieur.
Le succès du "Bookmakers Pub", devenu 1XBet, n'échappe pas aux autorités, qui découvrent que le trio a amassé des revenus de l'ordre d'un demi-milliard d'euros - non déclaré au fisc - entre 2014 et 2019. Mais Semiokhine, Kazorine et Karshkov sont déjà loin, à Chypre, dont ils ont obtenu la nationalité en achetant un "passeport en or".
Cet exil forcé marque la vraie naissance de 1XBet, jusque-là surtout actif en Russie et dans les pays de l'Est, mais dont la politique d'expansion hyper-agressive va faire un leader mondial, dont le chiffre d'affaires exact est inconnu, mais dépasse allégrement les 10 milliards, selon les estimations les plus prudentes. 1XBet avait fait de l'Afrique sa cible numéro 1 et est parvenu à ses fins, en se servant de filiales régionales confiées à des sous-traitants africains qui versent ensuite leur tribut à la maison-mère - laquelle ne paie aucun impôt sur ses bénéfices.
picture

Le logo de 1Xbet, partenaire du PSG

Crédit: Getty Images

Influenceurs et ambassadeurs

La recette ? Tout d'abord, un mépris total des réglementations locales, au point que 1XBet était jusqu'à récemment le sponsor maillot du Raja Casablanca, alors que l'opérateur n'est pas seulement illégal au Maroc, mais fait aussi l'objet d'une plainte criminelle déposée par les autorités. 1XBet est aussi visé par des poursuites en Inde et est black-listé dans tous les pays d'Europe sauf deux, l'Espagne et l'Irlande.
Ensuite, 1XBet propose des cotes beaucoup plus généreuses que celles offertes par les opérateurs légaux, qui, eux, paient leurs impôts (ceci explique cela), ce qui ne signifie pas que les clients plus chanceux de 1XBet reçoivent toujours leur dû.
Enfin, le recrutement d'une armée d'ambassadeurs et d'influenceurs dont la plupart perçoivent un pourcentage des pertes enregistrées par les parieurs qui utilisent leurs "codes bonus". Parmi ceux et celles-ci, la star du porno russe Eva Elfie et la légende du football camerounais et actuel président de la Fécafoot Samuel Eto'o, en dépit des statuts de la Confédération Africaine de Football (CAF) et de la Fifa qui interdisent ce genre de partenariat. Il est vrai que la CAF a aussi fait de 1XBet un sponsor officiel de ses compétitions les plus prestigieuses, dont la prochaine se jouera... au Maroc. Jolie migraine en perspective pour les organisateurs.
picture

Samuel Eto'o

Crédit: Getty Images

Et n'oublions pas les clubs qui empochent les millions d'euros pour être "partenaire officiel" de l'opérateur. En France, l'OL et le LOSC l'ont été avant de se raviser. Le PSG, lui, a persisté et signé. On ne sait pas exactement combien cela rapporte aux Parisiens, mais, au vu de l'extension des activités promotionnelles communes, du statut de champion d'Europe du PSG et des tarifs pratiqués dans ce domaine, 15 millions d'euros par saison paraissent un minimum. Les opérateurs illégaux comme 1XBet paient en effet davantage que leurs concurrents licenciés. Une sorte de prime au crime, si vous voyez ce que j'entends par là.
Barcelone est un autre de ces partenaires, mais Barcelone a au moins l'excuse que la marque 1XBet a acquis une licence en Espagne via une minuscule succursale de Valence.

"Fake games"

Cela, quand 1XBet est l'objet de sanctions imposées par le président Zelensky en personne, en qualité d'entité proche du Kremlin. Les fugitifs et le régime poutinien se sont en effet vite rabibochés. L'opérateur a mis de l'huile dans les rouages en devenant sponsor du club le plus proche du FSB, FC Dynamo Moscou, en 2020, et opère toujours en Russie via sa filiale Melbet. 1XBet s'était aussi engagé à verser 1% des mises placées sur son autre filiale 1XStavka aux "héros russes de l'opération militaire spéciale" en Ukraine.
Comme l'a révélé une enquête conjointe de Bellingcat et de Josimar, 1XBet organise aussi plus de 500,000 (vous avez bien lu) "fake games" truqués (*) de football en salle à quatre, six ou huit qui se jouent 24h sur 24 dans des clubs russes, histoire d'alimenter la gamme de rencontres offerte aux plus accro de leurs clients.
Mais pour Richard Heaselgrave, le nouveau "Chief Revenue Officer" du PSG, 1XBet n'est pas un bookmaker fondé par des criminels en cavale, un opérateur illégal, un vampire de la jeunesse africaine ou un appui du Kremlin. Non, 1XBet est "une marque mondiale qui partage notre ambition d'innovation et de croissance internationale".
Nous voilà rassurés.
(*) En vertu de l'article 3 de la Convention de Macolin, signée et ratifiée par la France, un pari sportif illégal est "toute activité de pari sportif dont le type ou l'opérateur n'est pas autorisé en vertu du droit applicable dans la juridiction où se trouve le consommateur". Autrement dit, si un opérateur accepte les paris de résidents d'un pays dans lequel il n'a pas de licence, cet opérateur est illégal. Ce n'est pas parce qu'on a un permis de port d'armes au Texas qu'on peut sortir avec un revolver dans la rue à Paris.
(*) L'Espagne et l'Irlande sont les deux seuls pays d'Europe où 1XBet a acquis une licence. Celle qu'ils avaient au Royaume-Uni leur a été retirée après qu'on avait découvert que 1XBet proposait des paris sur des matches opposant des mineur.e.s et piratait des images de la Premier League, entre multiples autres infractions.
(*) Les joueurs qui participent à ces "matches", recrutés pour la plupart dans des clubs amateurs de la région de Bryansk, s'engagent à ne pas marquer plus de cinq buts, ce que les parieurs ignorent.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité