Débuts à 4 ans, Ajax et férocité : Aux origines des jumeaux Timber

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Journée particulière pour la famille Timber. Ce dimanche, Jurriën aura fort à faire avec Arsenal face à Chelsea. Le soir même, son jumeau, Quinten, devra aider l'OM à sortir de la crise face à l'OL. Un épisode de plus dans la longue histoire qui unit les deux frères. Pendant plus de vingt ans, de l’Ajax à la sélection nationale, ils ont cohabité tous les jours. Récit.

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Par Jérémy DOCTEUR
Dans la famille Timber, on demande les jumeaux. Jurriën et Quinten, les plus jeunes d’une fratrie de cinq garçons, ont (presque) tout fait ensemble depuis leur naissance en 2001, à Utrecht. Jusqu’aux sommets, d’une certaine manière, en septembre 2024, lorsqu’ils ont porté en même temps la tunique des Pays-Bas contre la Bosnie. Jadis, les Bataves ont d’ailleurs déjà eu Willy et René van de Kerkhof puis Frank et Ronald de Boer, ce dernier, ex-coach des jeunes à l’Ajax, baptisant les Timber les "autos tamponneurs".
Gamins, au foot, à l’école, avec la bande de copains, ils se suivent partout. Mieux encore, jusqu’à la vingtaine passée, ils dorment encore dans la même chambre. Il faut dire que le cocon familial est un havre de paix. Leur maman, Marilijn, ancienne artiste de jazz, a élevé seule ses fils – Dylan joue au VVV Venlo, Shamier est dans l’informatique et Christopher est un des agents de ses frères – leur offrant un cadre avec des valeurs. En 2018, ils optent pour un changement de nom : de Maduro, ils deviennent Timber. "C’est parfois agaçant, mais c’est elle qui décide", s’amusait Quinten auprès du média néerlandais NOS, tout en accusant Jurriën de ronfler et de parler dans son sommeil.

Une agressivité sans ballon qui plaît à l’Ajax

Jurriën et Quinten ont démarré au DVSU Utrecht à quatre ans, alors que la limite du club était de six, relate The Athletic. En observant les deux jumeaux lors d’un essai, les dirigeants ont décidé de faire une exception. À l’époque, le bruit court que les deux frères de Dylan, d’un an plus âgé, sont excellents. Si la plupart des enfants tombent en essayant de taper dans la balle, les Timber dribblent avec. Par la suite, des grandes écuries vont les suivre et ils ont sept ans quand ils rejoignent Feyenoord. Ils y restent jusqu’à 13 ans, avant de débouler chez la grandissime Ajax. Un pas de géant pour des ados.
"On ne se rendait pas compte, mais avoir tout le temps l’autre à ses côtés nous a aidés", confiait Jurriën Timber. "Ça a été une grande étape pour eux. Ils avaient quelque chose de différent par rapport aux joueurs du centre de formation. Ils ont su adapter leur style tout en apportant leur touche", applaudit Peter van der Veen, entraîneur des frangins chez les jeunes en club mais aussi en équipe nationale U16.
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Quinten et Jurrien Timber lors de leur sélection commune en 2024

Crédit: Getty Images

Quelques années plus tard, ils signent leur premier contrat pro. La matière brute est solide, reste à développer ce potentiel, comme le racontait Ronald de Boer à The Athletic : "Ils avaient du talent, mais ce n'étaient pas les plus forts. Au départ, ils couraient avec la balle et la perdaient, mais ils étaient si solides qu’ils revenaient pour la récupérer. C’était leur qualité principale : l’agressivité sans ballon. En parallèle, ils ont progressé dans leur placement et leur capacité à le garder." Peter van de Veen décrit des profils similaires : "Ils avaient ces qualités incroyables en transition défensive. Ils ont progressé avec la balle, pour rester calme et aptes à prendre la bonne décision sous pression."
Ne jamais laisser une miette pour gagner
Quand ils avaient une quinzaine d’années, Marink Reedijk les a coachés à l’Ajax. "Ils ont toujours été considérés comme de bons joueurs, mais je ne suis pas sûr qu’ils étaient parmi les meilleurs, souligne-t-il, avant de pointer un aspect crucial. Il y a des joueurs très talentueux qui ne comptent que sur ça : il y a de fortes chances que l’absence de boulot les rattrape. C’est ce qui fait la différence à la fin. Ce dont je me souviens le plus, c’est leur volonté de travailler pour arriver où ils sont aujourd’hui, toujours volontaires pour explorer de nouvelles facettes." Dont une insatiable soif de victoire : "Ils étaient calmes et gentils, mais une fois sur le terrain, ils se transformaient. À cet âge, c’était assez remarquable à quel point ils ne voulaient jamais laisser une miette."
Peter van der Veen abonde en ce sens : "Ils savaient être durs à l’entraînement, ils envoyaient des tacles. Jamais par méchanceté, mais parce que peu importe l’exercice, ils voulaient gagner. Cette arme était valorisée. Ils avaient cette espèce de feu en eux. Le foot, c’est aussi une question de mentalité." À l’Ajax, il leur arrive de jouer tous les deux au milieu ou en défense. "Quinten a même été attaquant. Pour le développement d’un jeune, c’est toujours bien car tu apprends de chaque zone du terrain, tu vois les schémas différemment. À 14-15 ans, le cerveau intègre facilement. Jurriën peut tenir tous les postes de la défense et Quinten peut jouer 6, 8 et même 10. Quand je le regarde aujourd’hui, je revois sa manière de ‘scanner’ au milieu avant de recevoir la balle, il a affiné cette maîtrise de l’espace."
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Jurriën plus réservé, Quinten l’extraverti

Leur ressemblance confondante amuse Marink Reedijk : "Ils sont très proches et parfois c’était difficile de les reconnaître. Quand en une fraction de seconde, tu devais lancer un nom, tu trouvais des petits traits distinctifs pour les différencier, comme la couleur des chaussures… Mais s’ils mettaient les mêmes, ça se gâtait ! Au final, en les voyant tous les jours, ça devient plus facile."
S’ils sont très similaires physiquement, il y a quelques nuances dans leur caractère. On dit d’ailleurs de Jurriën, fait capitaine des U19 par John Heitinga, qu’il a muri un peu plus vite. Leur maman racontait à la presse néerlandaise : "Jurriën est un garçon très silencieux qui n’a aucun problème avec les règles. Quinten s’agace un peu plus vite, il est plus susceptible de répondre."
Peter van der Veen embraye : "Autour de 16 ans, Quinten était dans mon groupe ‘mentors’. Il était extraverti et ouvert. Jurriën était davantage réservé, mais à l’époque, je le trouvais plus sérieux. Je me souviens avoir parlé à Quinten de l’importance de la nutrition par exemple. Quand je le vois aujourd’hui, il a fait tous les ajustements. Les deux étaient très polis et la manière dont les jeunes échangent avec les adultes en dit beaucoup. Il y avait beaucoup de respect et de reconnaissance." Marink Reedijk dépeint des "enfants doux et avenants avec tout le monde." "Leur humilité ressortait clairement. Leur personnalité n’était pas du genre ‘Eh, regardez-moi !’ mais plutôt : ‘J’adore jouer au foot et je veux le faire du mieux possible’. Ils se mélangeaient parfaitement avec les autres". Peter van der Veen reprend : "Ils étaient assez silencieux au départ, mais c’est facile de se faire des amis quand tu es bon, parce qu’on t’apprécie."
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Quinten Timber et Valentin Barco au duel lors de MArseille - Strasbourg, le 14 février 2026

Crédit: Getty Images

L’ascension au haut niveau… chacun de son côté

En mars 2020, frappé par une vague de blessures, Erik Ten Hag, l’entraîneur de l’équipe première, est convaincu par un adjoint, Winston Bogarde, de tenter le jeune Jurriën qu’il a connu chez les jeunes. Ce sera sa seule apparition en pro avant que le Covid-19 ne stoppe toutes les activités. C’est lors de l’exercice suivant, comme central ou latéral droit, que l’actuel joueur des Gunners s’est imposé. À l’inverse, Quinten, qui s’était blessé gravement, n’aura jamais cette chance et finira par prendre une décision : pour avoir du temps de jeu, il doit partir. Leur dernière apparition commune avec l’Ajax intervient contre le PSV U21 en septembre 2020.
"On s’était habitué à plus ou moins passer chaque jour de notre vie ensemble. On n’avait connu que ça. Mais on savait que ça arriverait. Bizarrement, ça semblait naturel, comme avec nos autres frères", contait Jurriën. Côté Quinten, on estime "faire un pas en arrière pour en faire deux en avant après. Un choix à faire pour jouer au plus haut niveau", confiait-il au Times. Surfant sur une année très convaincante au Utrecht FC, le milieu de l’OM rejoint Feyenoord en 2022, devenant un rival direct de son "pote" dans la course au titre. Le duo a même scellé un pacte : l’un ou l’autre doit être champion, pas le PSV. Et à ce petit jeu, c’est l’équipe de Rotterdam qui a été sacrée en 2023 sous la houlette d’Arne Slot.
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Jurrien Timber

Crédit: Getty Images

Une Coupe du monde ensemble ?

La route "alternative" de Quinten porte ses fruits. Surtout que les deux restent très proches géographiquement : une heure de route sépare Amsterdam de Rotterdam. À la maison, ils causent foot mais s’interdisent de raconter les secrets de vestiaire. Les frangins s’épanouissent, Jurriën est un membre éminent de l’Ajax. "Il n’a peur de rien. Je me souviens de son premier match de C1, c’était comme s’il en avait déjà joué 100", applaudissait Ronald de Boer dans The Athletic. De quoi attirer l’attention de géants européens comme Arsenal, qui le recrute à l’été 2023 tandis qu’Erik Ten Hag avait tenté de l’enrôler à Manchester United un an plus tôt.
Pour la première fois, ils sont séparés par des frontières, mais la proximité de l’Angleterre facilite les retrouvailles à Noël ou pendant les trêves. Un soutien crucial quand Jurriën subit une rupture des ligaments croisés lors de son premier match de Premier League. Peter van der Veen salue un écosystème familial solide : "Ils sont tous très proches. Christopher était souvent là avec sa mère aussi. Elle a sacrifié énormément pour eux, alors je suis vraiment heureux qu’ils puissent lui rendre maintenant. Elle était très impliquée, on a beaucoup discuté de leur développement, bien au-delà du football."
Force est de constater qu’à l’heure des comptes, chacun a tracé sa route avec succès. "J’ai toujours des frissons quand ils font un bon match, avoue-t-il. Le foot va très vite, et même si c’est rare, c’est toujours sympa de les revoir, de se prendre dans les bras et se remémorer des bons moments." Pour la suite, ces jumeaux issus d’une famille croyante, qui ont déjà joué quatre fois ensemble avec les Pays-Bas, font peut-être le vœu de partager de nouveau une chambre, cette fois lors de la prochaine Coupe du monde.

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