Ligue 1 | Il était une fois, la magie Hatem Ben Arfa à l'OGC Nice

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C'était il y a dix ans. Souvenez-vous, la saison 2015-16 de notre chère Ligue 1. Avec un PSG surpuissant (31 points d'avance sur Lyon, 2e). Et une équipe qui a fait frissonner toute la France du foot : l'OGC Nice de Claude Puel, qui termine quatrième, à deux points de la Ligue des Champions. Avec, sur le terrain, un maestro nommé Hatem Ben Arfa, revenu à son meilleur niveau. Souvenirs et volupté.

Cacophonie à l'OM : "Il n'y a rien de cohérent dans ce club"

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Geoffroy-Guichard, septembre 2015. C'est le match du dimanche soir, sur Canal+. Rendez-vous toujours incontournable pour n'importe quel fan de la Ligue 1. Ce soir-là, le Saint-Étienne de Christophe Galtier reçoit l'OGC Nice de Claude Puel. Peut-être pas l'affiche la plus clinquante, mais c'est la date choisie par Hatem Ben Arfa pour livrer un moment rare. Dans un début de saison jusque-là encourageant pour lui et le Gym (deux buts, une passe décisive sur les six premières journées ; deux victoires, deux nuls, deux défaites pour son équipe), Nice vient de frapper très fort quatre jours auparavant en éparpillant les Girondins de Bordeaux à l'Allianz Riviera : 6-1 ! Avec un doublé, déjà, de Hatem Ben Arfa.
En ce dimanche, Romain Hamouma et les Verts sont prévenus. Et pourtant. Vincent Koziello ouvre la marque dès la cinquième minute, après un centre de Ricardo Pereira, servi à la base par Ben Arfa. Si Perrin égalise, la fin de première période va être "Ben Arfesque". Un premier but d'une demi-volée tout en maîtrise dans le petit filet opposé de Stéphane Ruffier. Avant, six minutes plus tard, de nous offrir une œuvre d'art. Un ballon récupéré aux trente-cinq mètres, puis un festival de dribbles. Ni Jérémy Clément, ni Fabien Lemoine, ni Pierre-Yves Polomat, ni Florentin Pogba, ni Loïc Perrin, tous proches de lui à un moment donné sur l'action, ne parviennent à le stopper. Polomat prend même son petit pont, juste avant la finition pied droit. Du grand art.
"On peut presque faire un copier-coller avec le but de Maradona, rigole encore aujourd'hui Romain Genevois, dans l'effectif du Gym en cette saison 2015-16. C'est ça qui est assez incroyable." Nice ajoute un quatrième pion en seconde période, par Jean Michael Seri, avec encore un Ben Arfa à l'origine de l'action. "Ce match est particulier pour moi parce que c'est mon premier but en Ligue 1, rembobine, dix ans après, Vincent Koziello. Mais il y a cette masterclass de Hatem, qui met deux buts fantastiques. C'est ce soir-là où le football français a compris qu'il se passait quelque chose à Nice."
Même si le Real Madrid m'avait appelé, je serais allé à Nice
La construction d'une telle saison, à la fois collectivement et individuellement, démarre en fait bien des mois auparavant. Nos quatre témoins l'ont tous signalé. L'histoire de Ben Arfa à Nice aurait d'ailleurs pu se lancer six mois avant. Son transfert est même officialisé en tout début de mercato d'hiver, en janvier 2015. "Nice a été le premier club intéressé et en quelques minutes mon choix était fait de venir ici, lance Ben Arfa devant les médias à l'époque. Même si le Real Madrid m'avait appelé, je serais allé à Nice." Problème, la FIFA empêche l'international français d'évoluer avec les Aiglons, considérant qu'il a déjà joué avec deux équipes différentes cette saison-là, à Hull City et à Newcastle (où il n'avait pris part qu'à un seul match avec les U21).
Malgré tout, Ben Arfa est autorisé à s'entraîner avec le club. "On avait été déçus", avoue Romain Genevois. "J'en avais l'image d'un crack, d'un joueur que j'aimais regarder en Ligue 1 et en Premier League, explique, de son côté, Vincent Koziello. Je me souviens d'un match à Lorient, où je n'étais pas dans le groupe. Je m'entraînais donc avec les joueurs dans mon cas ou blessés, et Hatem faisait partie de cette séance-là. J'étais stagiaire professionnel, et m'entraîner avec lui, ce sont des images qui restent gravées." Toutefois, rien ne dit que Ben Arfa sera un joueur niçois pour la prochaine saison. "Nous, on se dit : 'Allez, c'est fini.', se souvient Kévin Gomis, également là à l'époque. C'était une opportunité mais on s'est dit qu'il allait se remettre en jambes et partir ailleurs."
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Et pourtant... "Il avait donné sa parole au président (Jean-Pierre Rivère) qu'il ne pouvait pas signer tout de suite mais qu'il serait là en juin, note Koziello. Et en juin, il était là. Ca résume parfaitement son caractère." Kévin Gomis abonde : "On voit que c'est une personne qui a des principes et des valeurs. Il a dit : 'Non, je me sens bien ici.' Il avait des offres plus prestigieuses que Nice, mais quand il y est venu, il a ressenti de l'amour." A l'été, cette fois, c'est sûr : l'OGCN peut compter sur Ben Arfa. "Et là, on se dit : 'Waouh ! Quelle chance d'avoir un joueur comme ça dans notre effectif'", rêve encore Vincent Koziello. "Ça restait une surprise quand même, souligne Romain Genevois, avec le sourire. Et Hatem restait, malgré tout, un pari. Quand il arrive, on ne peut pas être certain à 100% de sa réussite. Le coach, Claude Puel, avait été mesuré à l'époque, avec un discours tempéré, en ne s'imaginant pas la saison qu'il allait faire ! Mais nous, on l'espérait dans un coin de notre tête. On s'est tous regardés et on espérait qu'il fasse une saison de fou."

Débuts en dents de scie et partie de poker

Hatem Ben Arfa débarque, en compagnie de joueurs comme Valère Germain, Jean Michael Seri, Ricardo Pereira, Maxime Le Marchand, "différents profils qui jouent au ballon, apprécie Kévin Gomis. Lors de la préparation, dans le fond, on sent que quelque chose se passe, que les relations se créent." Bernardo Silva et Layvin Kurzawa gâchent l'entrée en lice niçoise en s'imposant dans le derby pour la première journée (2-1, avec un Nice, à dix, renversé en seconde période). Si Ben Arfa marque son premier but de la saison le week-end suivant à Troyes, sur penalty, Nice se fait encore rattraper (égalisation troyenne à la 93e minute, 3-3). "Mais on fait un super match, relativise Gomis. Et là, à la fin, dans le vestiaire, ce n'est pas qu'on est étonnés, mais on se dit : 'C'est fort quand même ce qu'on fait.' On se dit qu'on tient quelque chose, qu'un truc se passe entre nous. Et ça n'a pas manqué..."
Première victoire devant Caen (2-1, un but de Ben Arfa), un nul à Angers (passe décisive pour HBA), un revers à Guingamp (0-1) signe que ce Nice peut être encore fragile. "C'était une équipe un peu bricolée, dit aujourd'hui Jérémy Pied, latéral droit niçois de l'époque. Pas grand-monde ne pouvait miser dessus. Sans savoir la saison que Hatem allait réaliser, beaucoup de gens disaient : 'Oui, on ne sait pas... Est-ce qu'il va nuire au groupe, au collectif ?' En fait, la mayonnaise a très bien pris entre des joueurs revanchards, moi inclus, des joueurs moins connus comme Mendy et Seri, des jeunes du centre comme Koziello... Une osmose s'est trouvée, et on s'est chacun bien complété."

"Un mec simple" et un état de grâce

C'est Kévin Gomis qui illustre peut-être le mieux la plénitude trouvée par Ben Arfa : "Hatem, c'est une star du football français, il faut dire les termes. Quand il arrive, certains le voient avec des yeux de fans. Et en fait, c'est un mec simple. On a pu faire des soirées entre nous avec Mathieu Bodmer, Yoan Cardinale, et Hatem chez des amis à Nice, en train de jouer aux cartes, faire un poker. Hatem, c'est surtout sa simplicité. Des repas de cohésion après l'entraînement où il est comme tout le monde. Ce genre de choses a pu démystifier un peu ce que les gens ont pu croire de Hatem."
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Doué est-il le joueur ultime du futur ?

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Derrière ce début de saison, ce sont vingt-neuf jours dingues entre le 19 septembre et le 18 octobre. Imaginez : Bordeaux à domicile ; Bastia, Saint-Etienne et Rennes à l'extérieur. Nice prend douze points sur douze, encaisse quatre buts et en marque... dix-sept ! Une folie furieuse, une expression collective généreuse, avec, en symbole, un magistral Ben Arfa qui envoie cinq buts et une passe décisive sur la période. Les Stéphanois, comme évoqué plus haut, ou Sylvain Armand, alors défenseur rennais, mystifié par HBA au Roazhon Park, en font des cauchemars.
On savait tous qu'il avait le potentiel de faire une carrière à la Messi"
"Chaque époque a sa difficulté, mais faire ce qu'il faisait, à ce moment, dans un football un peu plus moderne, plus compliqué, entre guillemets plus âpre, salue Romain Genevois. Ce n'est pas que ça nous choquait, on connaissait son talent, on savait tous qu'il avait le potentiel de faire une carrière à la Messi. Du coup, on était surpris sans être surpris. On savait qu'il en était capable, mais on en restait quand même admiratif. C'était une chance pour nous, et pour la Ligue 1, d'avoir un joueur de cette trempe-là et, encore plus, de jouer avec lui."
"Un génie du football, enchaîne Kévin Gomis. Sur cette série de matchs, il est stratosphérique ! On abordait les rencontres avec concentration et sérieux, mais sans énormément de pression. Il a fait ce qu'il savait faire et il n'y a que lui qui a ce secret. On avait le facteur qui fait que tu gagnes des matchs et qui fait que, derrière, on dit que Nice est costaud et beau à voir jouer."
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Doué ou Kanté : qui pour remplacer Ekitike ?

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Une incroyable série et un niveau de jeu très élevé qui font rire Vincent Koziello quand on lui rappelle les chiffres : "C'était impressionnant. Pourtant, on est en pleine bourre, et, derrière, on va au Gazélec Ajaccio, qui n'avait pas gagné un seul match de la saison. Et on se troue complètement (1-3). C'est un peu pour ça aussi qu'on n'a pas fait mieux que 4e, ce qui est très honorable. On est passés un peu au travers sur certains matchs. C'est le lot des équipes joueuses et jeunes. Puel a toujours assumé ce choix."

Retour en équipe de France et convoitises

Une dynamique et des performances qui offrent à Ben Arfa un retour en équipe de France, trois ans après le crash à l'Euro 2012, pour les matches de novembre face à l'Allemagne et l'Angleterre. Et dès le mois de décembre, des premières rumeurs d'un possible départ au mercato d'hiver sont évoquées. Mais hors de question pour le joueur et le club d'envisager déjà un transfert. Il attise en tout cas les convoitises de toute part. Jérémy Pied se rappelle encore des tentatives de l'équipementier Adidas pour le récupérer.
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Claude Puel avec Hatem Ben Arfa à Nice en 2016.

Crédit: Getty Images

Moins en vue statistiquement - il ne marque pas et ne délivre pas de passe décisive en Ligue 1 entre mi-octobre et mi-janvier -, le Nice de Ben Arfa gagne tout de même au Vélodrome et colle 3-0 à l'OL, entre autres. Le gaucher reprend sa marche en avant face à Angers, en janvier 2016, et reste plus que jamais l'homme providentiel. "Je me souviens d'un match contre Toulouse (NDLR : 24e journée, 1-0) où on avait galéré tout le match, illustre Jérémy Pied. À la mi-temps, il nous avait dit : 'Ne vous inquiétez pas, à un moment donné, s'il faut faire un truc, vous pouvez compter sur moi.' Et il le fait à la fin du match. Ça donnait beaucoup de confiance, car quand il disait quelque chose, souvent il le réalisait." Vincent Koziello observe : "On a senti tout au long de la saison un engouement qui grandissait, qu'on produisait du spectacle. Les gens étaient contents de venir et de revenir. Hatem était notre maillon fort au niveau du spectacle, il était toujours capable de sortir quelque chose de son chapeau, et je comprends les gens qui viennent voir des artistes comme ça ! Il a eu aussi une très bonne relation avec les supporters, avec sa chanson, il était adulé."

Une fin de saison stratosphérique

Déjà très bonne, sa saison va devenir exceptionnelle avec un dernier quart de championnat de très, très haut niveau : 6 buts et 4 passes décisives sur les huit ultimes rencontres. Dont un fabuleux triplé contre Rennes, à l'Allianz Riviera. Des Bretons qu'il aura décidément martyrisé. "On ne parlait pas dans la presse, on savait qu'on avait Hatem, sourit Jérémy Pied. La pression, ça le nourrissait. Sur ce triplé, il marque notamment d'une frappe de loin... Il était inarrêtable." En bouquet final, il y a ce Nice - Saint-Etienne de la 37e journée, essentiel pour valider une place européenne. Les Verts sont alors 4e, avec Nice juste derrière. La tension est palpable toute la rencontre. Avant que tout ne se débloque en fin de match sur deux buts de Valère Germain.
"C'était interminable, sourit Jérémy Pied. Quand on ouvre le score, cette explosion de joie dans le stade... Parfois, je regarde sur Internet. Je me rappelle des acouphènes, de ce bruit sourd. Des émotions extraordinaires." Pour Ben Arfa, une dernière passe décisive sur le but de la victoire à Guingamp lors de la 38e journée (3-2) conclut une saison fabuleuse : 34 apparitions, 17 buts, 6 passes décisives. Il est nommé au trophée UNFP du meilleur joueur de la saison, aux côtés de Lassana Diarra, d'Angel Di Maria et de Zlatan Ibrahimovic. Trophée que le Suédois remporte.
On s'est mis à son service"
Comment expliquer, dix ans après, une telle réussite ? "Quand on a un crack comme Hatem, lance Vincent Koziello, on essaie de le mettre dans les meilleures dispositions pour donner le maximum de son talent. Le coach Puel a été intelligent dans son système de jeu avec ce 4-4-2 en losange, où il était positionné en numéro 10 avec, derrière lui, nous trois avec Papy Mendy et Micka Seri. Une équipe où il pouvait prendre du plaisir. Et quand il en prend, il en donne à tous les amateurs de foot." Et Jérémy Pied d'avouer : "Hatem, c'était notre tête de gondole. On s'est mis à son service, mais on s'en est servi dans le collectif."
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PSG ou Bayern : qui est le favori ?

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Romain Genevois se souvient d'ailleurs : "Pour Hatem et un ou deux joueurs, il fallait accepter un certain management. Sans non plus qu'il y ait des passes droits de fou. Mais il faut dire que lui s'est tout de suite fondu dans le collectif, en s'entendant bien avec tout le monde." Il n'y a pas de secret, l'adage classique du "le groupe vit bien" était plus que jamais d'actualité à cette époque pour le Gym : "Tout le monde l'a accueilli les bras ouverts. Il était épanoui, ça se sentait dans les relations humaines, dans le groupe, promet Koziello. C'était un bonheur de l'avoir. Ce n'était vraiment pas le dernier à chambrer et à rigoler. Il était très jovial, blagueur."
Quand on lui signale que ça fait dix ans, Kévin Gomis l'avoue : "Je me dis, putain, j'ai pris un coup de vieux ! Mais je n'ai pas vu le temps passer, jusqu'à aujourd'hui, on me parle encore de cette période. De l'extérieur, les gens ont pu ressentir ce qu'on vivait à l'intérieur. Une époque où chacun prend du plaisir dans son football et où chacun a l'impression d'exprimer le meilleur de son football. Claude Puel y est pour beaucoup, avec la touche magie, la touche Ben Arfa. En fait, ce que je retiens de Hatem, c'est que c'est un mec simple, qui n'a pas eu une jeunesse facile, avec une médiatisation arrivée très tôt, mais il a des valeurs." Et Jérémy Pied de conclure : "Le fait de le retrouver à ce moment à son prime... Pas mal de gens disent que c'est un pur talent et qu'il n'en a pas forcément profité. Nous, on a eu cette chance."
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