Ligue 1 - J20 - Lens/Le Havre - La carrière de Sofiane Boufal est-elle remplie de regrets ?
Par Timothé Crépin
Mis à jour 30/01/2026 à 11:23 GMT+1
Pétri de talent, avec un sens rare du dribble, Sofiane Boufal aurait dû faire une plus grande carrière encore. Mais cet électron-libre, qui a toujours tellement vu son sport comme un jeu, ne pouvait peut-être pas voir encore plus haut au risque de se renier. Pour Eurosport, des personnalités qui ont croisé le désormais Havrais reviennent sur son parcours.
Sofiane Boufal face à Modric lors de la petite finale du Mondial 2022.
Crédit: Getty Images
Quel est le point commun entre Lars Jacobsen, ancien latéral droit quelconque de l'En Avant Guingamp, et Marcos Llorente, international espagnol de l'Atlético de Madrid, formé au Real Madrid ? Ils ont tous les deux, un jour, eu très mal au crâne après un duel avec Sofiane Boufal. En 2015 pour le premier, quand le jeune Boufal de l'époque, alors au LOSC, enchaînait quatre dribbles dans des directions différentes et rendait complètement fou le défenseur danois. En 2022 pour le second, lors de la Coupe du Monde au Qatar, et cette somptueuse feinte de corps pour éliminer le joueur de la Roja qui ne comprenait rien à ce qui lui arrivait.
Deux victimes, parmi d'autres, du génie de Sofiane Boufal. "Quand je suis sur le terrain, je ne calcule rien, affirmait-il, en 2022, à Onze Mondial. Parfois, je vais te faire un geste et tout de suite après, je peux me dire : 'Je viens de faire une dinguerie !' Je ne m’en rends pas compte. Par exemple, à la CAN 2021, contre le Ghana, à la fin du match, je fais un sombrero un peu à la Ronaldinho. À ce moment-là, je me dis : 'Ouah, le truc de fou que je viens de faire', puisque moi-même, je ne savais pas que j'allais faire ça. C'est venu d'un coup et c'est ce qui me caractérise."
Le transfert dans un très grand club qui aurait pu tout changer
Du Sofiane Boufal dans le texte. Des gestes dingues, une réputation de manieur de ballon hors pair, l'un voire peut-être le meilleur dribbleur que le Maroc ait connu... Des promesses folles quand Lille aligne 4 millions d'euros en 2015 pour le faire venir d'Angers, où il avait bien failli ne jamais signer professionnel. "J'ai vu toute son évolution, je l'ai lancé en pros pour la première fois, rembobine Stéphane Moulin, actuel entraîneur de Valenciennes, qui connaît très bien le profil du Marocain pour avoir été à ses côtés au SCO. Sofiane, c'est quelqu'un qui est un peu différent des autres. Je suis content de le revoir sur les terrains français, c'est agréable. Les gens viennent voir des joueurs comme lui au stade."
Onze buts et quatre passes décisives pour sa vraie première saison en Ligue 1 dans le Nord en 2015/16 (il remporte d'ailleurs le prix Marc-Vivien Foé du meilleur joueur africain du championnat de France). C'est tout droit, c'est tracé. Mais force est de constater qu'en 2016, le choix de Southampton a été un tournant négatif dans sa progression. Les Saints avaient claqué un peu moins de 20M€ pour l'enrôler. Il rejoint l'équipe entraînée par Claude Puel, de retour récemment à Nice, qui parle alors de Lionel Messi, Eden Hazard et Hatem Ben Arfa pour évoquer le talent intrinsèque de son joueur.
Mais Puel part dès 2017, et, ensuite, entre un prêt au Celta Vigo et des relations pas toujours stables avec les entraîneurs, Boufal n'a pas franchement avancé. Partenaire de vestiaire au LOSC, Steeve Elana revient sur le transfert de son ancien coéquipier en Angleterre : "A cette époque, il y avait eu des contacts avec des clubs très prestigieux, se souvient l'ancien gardien. Dont un qui aurait certainement un petit peu plus collé avec les ambitions qu'on pouvait lui prêter. Cela ne s'est pas fait, c'est l'histoire de sa carrière, c'est comme ça. Mais Sofiane Boufal, c'est un joueur qu'on aurait pu imaginer dans un club du top 10 européen."
"J'étais parano dans ma tête"
On a cru, en 2021, à un nouveau départ, quand il fait son retour à Angers SCO. Il affiche 8 buts et 5 passes décisives sur l'exercice 2021/22. Avec, évidemment, le souvenir de la Coupe du Monde où il fut plus qu'à la hauteur, à l'image de son pays, demi-finaliste. Jusqu'au choix - décevant - de rallier le Qatar quelques semaines après avoir régalé lors du Mondial. "Par rapport à ce qu'il avait dans les jambes, même s'il a fait une belle carrière, je m'attendais à ce qu'il touche un bon club européen, et qu'il y réussisse", abonde également Rio Mavuba, ancien partenaire à Lille.
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Avec Lille, Boufal donne du fil à retordre aux Parisiens David Luiz et Marco Verratti en 2015.
Crédit: Getty Images
Il est bien revenu en Europe, à l'Union-Saint-Gilloise, en Belgique, au mercato d'été 2024, mais il n'a jamais réellement trouver de continuité, malgré un titre de champion. Il n'y a eu que des séquences. On a en tête, par exemple récemment, sa bonne entrée face à l'OM en Ligue des Champions fin 2025. Mais c'est tout. Et ça résume peut-être grossièrement sa carrière : des illuminations, mais peu de régularité. Il a été capable de faire une introspection sur cette trajectoire : "Il y a des joueurs qui ont un talent 100000 fois supérieur au mien et n’ont pas fait le quart de ma carrière, analysait-il chez Onze Mondial. Il n’y a pas que le terrain, il faut regarder tout ce qu’il y a autour. J’ai aussi croisé des requins dans ma carrière, mais c’est normal, j’étais seul dans le milieu, je ne savais pas comment les choses devaient se passer, donc j’étais naïf. Je prenais les mauvaises décisions, j’étais parano dans ma tête, je m’enfermais dans ma bulle, je voyais noir et je faisais n’importe quoi. Quand je parlais avec des gens, je voyais du mal partout, je pensais que tout le monde mentait, alors que non. Je remettais en doute tout ce qui pouvait se passer autour de moi. Mon cerveau était mangé. Je pensais que tout le monde voulait me la faire à l’envers. À cause d’une mauvaise expérience, tu peux devenir bizarre et te fermer des portes. J'aurais pu avoir une trajectoire différente si j'avais fait les bons choix."
"Les dribbles, il les invente"
Alors qu'il aura 33 ans cette année, Sofiane Boufal a-t-il encore la forme physique (il a été plusieurs fois touché ces dernières années en Belgique) pour se rappeler à nos doux souvenirs de lui ballon au pied, et cette imprévisibilité folle qui en faisait un joueur dont on ne voulait pas rater les rencontres ? "Je suis content de le revoir en Ligue 1, sourit Rio Mavuba. Il en aura toujours un peu sous le pied pour nous faire des gestes dont lui seul à le secret. Après avoir observé Eden Hazard à Lille, je n'avais pas vu un joueur aussi à l'aise, d'être capable d'éliminer de cette façon, dans le dribble ballon au pied. C'est un des plus doués que j'ai pu rencontrer."
Entre-t-il alors dans la catégorie des gâchis du football ? "Oui et non, pense Stéphane Moulin. Il est comme ça, Sofiane, il souffle le chaud et le froid. Il enchante, mais il peut décevoir aussi. Il est à allé à un haut niveau, mais il fait partie de ces joueurs qui ont du talent dont on pense qu'ils pouvaient tutoyer le très, très haut niveau niveau. Il n'était pas loin. Mais il a toujours privilégié le geste au résultat, car ça reste d'abord un amoureux du foot, du jeu. Il n'y a que ça qui l'intéresse. C'est un merveilleux joueur." Steeve Elana réfute également le terme "gâchis" : "Pas jusque-là, souligne-t-il. Maintenant, je peux comprendre qu'il y ait une forme de regret, de frustration pour ceux qui l'apprécient. Car ce type de joueur, il est agréable pour tout amoureux du football."
Plus coriace pour ses entraîneurs, qui ont parfois eu des maux de tête sur comment appréhender l'artiste Sofiane Boufal, comment lui parler pour s'inscrire dans un projet collectif. Exemple avec Frédéric Antonetti qui a pu s'arracher les cheveux - c'est le cas de le dire - au LOSC pour que Sofiane Boufal s'améliore tactiquement dans ses devoirs offensifs et, surtourotégé. C'est un instinctif qui fait les choses comme il les ressent. C'est un gentil, très, très gentil, un artiste, entre guillemets. Mais c'est difficile pour lui d'être rigoureux, toujours dans un truc carré. C'est un garçon qu'il faut faire adhérer, qui en est capable, mais sur la durée, ce n'est pas ce qu'il préfère."
Rio Mavuba en rigole encore lorsqu'il repense aussi à la personnalité de Boufal : "Il est imprévisible, comme son jeu. Il a un fort caractère, mais qui le fait prendre des risques sur le terrain. Il ne se laissait pas marcher dessus." Finalement, c'est peut-être Steeve Elana qui relate le mieux le football selon Sofiane Boufal : "C'est un joueur qu'il fallait comprendre, qui avait besoin d'avoir un vestiaire fédérateur à côté de lui. Il aime la vie. Si vous avez peur de vous faire chambrer ou de rigoler, ne restez pas à côté de lui. Lors de repas, vous passiez votre temps à rire parce qu'il perçoit le foot comme un jeu. Je me souviens, un jour, dans le vestiaire, il était assis et il me disait que, les dribbles, il les invente. C'est son cerveau qui dit 'Allez, sors moi un dribble" pour s'extirper d'une situation qui se présentait. Ça le résume un peu.' Et de conclure : "Donc, oui, par moment, ça peut être frustrant pour ceux qui ont une vision moins fantasque du foot. Mais quand tu allies ce côté fantasque à l'efficacité, ça donne ce que Sofiane a pu être capable de faire."
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"Paris a beaucoup moins de certitudes que l'an passé"
Video credit: Eurosport
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RC Lens
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