Ligue 1 - Lorient sort d'une excellente saison mais voit son avenir en point d'interrogation, entre la multipropriété et le départ d'Olivier Pantaloni
Par Yohann Le Coz
Publié 10/05/2026 à 00:44 GMT+2
Le FC Lorient est à un tournant de son histoire. Au cœur d'une multipropriété sous l'égide de Black Knight Football Club, qui possède aussi Bournemouth, le club doit capitaliser sur sa très bonne saison 2025-2026, gérer les départs, trouver un nouvel entraîneur, se renforcer pour se maintenir dans l'élite... Et composer avec les ambitions du propriétaire qui imagine les Merlus en Europe.
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”Je voudrais féliciter Lorient, son entraîneur, son équipe. Lorient prend le ballon et essaye de jouer de derrière, c’est une équipe très courageuse.” Voilà une façon bien succincte de résumer la tactique mise en place par Olivier Pantaloni cette saison chez les Merlus. Le technicien corse n’a pas peur des idées osées, avec par exemple ses défenseurs centraux qui se positionnent régulièrement en meneurs de jeu à la relance. Mais quand le compliment vient de Luis Enrique, dont la qualité de son équipe est louée dans le monde entier, ça vaut son pesant de choix tactiques payants.
Lorient a déjà assuré son maintien depuis le mois de mars, mais pas question pour les Bretons de finir en roue libre. Ils ont continué à embêter les cadors du Championnat. Sur la phase retour, Pantaloni a trouvé la recette pour gagner contre Monaco, Rennes, Lens et Marseille en plus de gratter un nul contre le PSG et Lille. Le tout, avec le 11e budget de Ligue 1 (60 millions d’euros). Les Merlus ont ainsi transformé leur stade en place forte, où seuls Lille et Strasbourg ont réussi à s’imposer cette saison.
Pantaloni s'en va quand même
Cela ressemble à une excellente saison pour Lorient, neuvième avant la 33e journée. Pas assez exceptionnelle non plus pour finir pillé par des clubs de milieu de tableau en Angleterre, capable de poser une valise de cash sur le moindre attaquant à plus de six ou sept buts et quelques highlights sur YouTube. Pourtant, l’héritage de cet exercice 2025-2026, capital pour un club comme Lorient habitué aux remontées en Ligue 1, est à surveiller.
Olivier Pantaloni s’en ira à la fin de la saison. L'annonce a évidemment décontenancé et secoué le vestiaire, y compris certains cadres qui ont exprimé leur surprise dans la presse. D’autres, comme Pablo Pagis dans les colonnes de Ouest-France, ont déclaré leur flamme à leur entraîneur : ”Si je pouvais faire toute ma carrière avec lui, je le ferais sans problème”. Pour le moment, le nom de Will Still circule pour prendre la relève.
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Malgré un bilan plus qu’honorable, les négociations de prolongation avec Pantaloni auraient capoté en raison, notamment, d’une clause de rupture de contrat en cas de changement de politique sportive de la part du board. Black Knight Football Club, également propriétaire de Bournemouth, est devenu le seul actionnaire des Merlus cet hiver, tout en maintenant la présidence de Loïc Ferry. Un modèle qui a de quoi rappeler l’écosystème strasbourgeois.
Une ambition, oui, mais laquelle ?
On est encore loin de la situation explosive alsacienne. Mais trois joueurs, et pas des moindres, ont déjà pris la passerelle vers la Premier League et les Cherries (Romain Faivre, Eli-Junior Kroupi et Dango Ouattara) depuis l’arrivée du BKFC à l’actionnariat début 2023. Des départs logiques pour un club qui connaît bien sa recette, avec des recrutements de jeunes joueurs en développement, à faire pousser sur quelques saisons entourés des fidèles du club (Abergel, Mvogo, Talbi, Le Bris) avant de leur offrir de nouveaux horizons.
Le directeur sportif Laurent Koscielny, dans une interview au Télégramme, a d'ailleurs insisté sur la nécessité de protéger cette culture de travail, tout comme la dimension populaire et locale de l’institution. ”Dans le passé, j’ai refusé d’avoir certains joueurs (du groupe BKFC), parce que je pensais que notre effectif était bien pour obtenir le maintien”, a-t-il même assuré.
"Pourquoi ne pourrait-on pas battre tout le monde ?”
”Il faut être ambitieux, mais réaliste. Le projet à long terme, de pouvoir aller toucher une fois une coupe d’Europe, pourquoi pas, a-t-il poursuivi. Mais à moyen terme, on doit consolider nos fondations. C’est souvent la difficulté, de penser qu’à la sortie de deux bonnes saisons, en investissant plus sur des transferts et des salaires, on va réussir à aller en coupe d’Europe.”
Des paroles sages. Mais sont-elles audibles quand, de l’autre côté, le patron du BKFC, Bill Foley, lance auprès de L’Équipe ne voir ”aucune raison pour laquelle nous ne pourrions pas être en Ligue Europa ou en Ligue Conférence” ? ”On jouera l'Europe”, ”on est prêts à donner à Lorient les moyens d'être encore meilleur", ou encore ”pourquoi ne pourrait-on pas battre tout le monde ?”, voilà des mots qui devraient donner le sourire. Mais qui font aussi un peu peur.
Le décalage des discours n’a pas rassuré les quelques centaines de supporters lorientais qui ont défilé dans les rues de la ville en avril, main dans la main avec des Strasbourgeois, contre la multipropriété dans le football. Autant de personnes déjà échaudées par l’ensemble des expériences en Ligue 1 dans le domaine. Et peut-être par les ambitions un poil larges de Bill Foley.
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Des cadres vont partir
L’Américain, qui ne parle pas du tout français, souhaite à la fois ne plus être un club qui vend ses talents, créer des passerelles vers l’Angleterre, être un club formateur important en région bretonne, un point de chute pour des joueurs africains à fort potentiel… Cela fait beaucoup pour un club qui se veut aussi à taille humaine.
D’autant que les Merlus ne sont malheureusement pas la tête de gondole du groupe d’investissement. Pablo Pagis va partir cet été après son excellente saison et Bamba Dieng, en pleine renaissance, va bien éveiller quelques curiosités avec ses 14 buts inscrits, en plus de son expérience internationale. En plus des internationaux (Talbi, Dieng et Mvogo) qui vont goûter à la Coupe du monde, l’été 2026 sera un tournant pour pas mal de monde au club. La façon dont le virage estival sera négocié en dira beaucoup sur l’avenir.
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