Ligue 1 - OL-Botafogo, un grand flou pour une belle arnaque

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Depuis quelques jours, les grandes annonces des journaux brésiliens et les accusations de manquement de paiement de l'OL envers Botafogo défrayent la chronique. Le symbole de l'énorme flou qui entoure depuis deux ans la gestion de John Textor du groupe Eagle, et qui s'enfonce toujours plus dans les méandres financiers. Au grand plaisir de l'Américain.

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Video credit: Eurosport

Si vous ne comprenez pas grand-chose à la situation financière actuelle de l'Olympique Lyonnais, on ne vous en voudra pas. Tout le monde ne peut pas sortir d'HEC ou avoir intégré le FC Ebitda, comme certains supporters rhodaniens ont été obligés de le faire vu l'importance prise par l'économie au club depuis une dizaine d'années.
Pourtant, même eux peinent à comprendre et à suivre ce qui arrive à leur club ces derniers mois. A l'image des dernières nouvelles et cette ordonnance demandée par Botafogo - et accordée par un tribunal de Rio de Janeiro - estimant qu'Eagle devait environ 23,8 millions d'euros au club brésilien, et aboutissant à "la saisie conservatoire des actions d'Eagle Football dans Botafogo". Pour la faire simple, l'OL a bénéficié de deux prêts en 2024, remboursables un an plus tard. Mais la mauvaise gestion financière et, surtout, le changement de présidence ont poussé Botafogo à demander à la justice brésilienne de priver provisoirement Eagle de pouvoir au Brésil, pour le faire payer. Vu le passif entre les deux clubs, la manœuvre est osée, sacrément culottée même, mais bien pensée aussi.

Une manœuvre maligne de Botafogo

"Botafogo a la preuve qu'il y a eu des prêts entre Botafogo et Eagle Bidco, qui ont été payés sur les comptes de l'OL, explique Malek, ancien avocat aujourd'hui juriste à l'étranger et l'un des membres les plus avertis et précieux du "FC Ebitda". Ils disent donc : "On a la preuve que Botafogo a financé Eagle Bidco et l'OL. On a la preuve que l'OL et Molenbeek vont très mal. On a la preuve que Botafogo a joué le jeu de la multipropriété alors que Botafogo est l'anomalie – c'est le terme qu'ils utilisent – parce qu'il gagne des trophées, de l'argent, il a du succès, etc…"
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Afición de Botafogo

Crédit: Getty Images

"Les avocats de Botafogo se basent sur le risque d'insolvabilité d'Eagle Bidco pour demander la saisie de leurs biens, poursuit-il. Et c'est là où ils sont malins… Bidco étant anglaise comme entreprise, ils n'ont pas d'actif au Brésil…. À part leurs actions à Botafogo ! Et voilà que pour une dette de 23 millions, ils ont réussi à geler les actions d'Eagle Bidco". Un tour de passe-passe pas complètement sorti de nulle part qui symbolise surtout la multi-casquette de l'Américain.

La "banque" OL

"Bidco va jouer sur le fait que Textor, dans toutes ces transactions, a été juge, juré, coupable et plaignant, étant dirigeant de l'OL, de la Bidco et de Botafogo, s'amuserait presque Malek. Il dealait avec lui-même". Une manoeuvre qui laisserait presque croire que l'OL est en tort dans l'affaire. Surtout quand le journal brésilien O Globo sort de nouvelles informations ce mardi, selon lesquelles Botafogo réclamerait également 65 millions d'euros à Lyon pour des ventes "en-dessous du prix du marché". Une communication qui ressemble à s'y méprendre à une campagne de désinformation pour quiconque s'y intéresse de plus près.
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John Textor et son chapeau de cow-boy

Crédit: Imago

Pour comprendre la problématique des 23,8 millions, il faut revenir à la source du problème, parfaitement dissimulé par Botafogo : les manœuvres à la limite de la légalité de John Textor pour financer, principalement, le club brésilien et ses succès des dernières années. "L'OL a été utilisé pour subvenir aux besoins d'un propriétaire qui n'a pas de liquidités et qui n'est pas solvable, rappelle Cyril, chef d'entreprise plus connu sous le pseudonyme "Don Ramon" sur X. À partir du moment où il prend le pouvoir à Lyon, il en a fait ce qu'il voulait c'est-à-dire l'utiliser comme un actif pour subvenir à ses besoins de trésorerie. Et pour cela, il a vendu de multiples actifs (OL Reign, OL Féminin, LDLC Arena…) et a inventé un outil unique dans le foot : le transfert des droits économiques de joueurs, sans transfert de joueur". En gros, l'OL lui a servi de banque.

L'affacturage, nerf de la guerre économique

Luiz Henrique, Igor Jesus, Jair ou encore Thiago Almada ont souvent défrayé la chronique des transferts, mais seul le milieu argentin a finalement porté le maillot lyonnais. Et seulement en prêt. Et encore, là aussi, Botafogo se plaint de ne rien avoir reçu en compensation. Bien sûr, cette "plainte" n'est qu'affaire de communication et il ne faut pas s'y tromper, puisqu'il s'agit d'une partie du corps du problème. Toujours aussi bon parleur, John Textor est adoré au Brésil et il en joue. Il sait aussi que la justice brésilienne est très sensible à la protection des clubs et que c'est à son avantage.
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"Son but, c'est de forcer Arès à lâcher le club, en leur mettant un maximum de bâtons dans les roues possibles, explique Malek. Et tout ce qui sort actuellement va dans ce sens. Bien sûr que les 65 millions ne sont pas réels, et les dirigeants de Botafogo le savent très bien, ils prêchent 10% de vrai pour 90% de vent… Ils offrent une vision partielle, pour que ça donne une mauvaise image d'Ares. Ce sont des arguments légaux, mais de "mauvaise foi" juridiquement parlant". Alors comment démêler le vrai du faux ? En se penchant sur les chiffres, seule vérité dans une guerre de mots. Et rien n'illustre autant les dérives du modèle Textor que l'affacturage pratiqué par l'Américain. Voici un exemple :
- L'OL acte qu'il doit payer 120 millions (sur 4 ans à priori) à Botafogo pour les droits économiques des 5 joueurs en question (Luiz Henrique, Igor Jesus, Jair, Thiago Almada et donc Savarino)
- Botafogo revend ces 120 millions (sur 4 ans à priori) à une entreprise X, pour une somme quasi similaire, mais en cash immédiat, récupérant ainsi environ 100M de trésorerie
- Lyon doit alors toujours 120 millions (sur 4 ans à priori), mais à une entreprise X
Bilan : Botafogo a récupéré de la trésorerie immédiate et n'a plus rien à payer à l'avenir, mais l'OL est toujours endetté.

Plus de dettes pour l'OL, plus de trésorerie pour Botafogo

Mais le problème ne s'arrête pas, et c'est là que ça devient tordu et vicieux. "Lyon aussi a bénéficié de cette affacturage en quelque sorte, puisque l'argent est allé en partie dans le fonctionnement d'Eagle, analyse Cyril. Mais là où Botafogo en a tiré un bénéfice net, l'OL/Eagle l'a récupéré en "prêts" depuis le club brésilien, créant de nouvelles dettes à rembourser à l'avenir. Et ce sont justement les 22 millions dont ils parlent. Lyon a récupéré une dette à rembourser envers l'entreprise, mais aussi une dette "de prêt" à rembourser à Botafogo".
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Thiago Almada avec l'OL face à Reims, en février 2025.

Crédit: Getty Images

Lyon est donc doublement perdant et Eagle se retrouve avec des actions gelées pour de la simple circulation d'argent donné par l'OL à Botafogo. Quand la gestion catastrophique de Textor à Lyon se transforme en coup de génie pour le club brésilien. Il l'est même encore plus à la suite des transferts ironiquement mis en avant par Botafogo et John Textor comme "contraints d'être accepté malgré de fortes remises sur les ventes pour obtenir des fonds à court terme afin d'aider Lyon". Les fameux 65 millions réclamés. Un (nouveau) mensonge éhonté du dirigeant américain, puisque si l'OL bénéficiait effectivement des droits économiques sur les quatre joueurs en question, il n'en a tiré aucun bénéfice. C'est même tout le contraire.

Si Botafogo sort d'Eagle, Lyon serait le seul actif…

Si Botafogo a possiblement sous-vendu ses joueurs, cela n'a pas été en faveur de Lyon. Non seulement ces ventes ont été actées après la DNCG, mais l'OL a donc "vendu" (ce n'est plus lui qui a décidé mais Textor et Botafogo) pour 35 millions de moins que ce qu'il a payé au club brésilien. Le grand bénéficiaire, ici, est Botafogo, encore une fois. Et c'est souvent la même chose si on s'intéresse aux déclarations brésiliennes des derniers jours, à l'image du CEO de Botafogo, Thairo Arruda, qui affirme que Botafogo aurait prêté 109 millions à l'OL entre décembre 2024 et juin 2025. Si le chiffre est probablement vrai, la provenance de cet argent change tout le contexte. Comme tout ce qui sort actuellement dans la presse.
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Le Groupama Stadium réclamait le départ de John Textor

Crédit: Getty Images

Mis le couteau sous la gorge par ses créanciers, ICONIC tête de gondole, John Textor sait qu'il soit trouver une parade improbable pour s'en sortir. C'est tout l'objet de son ordonnance demandée devant la justice brésilienne pour exclure Eagle Bidco de Botafogo. Une action pas sans incidence pour l'OL. "Si Textor et Botafogo réussissent à s'extraire d'Eagle, il n'aura pas d'obligation, en tout cas immédiate, de rembourser sa dette de 300M$ à Iconic, explique "Don Ramon". Ça ferait de l'OL le seul actif restant pour éponger cette dette et ça changerait tout. Au lieu d'être éventuellement revendu rapidement à un repreneur qui en aurait les moyens, il faudrait continuer plusieurs années à éponger les dettes, à désosser l'OL et à impacter le sportif avec le risque de la Ligue 2".

Sans le vouloir, l'OL joue très gros

"L'autre risque, c'est qu'en cas d'audit, si on voit qu'il y a de l'argent disparu, des transferts surévalués, …et qu'il manque par exemple 150 millions, ils ne seront pas remboursés si Textor a coupé les ponts, poursuit-il. Si Textor réussit à sortir Botafogo, on aura un autre combat juridique entre Eagle et lui sur plusieurs années. Le temps qu'il y ait un jugement qui le force à payer, ça serait trop tard pour l'OL". C'est toute la cruauté de la situation pour l'Olympique Lyonnais. Il ne peut rien faire, si ce n'est attendre de voir si le château de cartes établi par John Textor cache un As ou bien un 2.
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