Ligue 1 - Pourquoi est-il si difficile de sortir de la crise à l'OM?
Par Yohann Le Coz
Mis à jour 10/05/2026 à 11:31 GMT+2
L'OM est, encore une fois, en crise à tous les étages. Il y a le feu partout à Marseille, les joueurs sur les rotules physiquement et éreintés mentalement. Seule solution pour Habib Beye et Medhi Benatia, serrer la vis encore et punir le groupe pour tenter de le faire réagir avant le déplacement au Havre dimanche. Un scénario qui a un air de déjà vu. Mais pourquoi toujours à l'OM ?
"Il est apathique et sans solution" : Beye, l'intérim qui vire au désastre
Video credit: Eurosport
Quand un bruit de fond persiste, même lorsqu'il est vraiment dérangeant, on finit par ne plus l'entendre. Il nous fatigue sans qu'on s'en rende compte, mais ce n'est que lorsqu'il s'arrête qu'on se rend à nouveau compte qu'il était là. C'est un peu ce qui se passe à l'OM. Le groupe est érodé par le discours martial continu d'Habib Beye et Medhi Benatia, les punitions et une nouvelle mise au vert, reconduite chaque jour depuis la défaite 3-0 à Nantes samedi. Une spirale dont les joueurs ne sortiront qu'avec les vacances à la fin de saison, voire un départ du club. Ce qui semble être une priorité pour certains, plus que les derniers matches de Ligue 1 à disputer.
Mais pourquoi est-ce si facile de tomber dans ce gouffre et d'en sortir surtout quand on joue à Marseille ? Ces sables mouvants dans lesquels on peut s'enfoncer sans faire attention à chaque début de crise, et dont il est si difficile de s'extirper. Actuellement, les Phocéens sont en plein dedans, et il ne s'agit pas que de résultats, même si la victoire au Havre dimanche est obligatoire pour continuer de rêver encore de Ligue des champions, ne serait-ce qu'un peu.
Punitions sur punitions
Dans une bulle où ils ont été enfermés de force à la Commanderie, les joueurs enchaînent les séances doublées chaque jour sous le regard de Medhi Benatia, dans une ambiance morose. Avant ça, Himad Abdelli avait été puni et mis à l'écart par Beye après un accrochage entre les deux hommes dans le vestiaire suite au nul concédé contre Nice au Vélodrome fin avril. Mason Greenwood s'est encore un peu plus coupé du groupe et de ses dirigeants après sa béquille subie contre Lille, surtout après avoir prévenu son coach par le biais de son avocat qu'il n'avait que 30 minutes dans les jambes pour jouer Nice, rapporte L'Équipe. Tandis que des joueurs comme Ethan Nwaneri traînent leur spleen et ne savent plus trop ce qu'ils sont venus faire dans cette galère.
À Marseille, il est si facile de se retrouver la tête dans le seau et si difficile d'en sortir. Florian Thauvin, qui connaît bien le contexte local, en sait quelque chose : "Quand vous enchaînez les mauvais résultats, vous entrez dans une mauvaise spirale, a-t-il lancé sur le plateau du Canal Football Club dimanche. Il y a une pression au quotidien qui est difficile à supporter à l’OM. Supporter ça, ce n’est pas fait pour tout le monde. Tous les joueurs ne peuvent pas le supporter."
Personne pour tempérer
Encore faudrait-il que les joueurs aient du temps pour s'acclimater à cet environnement si spécifique. Mais depuis le début de l'ère Longoria, l'effectif est en rotation quasi constante. Thauvin n'a d'ailleurs pas manqué de le relever, soulignant le fait qu'il y a eu "pas mal de changements." Que ce soit du côté des joueurs ou de l'entraîneur.
Et il ne s'agit pas uniquement de Beye venu remplacer Roberto De Zerbi cette saison. Entre juin 2023 et juin 2024, d'Igor Tudor à De Zerbi, en comptant les intérimaires, l'OM a vu passer.... six entraîneurs. Parfois avec des profils assez volcaniques. Sans faire de la psychologie de comptoir, ramener de la sérénité sous les ordres de De Zerbi ou Gattuso, chapeautés par Pablo Longoria, n'est pas chose aisée.
"Trois ans à l'OM, c'est l'équivalent de six saisons ailleurs"
Le contexte a de quoi essorer mentalement et moralement. D'autant qu'il est presque impossible de s'en échapper, même le temps d'une journée. C'est ce que nous expliquait Xavier Gravelaine il y a un an, à la veille d'un Classique. L'ex-joueur au CV long comme le bras nous avait illustré sa vie à Marseille en une anecdote : "Quand ma mère est venue pour la première fois à Marseille. On mangeait en famille dans une pizzeria après un match, et là, trois supporters sont venus s'asseoir à notre table pour discuter. En rentrant, elle m'a dit : 'mais, c'est tout le temps comme ça ?' Quand je déposais mon fils à l'école, j'en avais au moins pour un quart d'heure car les parents me parlaient de ballon."
"Je peux comprendre que certains très bons joueurs aient pu être inhibés. Trois ans à l'OM, c'est l'équivalent de six saisons ailleurs", avait insisté Gravelaine, passé au club entre 1996 et 1998. Pour l'instant, ce ne sont pas trois saisons mais deux petits matches que les Marseillais doivent gagner pour sauver les meubles d'une saison qui a déjà fini en eau de boudin. Le hic, c'est que le groupe semble traîner des pieds à l'entraînement autant que contre Lorient ou Nantes. Si bien que Beye a fini par écourter la séance d'entraînement de mercredi, par agacement.
Chose insupportable pour les habitants de la cité phocéenne. "Pour les Marseillais, l'OM, c'est leur vie, expliquait Gravelaine C'est pour ça que la ferveur est parfois exagérée au Vélodrome et dans les deux sens. Si tu gagnes le samedi, tu es tranquille le dimanche mais le lundi un rien peut venir embrouiller ta semaine. Puis, lorsque tu perds, tu n'es plus rien." En plus de mal vivre la défaite, L'Équipe rapporte que parmi les joueurs, on craint l'accueil à venir au Vélodrome, où les ultras prépareraient déjà des actions à mener pour exprimer leur mécontentement. La fin de saison est terrible, mais elle pourrait être encore pire.
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