OM I Roberto De Zerbi, l'immense sentiment d'échec

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Lui aussi a fini par accepter la vérité. Bien conscient de l'impasse dans laquelle se trouvait l'OM depuis plusieurs semaines, Roberto De Zerbi s'est résolu à quitter le club olympien d'un "commun accord" avec ses dirigeants. Le technicien italien avait misé gros sur son aventure marseillaise. Il en ressort avec beaucoup de frustration et un gros sentiment d'échec.

Olympique de Marseille Head Coach Roberto De Zerbi looks on during the UEFA Champions League 2025/26 League Phase MD1 match between Real Madrid C.F. and Olympique de Marseille at Estadio Santiago Bernabeu on September 16, 2025 in Madrid, Spain.

Crédit: Getty Images

C'est à 2h35 du matin, donc, que l'OM et Roberto De Zerbi ont décidé de tout arrêter. "À la suite d’une concertation réunissant l’ensemble des parties prenantes de la direction du club – propriétaire, président, directeur du football et entraîneur – il a été décidé d’opter pour un changement à la tête de l’équipe première. Une décision collective, difficile, prise au terme d’une réflexion approfondie dans l’intérêt du club pour répondre aux enjeux sportifs de cette fin de saison", récitait ainsi le communiqué du club olympien, diffusé dans la nuit de mardi à mercredi.
Une séparation en catimini et à l'abri des regards, comme pour éviter que la nouvelle, prise de manière collégiale et qu'aucun des deux camps n'aurait voulu annoncer, ne se propage trop vite. Il faut dire qu'ils ont tout fait pour repousser l'inévitable le plus longtemps possible. Pablo Longoria disait même encore récemment vouloir faire de son entraîneur le "Diego Simeone de Marseille". Puis tout s'est précipité, comme souvent à Marseille.
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Roberto De Zerbi sulla panchina del Marsiglia - Stagione 2025-26

Crédit: Getty Images

Une situation devenue intenable

Une élimination qualifiée de "honteuse" en Ligue des champions à Bruges (3-0), un mercato programmé sans turbulences qui se transforme en grande lessiveuse, des règlements de comptes à tous les étages et une claque monumentale dans le Classique face au PSG (5-0) dimanche dernier : la situation était devenue intenable. Tant pour les dirigeants marseillais, bien conscients de devoir stopper l’hémorragie du moment au risque de voir la saison partir définitivement en lambeaux. Et tant pour Roberto De Zerbi lui-même, devenu comme impuissant et sans levier pour la redresser.
Un sentiment terriblement frustrant, amer et presque nouveau pour lui. Arrivé à Marseille à l'été 2024 avec de grandes ambitions et pour au moins trois ans, la figure du projet, c'était lui. L'entraîneur coté sur le marché et dans le viseur des plus grands clubs, c'était lui aussi. Qui aurait pu imaginer que celui dont le nom est revenu avec insistance à l'AC Milan, l'Inter ou encore Manchester United ces derniers mois se retrouverait au chômage début février 2026 ? Qui aurait pu croire que celui sur qui le duo Longoria-Benatia avait tout misé finirait par se retrouver accompagné vers une sortie dont lui-même a fini par montrer la direction ?

Un énorme sentiment d'échec

Jamais, dans sa carrière d'entraîneur, Roberto De Zerbi n'avait quitté un club avec un tel sentiment d'échec. Lui appréciait réellement Marseille, une ville dont la passion lui rappelait tant sa période à Foggia. En fin connaisseur du football, il n'en ignorait pas les risques et les dérives à sa venue. De Tudor à Gattuso, de Michel à Sampaoli en passant par Villas-Boas : tous les derniers entraîneurs étrangers (et pas que) passés par la Canebière ont fini éjecté à un moment ou à un autre, bien loin de l'euphorie du début. Jamais un technicien n'est parvenu à faire deux saisons complètes depuis l'avènement de Pablo Longoria à la présidence de l'OM. Et le dernier étranger à y être parvenu, c'est l'Italien Giuseppe Zilizzi... entre 1947 et 1949.
Mais "RDZ", lui, se pensait capable d'inverser cette tendance des dernières années. L'ancien entraîneur de Sassuolo et Brighton, arrivé avec une grosse cote et après une longue cour, se disait persuadé de pouvoir s'installer durablement à Marseille. Pour enfin apporter une stabilité qui manque depuis trop longtemps. Ses dirigeants le pensaient aussi, et ils lui ont donné toutes les cartes en main. L'Italien, initialement très écouté, a eu presque tout ce qu'il a réclamé, de son staff aux moyens mis à disposition pour coller au maximum à sa philosophie. Il avait prévenu d'entrée que son projet nécessiterait du temps et qu'il y aurait parfois de grosses zones de turbulences. Il n'avait probablement pas imaginé que les secousses seraient aussi violentes, par sa faute aussi. Le pilote de l'avion marseillais, c'était lui.
Avec son vestiaire, les incompréhensions se sont multipliées au fil du temps. De ses consignes à son management, en passant par certains de ses choix, le dernier en date étant celui du déclassement violent réservé à Amir Murillo, l'un de ses "fils", comme l'était Adrien Rabiot, rétrogradé en réserve puis poussé vers la sortie lors du mercato, De Zerbi a perdu la main. Et le fil. L'Italien ne cachait même plus son incompréhension face au rendement presque schizophrénique de son équipe.
"Je n'ai pas d'explication, je n'ai pas d'explication. C'est le plus grand problème du moment. Avant le coup d'envoi, je ne sais toujours pas quelle équipe je vais voir. Comme après Bruges, on va devoir demander pardon... Si j'avais la solution pour trouver cette régularité, je ne m'en priverais pas. C'est la première fois de ma carrière que j'ai sous mes ordres une équipe qui fait à ce point les montagnes russes", confiait-il, abattu, après la défaite au Parc des Princes dimanche.
Fortement marqué par la période récente, comme au lendemain de la défaite à Bruges où il est resté cloîtré dans sa chambre d'hôtel, officiellement pour "maladie" selon le club, "RDZ" ne savait plus vraiment quoi faire pour relancer son équipe. Une fatalité dont il a fait part à ses dirigeants ces dernières heures et qui a poussé les deux parties, non sans regrets, à prendre cette décision drastique mais commune, difficile mais inévitable. Pour le bien de tous. De Zerbi ne voulait pas devenir un poids pour l'OM, c'est aussi le sens de son départ.

Le plus haut ratio de victoires au XXI siècle

De Zerbi s'en va sans le moindre trophée, bien qu'il n'en soit pas passé loin en janvier dernier après la finale du Trophée des champions face au PSG. Un scénario cruel (2-2, 4-1 t.a.b.) qui avait là aussi laissé des traces. Qui sait ce qu'il en serait aujourd'hui si Pierre-Emerick Aubameyang avait un peu mieux géré ce fameux dernier contre dans le temps additionnel, juste avant l'égalisation parisienne ? "La première chose que j’ai dite à mon équipe, c’est que je n’ai jamais pleuré après avoir perdu. Et aujourd’hui, j’ai pleuré quand je suis entré dans le vestiaire parce qu’on se préparait d’une certaine manière", reconnaissait le désormais ex-technicien marseillais à l'époque. Un aveu rare pour lui qui traduisait la force du lien, authentique et presque viscéral, qu’il entretenait avec un club qui hantait ses pensées à toute heure de la journée.
Maigre consolation : il quitte l'OM avec le plus haut ratio de victoires en compétition officielle au XXIe siècle, et avec quand même un quart de finale de Coupe de France à jouer. Le dernier réel grand objectif de la saison olympienne. De Zerbi laisse aussi l'OM à la quatrième place de Ligue 1, rejoignant ainsi Élie Baup en 2013/14 (17e journée) et Marcelino en 2023/24 (5e journée) au rayon des entraîneurs les mieux classés quittant Marseille en pleine saison. Des miettes, en somme, pour un technicien réputé pour sa philosophie et ses idées. Cela avait fonctionné à Sassuolo et Brighton, deux clubs où la pression est moindre et les objectifs moins élevés.
Cela a moins fonctionné à Marseille, sa première expérience sur un banc prestigieux et exigeant. Cela pourrait-il lui porter préjudice pour la suite de sa carrière ? Probablement pas. De Zerbi peut se vanter d'avoir beaucoup d'estimateurs, en Angleterre comme en Italie, par exemple, où il n'aurait probablement aucune difficulté à retrouver un poste. Mais toujours très exigeant, avec lui-même comme avec ses troupes, le technicien de 46 ans veut désormais prendre le temps de comprendre ce qui n'a pas fonctionné à Marseille. Il en repart avec une déception à hauteur de son investissement, conscient que lui aussi a failli à sa mission.
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