Thibault Le Rol fait le bilan de la saison sur Ligue1+ : "Il faut que la valse des diffuseurs cesse"

Eurosport sur Google

Quel bilan pour Ligue1+, chaine qui diffuse depuis l'été dernier le championnat de France, après cette saison de lancement ? Visage phare de la chaîne, Thibault Le Rol prend de la hauteur pour analyser cette première, décerner ses coups de cœur, saluer l'ouverture des clubs et espérer que ce projet s'installera sur la durée en Ligue 1 après une saison riche en rebondissements.

Cinq équipes représentées, sans Dembélé : notre onze de la saison en L1

Video credit: Eurosport

Thibault, c'est déjà la dernière journée de la saison, dans quel état d'esprit êtes-vous avant cette 34e journée ?
Excitation totale ! Le multiplex de la dernière journée, c'est toujours un moment à part. Ca part dans tous les sens. Des destins basculent sur un but, une frappe... C'est absolument génial à vivre et à faire vivre.
En tant que passionné de foot, quel est votre petit souvenir de multiplex ?
Ce sont des souvenirs radiophoniques. Dans ma jeunesse, je me souviens, dans la chambre que je partageais avec mon grand frère, nous écoutions, cachés sous la couette, les multiplex du samedi soir. Je crois que c'était Eugène Saccomano qui était aux manettes.
Ce ne sont pas des soirées où on a le droit de se louper
De vous retrouver, des années après, à être l'un des visages de la chaîne qui diffuse la Ligue 1, ça provoque quoi en vous ?
Très sincèrement, un mélange de fierté et de plaisir. La fierté parce que la conscience de la beauté et de l'importance de ce poste-là. Mais aussi de la rareté. Et la rareté fait la valeur. Il n'y a pas beaucoup de places et on n'est pas beaucoup à pouvoir accéder à ces postes donc c'est absolument extraordinaire. Mais ça oblige, aussi. Ca oblige à la qualité. C'est un moment particulier de la saison qui est très, très, très attendu donc ce ne sont pas des soirées où on a le droit de se louper, clairement.

Si vous deviez résumer cette première saison sur Ligue1+ en un mot ?
Prometteuse. Pour avoir fait beaucoup de première saison, ces derniers temps, chez des diffuseurs, ça me permet de comparer un petit peu. Je trouve qu'il y a eu beaucoup de bonnes choses de faites, que les accès aux clubs sont très intéressants - en partie parce qu'on est la chaîne de la Ligue, on ne va pas se mentir, mais tant mieux si ça peut avoir des avantages. La globalité des week-ends est plutôt intéressante, elle est riche, avec le plateau à Paris, nos envoyés spéciaux sur sites ; la qualité de nos commentateurs et des gens avec qui je travaille... Et, mine de rien, on banalise parce que, hélas, les changements de diffuseurs et les premières saisons s'accumulent, mais il n'y a pas eu de pépin, de boulette, de problème technique. Donc prometteur, j'aime bien.
picture

"Il est apathique et sans solution" : Beye, l'intérim qui vire au désastre

Video credit: Eurosport

Quelle serait la grande réussite ?
Les accès (aux clubs). On espère que ça va continuer ainsi. On remercie les clubs. On milite pour qu'ils continuent à ouvrir encore plus leurs portes. Il y a eu plein de séquences à droite, à gauche, des micros, des accès aux vestiaires, des séances à l'entraînement... Plein de choses qu'on avait peu vu ces dernières années.
Y a-t-il une séquence qui vous reste en tête particulièrement ?
Il y a quinze jours ou trois semaines, j'ai beaucoup aimé la double séquence, sur le même match, où on avait les deux entraîneurs-adjoints qui étaient avec un micro à l'échauffement. Lors de Brest-Lens : avec (Bruno) Grougi d'un côté et (Jamal) Alioui de l'autre. Dans des moments où ils sont précis dans ce qu'ils disent, ce ne sont pas des banalités : micros ouverts, c'était génial d'alterner des deux côtés du terrain. J'avais adoré ce moment-là.
Guillaume Hoarau est, à mes yeux, l'une, si ce n'est la révélation de la saison.
Les séquences avec Guillaume Hoarau ont pu également être très efficaces : on repense par exemple à ce moment, après un Lens - Le Havre, où il fait le tour du vestiaire lensois...
Complètement. Ca, c'est grâce à Lens et grâce à Guillaume. Lens est un des clubs qui jouent le plus le jeu de l'ouverture, qui a bien compris qu'on travaillait tous dans le même sens et que plus on ouvrait, meilleur le produit serait. Et Guillaume Hoarau, qui est, à mes yeux, l'une, si ce n'est la révélation de la saison.
On l'a en effet senti comme un poisson dans l'eau...
Exactement. C'est passionnant parce que c'est un mec vraiment hyper humble. Je me souviens de lui, au début de la saison, qui venait me voir et me disait : 'Je ne sais pas trop comment faire les questions après les matchs... Ca ne me vient pas naturellement comme vous.' Je lui ai donné deux, trois tuyaux et, surtout, je lui ai dit, et c'est vraiment la phrase con par essence : 'Fais toi confiance. Puisque tu es un personnage dans la vie et que la télé aime les personnages. Donc sois qui tu es à l'antenne et ça va rouler tout seul.' Ca a matché en quelques semaines.
Avec l'une des dernières séquences par exemple avec Endrick...
Il a tout Guillaume. Il a le foot, évidemment, il a un cuir très épais en termes de culture générale : c'est un artiste, c'est un musicien, il a des références, il a l'humour, il a de la répartie, et évidemment il connaît parfaitement le foot, tout en étant légitime. C'est le triple 7.
picture

Cinq équipes représentées, sans Dembélé : notre onze de la saison en L1

Video credit: Eurosport

Du coup, sur 10, à quel point les clubs ont joué le jeu avec vous ?
On peut dire 7,5 sur 10. Les clubs ont compris que c'était aussi la chaîne de la Ligue, et donc leur chaîne, qu'il fallait faire un effort. Ils ont bien compris qu'il faut raviver la flamme et améliorer le produit : donner plus d'accès, reconnecter encore plus les Français à la Ligue 1 et à son diffuseur. Ensuite, il y a des luttes parallèles et obscures contre le piratage qui nous dépassent un peu. Mais, nous, on peut travailler sur le produit, donc travaillons main dans la main.
Endrick est solaire
En début de saison, dans L'Equipe, vous disiez : 'Je m'adresse directement aux clubs et joueurs : il faut casser la peur de la caméra.' Qu'en est-il ?
C'est trop tôt, ça ne peut pas se faire en quelques mois. C'est un travail de très longue haleine. J'aimerais effectivement que, entre guillemets, ça s'américanise un petit peu, et que les footballeurs qui jouent en France ou les footballeurs français apprennent à s'amuser avec la caméra. Je pense par exemple à l'arrivée au stade, essayer d'en créer quelque chose de plus originale : quand je vois les basketteurs, dans leurs tenues... Mais c'est presque un travail qui doit commencer à se faire au centre de formation quand on commence à briefer les ados sur leur rapport aux médias et à la caméra. Ce n'est pas toujours leur passer des messages de méfiance, mais c'est aussi des messages comme : 'La caméra peut être ton allié.'
Avez-vous vu un personnage cette saison qui vous a plu devant la caméra ?
On en parlait : Endrick est excessivement à l'aise. C'est hallucinant. Il est évidemment habitué et est à la poursuite du Real Madrid donc il a été beaucoup dans la lumière et a été très exposé. Mais Endrick est solaire. Je pense aussi à Esteban Lepaul : excellent joueur, bien sûr, mais excellent client aussi. Il s'exprime super bien, il a une certaine aura...
Du côté des inside, qu'est-ce qu'on n'a peut-être pas assez vu ?
J'aimerais aller encore plus loin dans les causeries. Mon cheval de bataille, ce serait les causeries. Evidemment, il faudrait se caler avec les entraîneurs parce que l'idée n'est pas de dévoiler un secret tactique à quelques minutes d'un coup d'envoi. Mais dans la causerie, il y a plusieurs temps. Et si on pouvait être présent au moment du temps plus global, d'encouragement, sur des choses plus générales, qui ne trahissent pas de secret, ça serait génial qu'on puisse vivre ça. Dans l'idéal en direct, et, a minima, qu'on puisse dire dans l'après-match : 'Regardez ce que disait Pierre Sage ou Eric Roy juste avant le match à leurs joueurs.'
Cette saison, on a pu voir des séquences sur les réseaux sociaux des clubs, de Pierre Sage qui avait su trouver les mots justes dans une causerie à la mi-temps. Une séquence diffusée le lendemain ou le surlendemain sur les réseaux sociaux de Lens. Je comprends tout à fait, et Lens joue plus que le jeu donc il n'y a pas de souci... Mais, un jour, j'espère que ces séquences seront carrément à l'antenne et même en direct, soyons fou !
picture

"Textor à Lyon et Lopez à Bordeaux sont des pires présidents que Kita à Nantes"

Video credit: Eurosport

Le rendez-vous du dimanche soir est toujours très important. Quel bilan en faites-vous ?
On en a fait un rendez-vous, justement. On est la seule chaîne qui propose tous les buts et toutes les images, ça aide. On est aussi à la sortie du multiplex (des matchs de 17 heures) qui est un carrefour d'audience, c'est notre rampe de lancement. On a mis quelques semaines à trouver la bonne formule car, effectivement, cette émission est importante. Je crois que c'est encore un rendez-vous dans l'esprit du fan de foot. L'ère du temps et la consommation du sport, et de tout, ont évidemment fait changer un peu les choses mais, quand même, il y a toujours un truc sur le dimanche soir dans la tête du fan de foot.
Et cette émission doit à la fois fournir ce que ce fan de foot vient chercher, à savoir les images, les buts même si c'est à se demander s'il ne les a déjà pas vu sur les réseaux sociaux ; amener quand même une expérience agréable en plateau, qu'il se passe des choses, que ce soit de l'analyse, de l'humeur ou autres. Et aussi amener du magazine, parce que c'est ce qu'on veut faire sur Ligue1+. En 1h15, avant de lancer le match du dimanche soir, on doit avoir remontré toutes les images, tous les buts, les avoir analysés, avoir diffusé un reportage magazine... Je peux te dire que c'est un sacré puzzle et que, chaque soir, je sors rincé. C'est très riche et la promesse est tenue.
On va sans doute renforcer un peu les équipes
La grille des matchs évolue la saison prochaine : avec quelles conséquences ?
Il y aura peut-être un peu plus d'actualité froide car il y aura plus de matchs déjà joués. Alors que cette saison, on sort de trois matchs en direct, qu'il faut traiter. La saison prochaine, le multiplex aura eu lieu la veille. Il y aura donc plus de recul sur le week-end. Ce sera essayer d'apporter quelque chose en plus à celles et ceux qui ont vu les buts de manière brute. Et il faudra se projeter sur le match du dimanche soir. On va sans doute renforcer un peu les équipes, gonfler tout cela, les patrons sont en train de travailler dessus. On va muscler ce magazine. Avec comme grosse info, le fait que ça va être en clair. Ca va être chouette.
Avec donc le retour du multiplex du samedi soir, à l'ancienne...
Le revival. J'ai bien aimé cette idée. Je suis très client. Avec ces quatre matchs. Felix (Rouah) et Pierre (Bouby), qui animent le multiplex, le font plutôt bien, avec le fait de le réenchanter. En refaire un vrai carrefour, une vraie soirée sympa, c'est peut-être une très bonne idée. Sans oublier que les quatre matchs seront disponibles en intégralité pour les puristes des huit équipes engagées ce soir-là. Mais regarder un multi dynamique, marrant, avec du spectacle et quatre matchs en même temps : sur le papier, moi j'achète.
Il faut que la valse des diffuseurs cesse
Concernant la saison prochaine, le défi principal sera-t-il de toujours plus fidéliser ?
Oui, on ne va pas se mentir. C'est la chaîne de la Ligue, la chaîne des clubs, un projet engageant économiquement et tellement important. Notre but est d'améliorer le produit un maximum pour que ceux qui ne sont pas encore abonnés viennent s'abonner. C'est notre travail. On va faire ça du mieux possible, et on le fait pas trop mal déjà. On va le faire main dans la main le plus possible avec les clubs, en les encourageant à jouer le jeu un maximum. Avoir les meilleures émissions, essayer d'avoir les meilleurs castings possibles et de proposer le meilleur produit possible. Et, ensuite, ce que je te disais : il y a des enjeux et des luttes économiques parallèles, immenses, pour essayer de pérénniser ce projet. Le foot français a vraiment besoin de stabilité et d'un projet pérenne. Il faut que la valse des diffuseurs cesse. Je n'entends que ça dans la rue quand on me parle des diffuseurs. Avec le thème parallèle qui m'est très, très cher : c'est la lutte contre le piratage.
picture

Thibault Le Rol, présentateur de Ligue 1 +.

Crédit: Getty Images

La diffusion des matchs de préparation cet été peut-elle être un bon allié, par exemple ?
Oui, c'est un petit tremplin, un petit starter au coeur de l'été. Comme on s'adresse quand même à un public de puriste, je l'imagine très susceptible de regarder les matchs amicaux de leur équipe favorite. Ce que certains font déjà. Ensuite, on a le trophée des champions le week-end précédent le lancement de la nouvelle saison de Ligue 1. On va repartir pour cette deuxième saison, travailler du mieux qu'on peut, et ensuite croiser un peu les doigts et espérer qu'on trouve d'une manière ou d'une autre, je ne sais pas si ce sera par un accord commercial ou de distribution, quelque chose qui va pérenniser ce nouveau projet.
Donc l'optimisme est là pour la durabilité...
L'optimisme est là pour ce sur quoi on a accès. Le contenu, la qualité du contenu, la relation avec les clubs donc la qualité du produit. Ensuite, la pérennité et la durabilité, ça me dépasse. Mais j'espère vivement avoir de la stabilité, de la visibilité, et écrire un projet à long terme. Réinstaller quelque chose.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité