"Tu es tout gringalet, comment tu fais ?" : Adrien Thomasson, meilleur passeur de Ligue 1, raconté par ses pairs

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Du "petit garçon tout menu" d'Évian au fier meilleur passeur de Ligue 1, Adrien Thomasson a parcouru bien du chemin. À 32 ans, le Savoyard connaît la plus belle passe de sa carrière, collectivement comme individuellement, dans le Lens de Pierre Sage, qui affronte Angers vendredi (20h45). Pour ceux qui l'ont côtoyé, comme entraîneurs ou comme coéquipiers, sa réussite n'est qu'une juste récompense.

Adrien Thomasson, Dimitri Liénard, Pablo Correa et Michel Der Zakarian.

Crédit: Quentin Guichard

Quand il a jeté dans le grand bain ce petit gars savoyard, au printemps 2012, Pablo Correa avait tout vu avant les autres. "Je me souviens très bien, c'était un petit garçon tout menu, se remémore le Franco-Uruguyen, aujourd'hui sur le banc de Nancy. 'Thoma', c'était un petit mec, mais très malin. Notamment dans le positionnement qu'il avait sur le terrain, sans et avec le ballon." Mais de l'Adrien Thomasson, joueur d'Évian, l'entraîneur retient surtout un type "très compétiteur. On voyait bien que, malgré cette timidité qu'il avait dans sa jeunesse, il allait exploser plus tard." Quatorze ans plus tard, à 32 ans, son protégé d'un temps domine le tableau des passeurs de Ligue 1. 
Avec Lens, deuxième, Thomasson prouve – s'il le fallait vraiment – qu'il est l'un des meilleurs milieux du championnat. Pour sa première saison sous les ordres de Pierre Sage, qui l'a repositionné plus bas, en relayeur, le capitaine Sang et Or brille. "Je trouve qu'il est juste derrière Vitinha aujourd'hui en Ligue 1", assure Michel Der Zakarian, qui l'a entraîné entre 2015 et 2016 au FC Nantes. Indispensable, "parce qu'il a un impact sur l'équipe par sa personnalité, et qu'il est écouté par ses partenaires." 

12,4 kilomètres par match, meilleur total de Ligue 1

Passé d'un Racing à l'autre, en 2023, Thomasson dispute ce que beaucoup considèrent comme la meilleure saison de sa carrière, à 32 ans. Pierre Sage, en bon artisan de l'extraordinaire parcours lensois, a permis la pleine expression d'un joueur longtemps hors des projecteurs. Un dur au mal qui, à la fois, sait courir plus que tous les autres (12,4 kilomètres parcourus par match, 1ᵉʳ total de Ligue 1) et délivrer des caviars (8, cette saison, meilleur total du championnat). 
Pour ceux qui l'ont entraîné, ou qui ont joué à ses côtés, sa mise en lumière, même tardive, n'est qu'une juste récompense. Dimitri Liénard, avec qui Thomasson a partagé le maillot de Strasbourg de 2018 à 2023, se souvient : "Quand je l'ai rencontré, il jouait à Vannes [en 2013-2014], et on ne va pas se mentir, c'était une petite teigne, une petite peste sur le terrain. On avait joué l'un contre l'autre, il m'a mis un coup, je l'ai dribblé, il m'a dribblé. Et puis, à la fin du match, on a fini par sympathiser." Devenu son coéquipier au Racing, Liénard a redécouvert "quelqu'un d'hyper minutieux, travailleur, très cultivé et intelligent, et très ouvert socialement." 
Pour devenir l'ami de Thomasson, détaille son ancien coéquipier, "il ne faut pas être un branleur". Mais si vous aimez l'effort, que vous courez aisément 10 kilomètres par match, comme Liénard en son temps, pas de problème. "En jouant ensemble, on s'est tirés vers le haut, raconte-t-il. J'étais travailleur, lui aussi, donc on se donnait des petits défis entre nous. Par exemple, à la veille des matches, on faisait toujours nos 100 pompes dans le vestiaire. C'était notre rituel." Modèle de rigueur et de fiabilité, le trentenaire savoyard est le 4ᵉ Lensois le plus utilisé cette saison (27 matches). 
C'est un joueur qu'on a catalogué comme bon joueur de Ligue 1
À Strasbourg, les deux hommes se chambraient souvent. "Je lui disais : 'Mais tu ne ressembles à rien, comment tu fais pour marquer tout le temps huit buts, donner huit passes décisives ? Tu es tout gringalet, tu ne paies pas de mine !' Je veux dire, par rapport au football moderne, il faut être un athlète, aller vite, sauter haut, avoir du muscle. La vérité, c'est qu'Adrien est un bosseur qui n'a jamais rien laissé au hasard, avec une hygiène de vie extraordinaire." 
Pas le plus grand, ni le plus rapide, mais unanimement vanté pour sa "très grande intelligence". Celle, dixit Pablo Correa, de "transformer son jeu par rapport à ses qualités physiques, qui sont presque innées", d'abord, et celle de trouver des "connexions entre le présent, et ce qu'il se passe après. Son intelligence, c'est aussi de voir les choses, de sentir les choses, et d'anticiper comment elles vont se passer."
C'est un joueur qui peut largement jouer dans des clubs comme Arsenal
Johan Audel, son pendant dans le 4-2-3-1 du FC Nantes, en 2015-2016, en parle comme de quelqu'un que l'on a trop longtemps sous-coté. "C'est un joueur que l'on a catalogué comme bon joueur de Ligue 1, regrette le Martiniquais. Sauf qu'il n'a jamais eu sa chance dans les grandes équipes. Aujourd'hui, son coach a trouvé 'Adri prime', et il sait comment l'utiliser. Et Adrien le lui rend bien. [...] C'est un joueur qui peut largement jouer dans des clubs comme Arsenal ! Quand il a signé à Nantes, je me suis dit, c'est un crack. Un top joueur. Et vu son hygiène de vie, c'est quelqu'un qui va encore jouer jusqu'à 35, 36 ans, voire plus. Et au haut niveau."
À ce nouveau poste, Thomasson s'est découvert un potentiel encore inexploité, mis en lumière par ce collectif lensois si huilé. S'il prolonge son contrat, qui expire en juin, il pourrait même le prouver, de nouveau, en C1. "C'est un joueur qui est capable de jouer la Ligue des champions ou une Coupe d'Europe, confirme Liénard. Mais il aurait peut-être été en difficulté en jouant plus haut, parce qu'il lui manque ce côté explosif, dynamiteur. En le reculant d'un cran, Pierre Sage a très bien compris la façon de jouer d'Adrien : il va couvrir du terrain, partir loin, plonger dans les espaces vides… C'est sa force." Précieux, déjà, pour être en position d'espérer accrocher un titre, voire deux, cette saison. Trente-deux ans ou pas, on n'a pas fini d'entendre parler d'Adrien Thomasson.
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Video credit: Eurosport


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