Avram Grant n'a pas le physique de play-boy de Jose Mourinho, ni son charisme, ni son aura auprès des joueurs, mais c'est pourtant avec lui que Chelsea a réussi là où son illustre prédécesseur portugais a échoué: aller en finale de la Ligue des champions pour la première fois. Le milliardaire russe Roman Abramovitch, propriétaire des Blues, avait tout misé sur Mourinho. Mais il pourrait bien réaliser son rêve de C1 sur ses terres natales le 21 mai (la finale aura lieu à Moscou) avec cet Israélien qui semblait avoir été choisi par défaut en septembre après la mise à l'écart du Portugais, auto-proclamé "The Special One".
Grant, lui, était surnommé "l'homme de la BBC", l'homme qui porte les ballons, chasubles et cônes (en anglais Balls, Bibs and Cones, BBC)... Les mauvaises langues continueront à dire que l'équipe se gère toute seule. Mais cette finale sonne comme une revanche pour Grant, directeur technique au club depuis l'été dernier, à la modeste carrière essentiellement bâtie en Israël (comme sélectionneur ou entraîneur, plusieurs fois champion, avec le Maccabi Tel Aviv ou Maccabi Haïfa). Le seul à croire en lui avait été Milan Mandaric, ancien propriétaire de Portsmouth, club où Grant avait découvert le football anglais comme directeur technique: "Il va surprendre beaucoup de personnes et il peut réussir".
"Je m'en fous"
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Pour la presse anglaise, c'était un autre son de cloche: ses joueurs le méprisent et le clan des pro-Mourinho se réunit dans son dos. "Je m'en fous", a rétorqué cet homme de 52 ans à la dégaine de préretraité. "Si j'avais prêté attention à tout cela depuis septembre, on n'aurait pas gagné la moitié de nos matches, déclarait-il au Daily Mail. Même si je gagne quelque chose, je ne pense pas que les gens s'arrêteront (de me critiquer)."
Mercredi soir, à l'issue de la demi-finale retour (contre Liverpool, 3-2 après prolongation, aller 1-1), Grant a eu droit à des accolades de ses joueurs, inédites pour lui jusqu'ici. Ballack, un des patrons du vestiaire, ou encore Joe Cole refusaient jusqu'ici ostensiblement de lui serrer la main quand ils étaient remplacés. Seul Terry l'avait fait en finale de la Coupe de la Ligue. Drogba, très proche de Mourinho, n'a jamais dit un mot sur Grant. Makelele est un des seuls à avoir pris sa défense dans la presse (au London Evening Standard): "Je pense qu'Avram Grant est un bon entraîneur. Regardez où nous sommes aujourd'hui."
Quatre défaites
Le technicien a d'emblée été victime du petit jeu cruel des comparaisons de CV avec les autres entraîneurs ou ses prédécesseurs à Chelsea (Mourinho, Ranieri). Mais les chiffres sont là: il n'a connu que quatre défaites depuis son arrivée, toutes compétitions confondues. Rien ne lui a été pardonné. Après l'élimination de Chelsea de la Coupe d'Angleterre par une équipe de deuxième division, Barnsley, le nom de l'ancienne vedette danoise Michael Laudrup, actuellement entraîneur à Getafe, avait tout de suite été évoqué par la presse pour le remplacer. "Je ne suis ni plus ni moins sous pression qu'avant", avait alors placidement commenté Grant.
Mercredi soir, c'était l'heure du premier bilan personnel - "Je dois prouver plus que les autres"- et des premiers retours de bâton contre les partisans de Mourinho: "Je comprends maintenant pourquoi on a perdu deux fois (2005, 2007) contre Liverpool en demi-finale par le passé..." La finale moscovite lui permettra aussi d'oublier les mauvaises surprises de sa soudaine médiatisation, comme ces menaces de mort à caractère antisémite qui accompagnaient en février un paquet reçu au club contenant une mystérieuse poudre, faussement présentée comme mortelle par son expéditeur. Reste à savoir de quoi sera fait l'avenir pour Grant, qui a signé pour quatre ans.
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