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Le "match zéro" du coronavirus : comment Atalanta - Valence est devenu une "bombe biologique"

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San Siro, le soir d'Atalanta-Valence

Crédit: Getty Images

ParGuillaume Maillard-Pacini
24/03/2020 à 15:40 | Mis à jour 24/03/2020 à 19:22
@guillaumemp

Le 19 février, devant plus de 45.000 personnes, l'Atalanta Bergame et Valence s'affrontent en 8e de finale aller de la Ligue des champions à San Siro. Depuis, la pandémie de Covid-19 a fait de la Lombardie la région la plus touchée de la péninsule. Pour un spécialiste, cette rencontre a été "une bombe biologique". En Italie, on l'appelle désormais "le match zéro".

Les 45.792 personnes ne se doutent alors de rien. Le soir du 19 février, à San Siro, elles pensent juste à faire la fête. Et il y a de quoi. Au total, c'est presque un tiers de la ville de Bergame qui fait le court déplacement pour rejoindre Milan et ainsi assister au premier huitième de finale de Ligue des champions de l'histoire de l'Atalanta. En face, Valence, accompagné de 2.500 supporters venus d'Espagne.

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Tout au long de la journée, comme de coutume un jour de match, la plupart en profitent pour sillonner les rues de la capitale lombarde, de la Piazza Duomo au château des Sforza. Vers la fin d'après-midi, toujours le même trajet pour les supporters : Ligne 5 du métro milanais, arrêt "San Siro" et destination la "Scala del Calcio" pour assister au match. Les supporters valencians, eux, empruntent alors le chemin du troisième anneau bleu de l'enceinte milanaise qui leur est réservé.

San Siro Atalanta Valencia

Crédit: Getty Images

Du côté du terrain, la confrontation est à la hauteur de l'enjeu. Toujours aussi rayonnante, la Dea ne fait qu'une bouchée de l'équipe de Kevin Gameiro (4-1), certes mal payée au vu de ses nombreuses occasions. Peu importe pour les tifosi et une soirée qui devient historique. Au retour, l'Atalanta formalisera sa qualification (3-4) dans un Mestalla totalement désert. Car entre-temps, le Covid-19 est arrivé en Europe. Et cette pandémie frappe notamment la Lombardie qui compte, au 24 mars, 3776 morts. Un cauchemar éveillé. Malheureusement, sa date de fin n'est pas encore connue. Mais celle du début, elle, pourrait bien coïncider avec cette soirée du 19 février.

"Depuis ce match, il s'est passé un peu plus d'un mois. Les dates coïncident", explique Francesco Le Foche, médecin et immunologue à Polyclinique Umberto I à Rome, au Corriere dello Sport. "Cette rencontre était le summum de l'euphorie collective (...) Il y a eu une expulsion rapide et importante de particules virales depuis les premières sorties d'air, comme la bouche et le nez . Des milliers de personnes, à deux centimètres l'une de l'autre, encore plus proches grâce à des manifestations compréhensibles de joie à travers les cris, les embrassades... Tout cela a favorisé la réplication virale", ajoute-t-il, parlant "d'anomalie" pour la simple ville de Bergame.

"Cette ville est une place très active du monde dans les échanges économiques et sociaux, estime Le Foche. C'est un terrain idéal pour le virus. De plus, nous parlons anthropologiquement de personnes travailleuses, spartiates et avec une grande culture du travail (...) Ajoutons les comportements qui, surtout au début, n'ont certainement pas aidé le virus à s'arrêter."

Jouer ce match avec des supporters a été une folie

Pour Fabiano Di Marco, responsable du département pneumologie de l’hôpital Papa Giovanni XXIII de Bergame, le sentiment est semblable. "J’ai entendu plusieurs théories. Voici la mienne : 19 février, 40 000 Bergamasques à San Siro pour Atalanta-Valence. En bus, en train, en voiture. Atalanta-Valence a été une bombe biologique", a expliqué ce dernier au Corriere della Sera. Selon ces spécialistes, donc, ce 8e de finale a favorisé la propagation du Covid-19. Le 16 mars, le club espagnol annonçait 35% de personnes touchées au sein de son équipe.

"Avec le temps, on se rend compte que jouer ce match avec des supporters a été une folie, regrette Le Foche. A l'époque, nous n'étions pas conscients de l'énorme diffusion du virus." Le 18 février, soit la veille de la rencontre, l'Italie connaissait son premier cas positif de Covid-19. Du moins officieusement. Mattia, 38 ans et rebaptisé depuis "le patient numéro 1", se présentait alors à l'hôpital de Codogno, au sud-est de Milan. Mais ne présentant pas les symptômes du Covid-19, il rentrait alors chez lui malgré la proposition des médecins de rester en observation. Deux jours plus tard, son cas s'aggravait et il était hospitalisé d'urgence. Il souffrait bien du coronavirus.

Pour certains, le virus est arrivé de Valence

Toutefois, un autre scénario est également envisagé par les médias transalpins. Celui qui imagine le virus provenir directement de Valence et ses 2.500 supporters présents ce soir-là. Si tel était le cas, l'anodin se transformerait instantanément en dramatique. D'une simple balade le jour du match aux scènes de liesse dans le stade. Le 3 mars, Ana Barceló Chico, responsable régionale de la Santé, annonçait la première victime du coronavirus en Espagne. Il s'agissait d'un patient décédé le 13 février dans un hôpital de Valence, soit six jours avant la rencontre. Les analyses post-mortem se révèleront "positives" au Covid-19.

"Ce match a été un moyen important de transmission pour le virus. Je pense que la pandémie a démarré avant, dans les campagnes, durant les foires agricoles et dans les bars de village, estime Massimo Galli, responsable du service des maladies infectieuses du principal hôpital de Milan. Mais le fait de rassembler plusieurs milliers de personnes dans la même zone et le même lieu peut avoir été un facteur important de diffusion". En Italie, on parle désormais du "match zéro".

Atalanta Valencia

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